Venise, la ville qui n'aurait jamais dû exister
120 îles reliées par plus de 400 ponts, construites sur une lagune, sans une seule voiture. C'est l'audace d'une civilisation qui a défié les lois de la nature. Aujourd'hui, la cité des Doges se bat contre l'acqua alta qui envahit régulièrement ses places, contre les hordes de touristes qui la visitent en une journée sans vraiment la voir. Mais Venise reste Venise : unique, fragile, splendide.
Venise vous correspond-elle vraiment ?
Si vous rêvez de flâner tranquillement dans des ruelles désertes, vous risquez d'être secoué, surtout en haute saison. Venise reçoit 30 millions de visiteurs par an pour 50 000 habitants. Les zones autour de San Marco et du Rialto ressemblent parfois à un parc d'attractions.
Mais voilà le paradoxe : il suffit de bifurquer dans une calle perpendiculaire, de marcher 10 minutes vers Cannaregio ou Dorsoduro, et vous tombez sur une autre ville. Celle des Vénitiens qui achètent leur pain, où les enfants jouent sur les placettes, où les chats dorment sur les rebords de fenêtres. Cette Venise-là existe encore, et elle vaut chaque euro dépensé.
La ville se parcourt uniquement à pied ou en bateau. Prévoyez de bonnes chaussures: vous allez marcher, grimper des ponts, vous perdre dans des impasses. C'est épuisant et magnifique à la fois. Si vous avez du mal à vous déplacer, sachez que les vaporetti sont accessibles mais que les ponts sans rampe sont légion.
Budget quotidien: comptez large
Venise coûte cher, inutile de vous mentir. Comptez 100-150 € par jour en mode budget (auberge de jeunesse, cicchetti dans les bacari, pas de musées payants), 200-300 € en mode confort (hôtel 3 étoiles, restaurants corrects, quelques visites), et 400 € et plus si vous voulez vous faire plaisir. L'hébergement représente la plus grosse dépense: 60-100 € pour un lit en dortoir ou un hôtel à Mestre, 150-250 € pour un bon hôtel dans Venise même, 300 € et plus pour dormir avec vue sur le Grand Canal.
San Marco et ses joyaux: oui, mais malin
La place Saint-Marc, c'est le passage obligé. Allez-y au lever du soleil, vers 6h30-7h du matin en été. Vous serez presque seuls face à la basilique Saint-Marc et ses mosaïques dorées qui capturent la lumière du matin. Les pigeons sont déjà là, mais pas les selfie-sticks.
Le Palais des Doges mérite sa réputation. Oubliez la version grand public: réservez l'itinéraire secret qui vous emmène dans les salles de torture, les cellules de la prison des Plombs où Casanova s'évada, les couloirs secrets des magistrats. C'est deux fois plus cher qu'une visite classique mais cent fois plus fascinant.
Conseil d'ami : les marées hautes (acqua alta) submergent régulièrement la place entre octobre et janvier. Téléchargez l'app Hi!Tide Venice qui vous prévient 48h à l'avance. Et prévoyez des bottes en caoutchouc, pas des baskets qui finiront trempées.
Cannaregio, le quartier où vivent encore des Vénitiens
Le ghetto juif, fondé en 1516, fut le premier au monde. On y ressent une atmosphère différente, plus silencieuse, presque mélancolique. Les immeubles montent jusqu'à sept étages, du jamais vu à Venise, car les juifs n'avaient pas le droit de s'étendre au-delà du périmètre autorisé. Visitez le musée juif et l'une des cinq synagogues. L'histoire racontée est poignante.
Sur la Fondamenta della Misericordia, les bars à vin alignent leurs tables le long du canal. C'est ici que les Vénitiens viennent boire un spritz à 17h, pas près du Rialto à 12 € le verre. Vous payerez moitié prix et vous tremperez dans la vraie vie locale.
Ne manquez pas non plus la Libreria Acqua Alta, cette librairie complètement folle où les livres sont empilés dans des gondoles et des baignoires pour les protéger des inondations. Au fond, un escalier construit entièrement en livres mène à une petite terrasse donnant sur le canal. C'est kitsch, c'est génial, c'est totalement instagrammable et on s'en fiche.
Dorsoduro et ses musées moins fréquentés
La Gallerie dell'Accademia reste un passage obligé pour voir les maîtres vénitiens: Véronèse, Le Tintoret, Titien, Bellini. Mais juste à côté, la collection Peggy Guggenheim attire moins de monde et propose un beau panorama de l'art moderne du XXe siècle. Son jardin donnant sur le Grand Canal est un havre de paix.
Poussez jusqu'au Squero di San Trovaso, l'un des derniers ateliers où l'on fabrique et répare encore les gondoles à la main. Vous ne pouvez pas entrer, mais depuis le quai d'en face (Fondamente Nani), vous avez une vue parfaite sur les artisans au travail. En fin d'après-midi, installez-vous à l'Osteria Al Squero juste en face avec un spritz et des crostini.
Conseil d'ami : le Campo Santa Margherita est le terrain de jeu des étudiants vénitiens. Bars bon marché, ambiance décontractée, zéro touriste en bateau de croisière. Parfait pour une soirée qui ne vous ruinera pas.
Les îles de la lagune: allez au-delà du trio classique
Tout le monde va à Murano pour le verre soufflé et à Burano pour ses maisons multicolores et sa dentelle. C'est magnifique, mais c'est aussi bondé. Si vous avez le temps, prenez le vaporetto jusqu'à Torcello, île presque déserte qui fut pourtant la première à être habitée dans la lagune.
La basilique Santa Maria Assunta, datant du VIIe siècle, abrite des mosaïques byzantines époustouflantes. Le reste de l'île, c'est du vert, du calme, quelques maisons éparses. Hemingway et Salvador Dalí y ont séjourné. Vous comprendrez pourquoi: c'est hors du temps.
L'île de Giudecca, face à Dorsoduro, offre des vues spectaculaires sur Venise sans l'agitation touristique. C'est un quartier populaire, avec des logements sociaux et quelques usines réhabilitées en lofts d'artistes. Le dimanche, promenez-vous le long de la promenade face à la Sérénissime. C'est gratuit et somptueux.
Où manger et boire à Venise ?
Oubliez les restaurants avec menu plastifié en six langues autour de San Marco. Vous paierez 80 € pour deux personnes et repartirez déçu. À Venise, la vraie cuisine se trouve dans les bacari, ces bars traditionnels où les Vénitiens picorent des cicchetti (l'équivalent des tapas) debout au comptoir avec un verre de vin blanc local (une ombra).
Goûtez absolument le risotto al nero di seppia, teinté à l'encre de seiche, les sarde in saor (sardines marinées aigre-douces), ou les moeche (petits crabes verts frits, disponibles en avril-mai uniquement). Pour le dessert, une frittella pendant le Carnaval ou un baicoli, biscuit vénitien parfait avec le café.
Nos adresses recommandées
- Osteria Alla Staffa (Castello): petit, authentique, prix honnêtes. Leurs spaghetti alle vongole sont à tomber.
- Cantina Do Spade (San Polo): bar historique fréquenté par les habitants. Excellents cicchetti, ambiance bruyante et chaleureuse.
- Vino Vero (Cannaregio): bar à vins moderne avec terrasse sur le canal. Cicchetti raffinés, sélection de vins naturels impeccable.
- Il Ridotto (San Marco): si votre budget le permet, cette étoile Michelin propose une cuisine vénitienne contemporaine qui vaut vraiment le détour.
Conseil d'ami : le marché du Rialto ouvre tôt le matin. Achetez des fruits frais, du fromage local, du pain croustillant, et pique-niquez dans un square tranquille. Vous économiserez 30 € et mangerez mieux que dans bien des restaurants.
Où dormir à Venise et aux alentours ?
Dormir dans Venise même coûte cher mais offre une expérience unique: le silence qui tombe à la tombée de la nuit, les ruelles désertes au petit matin, l'atmosphère magique quand les touristes de jour sont repartis. Si votre budget est serré, Cannaregio et Castello (côté arsenal) proposent des prix plus doux qu'autour de San Marco.
À Mestre, sur le continent, les hôtels sont 40-50% moins chers. Le train ou le bus vous amènent à Venise en 15 minutes pour moins de 2 €. C'est pratique mais moins romantique, et vous ratez la magie de Venise à l'aube.
Quelques pistes
- Hotel Ai Do Mori (San Marco): petit hôtel abordable à deux pas de la place Saint-Marc, parfait si vous voulez être au cœur de l'action.
- Hotel Adua (Cannaregio): près de la gare Santa Lucia, idéal pour un budget maîtrisé sans sacrifier le confort.
- Hotel Cà Formenta (Castello): vue sur la lagune et accès facile aux sites moins touristiques de l'est de la ville.
- Baglioni Hotel Luna (San Marco): luxe vénitien authentique si le budget n'est pas un problème.
Comment se rendre et se déplacer à Venise ?
L'aéroport Marco Polo se trouve à 13 km du centre. Le bateau Alilaguna (ligne bleue ou orange) vous dépose directement dans Venise pour 15 € en une heure. C'est l'option la plus romantique. Le bus ACTV n°5 coûte 8 € et rejoint le Piazzale Roma en 30 minutes, mais vous devrez ensuite marcher ou prendre un vaporetto.
Depuis la France, comptez 1h40 de vol depuis Paris (70-250 € l'aller-retour selon la saison). En train, Venise est à 3h de Milan, 2h de Bologne, 4h de Florence. La gare Santa Lucia est magnifiquement située au bord du Grand Canal.
Dans Venise, vous marcherez beaucoup. Un billet de vaporetto coûte 9,50 € l'unité (aberrant), mais un pass 24h à 25 € ou 72h à 65 € devient rentable dès 3-4 trajets par jour. Les traghetti, petites gondoles qui traversent le Grand Canal à certains points, coûtent 2 € et offrent l'expérience gondole sans se ruiner. La balade en gondole classique affiche 90 € pour 30 minutes en journée, 100 € le soir, pour maximum 6 personnes.
Quand y aller ?
Évitez juillet-août si vous le pouvez: chaleur étouffante, foule insupportable, prix au plafond. Le printemps (avril-juin) et l'automne (septembre-octobre) offrent le meilleur compromis entre climat agréable et affluence supportable. En novembre-mars, vous aurez la ville presque pour vous, mais il fait froid et humide, et l'acqua alta menace régulièrement.
Le Carnaval en février transforme Venise en théâtre à ciel ouvert, mais les prix flambent et il faut réserver des mois à l'avance. La Mostra fin août et la Biennale (d'art les années impaires, d'architecture les années paires) de juin à novembre attirent les connaisseurs. Noël et le Nouvel An sont magiques mais glaciaux.
Merci pour l'astuce sur l'hébergement. Effectivement, je trouvais chères toutes les offres d'hôtels sur Venise, mais 15€ / nuit c'est inespéré !