Visiter le Kerala
Le Kerala est une bande de terre de cinquante kilomètres de large, coincée entre la mer d'Arabie et une chaîne de montagnes. Ce couloir a été le point d'arrivée du commerce des épices pendant deux mille ans, et tout le monde y est passé : Romains, Arabes, Chinois, Portugais, Hollandais, Anglais.
Cochin en garde les couches empilées sur quelques rues. Plus au sud, Alappuzha ouvre sur neuf cents kilomètres de canaux, et Varkala sur une falaise rouge qui tombe dans la mer.
Vous allez aimer si
- Vous voulez une Inde lente, verte et sans klaxons continus
- Les mélanges de religions et de langues vous intéressent
- Vous venez entre décembre et février, la seule saison sèche
Regardez ailleurs si
- Vous détestez l'humidité : il fait 30 °C et 80 % d'humidité presque toute l'année
- Vous cherchez des monuments monumentaux : ici tout est petit et discret
- Vous venez en juin ou juillet : la mousson ferme les plages et noie les routes
Les incontournables
Les incontournables
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1 La synagogue Paradesi +10 recos
Bâtie en 1568 à Mattancherry, c'est la plus ancienne synagogue encore en activité du Commonwealth. Le sol est fait de onze cents carreaux de porcelaine chinoise peints à la main, tous différents, posés pieds nus par les visiteurs depuis quatre siècles.
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2 L'église Saint-François +10 recos
Debout dans Fort Kochi depuis 1503, c'est la plus ancienne église européenne d'Inde. Vasco de Gama y a été enterré en 1524, puis exhumé quatorze ans plus tard pour rentrer au Portugal : la dalle est restée, avec son nom et sans lui.
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3 Les filets de pêche chinois +10 recos
Des balanciers de bois et de bambou hauts de dix mètres, sur le front de mer de Fort Kochi. Il faut six à huit hommes pour abaisser un filet, et ils le font toutes les vingt minutes, au coucher du soleil comme à l'aube.
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4 Le palais de Matancherry +8 recos
Construit vers 1555 par les Portugais pour le raja de Kochi, en compensation d'un temple qu'ils avaient pillé, et rebaptisé Dutch Palace par les Hollandais qui l'ont agrandi. Les fresques du Ramayana y courent sur les murs de la chambre royale.
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5 Le marché des épices de Cochin +8 recos
Les entrepôts de Mattancherry, sacs de jute empilés sur les trottoirs, où se pèsent encore le poivre, la cardamome et le curcuma. L'odeur prévient avant qu'on ait tourné la rue, et elle reste sur les vêtements.
L'erreur classique
Réserver un houseboat pour deux nuits à Alappuzha. La première est un enchantement, la seconde se passe amarré dans un canal secondaire, moteur coupé, sans rien à faire : la réglementation interdit de naviguer après le coucher du soleil. Une nuit suffit, et c'est la bonne durée.
Nos itinéraires au Kerala
| Durée | Itinéraire | Ce que vous voyez |
|---|---|---|
| 3 jours | Cochin | Fort Kochi, Mattancherry, les épices |
| 1 semaine | Cochin › Alappuzha › Varkala | La ville, les canaux, la falaise |
| 10 jours | Cochin › Alappuzha › Varkala › retour par les collines | Les trois plus les plantations de thé |
Le Kerala se parcourt du nord au sud sur une seule ligne de chemin de fer, et les trois étapes sont à une à trois heures les unes des autres. C'est la région d'Inde où l'on bouge le moins pour voir le plus.
Cochin demande deux jours pleins : les sept lieux décrits ci-dessous tiennent dans un carré de deux kilomètres, mais la chaleur impose de couper l'après-midi.
Quand partir au Kerala ?
| Note | Saison | Météo | Affluence et prix |
|---|---|---|---|
| Décembre à février | 24 à 31 °C, sec et lumineux | Haute saison, prix doublés à Noël | |
| Octobre et novembre | 26 à 31 °C, dernières pluies | Modérée, bons tarifs | |
| Juin à août | Mousson, 3 mètres d'eau par saison | Très faible, la moitié ferme | |
| Mars à mai | 32 à 36 °C, très humide | Faible, prix bas, effort réel |
Notre conseil
La mousson n'est pas une saison morte pour tout le monde : c'est la période où les cures ayurvédiques se pratiquent, parce que l'humidité ouvre les pores, et les centres sérieux affichent complet en juillet. Pour tout le reste, attendre novembre.
Comment aller au Kerala ?
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1 En avion L'entrée
aucun vol direct depuis la France. Air France rejoint Delhi et Bangalore, puis un vol intérieur descend à Cochin en deux heures. Compter une quinzaine d'heures au total, escale comprise.
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2 En train Sur place
la ligne côtière relie Cochin à Alappuzha en 1h30 et à Varkala en 3h, plusieurs fois par jour. Les billets se prennent en ligne des semaines avant, et la classe climatisée coûte trois euros.
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3 En bateau Dans Cochin
les ferries publics traversent le port de Cochin entre Fort Kochi et Ernakulam toutes les vingt minutes, pour quelques centimes. C'est aussi le trajet le plus agréable de la ville.
L'aéroport de Cochin est à 30 kilomètres du centre, et c'est le premier au monde à fonctionner entièrement à l'énergie solaire. Le taxi prépayé met une heure, le bus une heure et demie.
Comment se déplacer au Kerala ?
Fort Kochi se fait à pied : de l'église Saint-François aux filets de pêche il y a cinq minutes, et Mattancherry est à vingt minutes de marche le long des entrepôts.
Bon à savoir
La synagogue Paradesi ferme le vendredi après-midi et le samedi, et le palais de Matancherry le vendredi. Un mardi ou un mercredi à Mattancherry permet de tout voir ; un vendredi n'en laisse que la moitié.
Que manger au Kerala ?
- L'appam et le stew : une crêpe de riz fermenté, dentelée sur les bords et moelleuse au centre, avec un ragoût de légumes ou de poulet au lait de coco. Le petit déjeuner du Kerala.
- Le karimeen pollichathu : le poisson perlé des backwaters, mariné aux épices, cuit dans une feuille de bananier. On ouvre la feuille à table, et la vapeur fait le reste.
- Le puttu et le kadala : un cylindre de farine de riz cuit à la vapeur avec de la coco râpée, servi avec un curry de pois noirs. Ça se mange avec les doigts et ça cale pour la matinée.
- Le sadya : le repas de fête servi sur une feuille de bananier, jusqu'à vingt-cinq préparations, sans viande ni poisson, mangé à la main dans un ordre précis de gauche à droite.
- Le fish moilee : un curry de poisson jaune pâle, au lait de coco, curcuma et gingembre, sans piment fort. Le plat des chrétiens de Cochin, plus doux que tout ce qui l'entoure.
- Le parotta malabar : une galette de blé feuilletée, étirée à la main et écrasée avant de servir, qu'on trempe dans le curry. Rien de diététique, tout de réconfortant.
- Le toddy : la sève de cocotier fermentée, tirée le matin, bue dans la journée, aigre et légèrement pétillante. Les débits qui en servent s'appellent des shaps et affichent un panneau vert.
Le Kerala est la région d'Inde où l'on mange le plus de poisson, et une des rares où le bœuf est au menu : la majorité de la population n'est pas hindoue, et les restaurants de Fort Kochi le servent sans détour.
L'alcool, lui, est encadré : peu de restaurants ont une licence, et ceux qui l'ont servent la bière dans une théière opaque. Ce n'est pas une blague locale, c'est la règle.
Où dormir au Kerala ?
| Secteur | À quoi ça sert | Bon à savoir |
|---|---|---|
| Fort Kochi | Filets de pêche, cathédrale, front de mer | Maisons coloniales, calme, le plus cher |
| Mattancherry | Marché des épices, synagogue | Quartier de travail, bruyant, authentique |
| Ernakulam | Gare, vols, prix | La ville moderne, moitié prix, sans charme |
| Alappuzha | Backwaters, houseboat | Une nuit à bord, pas deux |
| Varkala, falaise nord | Plage, yoga, coucher de soleil | Tout ferme pendant la mousson |
À Fort Kochi, les anciennes maisons de négociants sont devenues des hôtels de caractère : hauts plafonds, cour intérieure, ventilateurs. C'est le seul quartier où dormir vaut le prix, parce qu'on sort de la chambre et on est dans le décor.
À Varkala, les cabanes du bord de falaise se démontent chaque année avant la mousson et se remontent en octobre : la même adresse n'est donc jamais tout à fait la même.
Quel budget pour un séjour au Kerala ?
| Style | Durée | Budget par personne |
|---|---|---|
| Serré (guesthouse, trains, restaurants locaux) | 10 jours | 250 à 400 € |
| Confortable (hôtel de caractère, houseboat, taxis) | 10 jours | 700 à 1 000 € |
| Élevé (hôtel colonial, cure ayurvédique, chauffeur) | 10 jours | 2 000 à 3 000 € |
- Le ferry public : la traversée du port de Cochin coûte quelques centimes, contre plusieurs euros en bateau privé, pour le même trajet et une meilleure vue.
- Le train climatisé : trois euros pour Cochin-Varkala. L'avion intérieur sur la même distance en coûte trente, pour un gain d'une heure.
- Le thali de midi : un repas complet sur feuille de bananier, à volonté, pour un à deux euros dans les cantines locales.
- Le houseboat partagé : les bateaux à plusieurs cabines coûtent trois fois moins par personne que le privatif, pour le même canal et le même dîner.
- Éviter la dernière semaine de décembre : les tarifs doublent partout, et les houseboats triplent.
Traditions et art de vivre au Kerala
Le Kerala a le taux d'alphabétisation le plus élevé d'Inde, proche de 97 %, et il élit régulièrement des gouvernements communistes depuis 1957. Les deux faits sont liés, et ils expliquent pourquoi la région ressemble si peu au reste du pays.
Les communautés y ont coexisté longtemps avant que ce soit une idée : des chrétiens depuis le premier siècle selon la tradition locale, des juifs depuis l'Antiquité tardive, des musulmans depuis les premiers navires arabes. La synagogue, le temple jaïn et la cathédrale tiennent dans le même quartier.
Deux usages utiles. On se déchausse à l'entrée des temples, des mosquées et de la synagogue, et souvent aussi chez les particuliers : des chaussures faciles à retirer valent mieux que des lacets.
Et le kathakali, ce théâtre dansé aux maquillages verts, dure traditionnellement toute la nuit. Les représentations d'une heure proposées aux visiteurs sont des extraits assumés : arriver une heure avant permet de voir les acteurs se peindre le visage, ce qui vaut le spectacle.