Lisbonne, là où la lumière a une couleur particulière
Il est 7h du matin sur le miradouro de Santa Luzia. Le soleil se lève sur les toits couleur rouille de l'Alfama, et déjà une vieille dame étend son linge entre deux façades couvertes d'azulejos. Un vendeur de poisson crie dans une ruelle en contrebas, tandis que le tramway 28 grince au loin sur les pavés. Cette ville existe depuis plus de 3000 ans, bien avant Rome, et ce matin-là, elle semble n'avoir pas changé depuis des siècles.
La ville qui récompense ceux qui savent ralentir
Cette capitale est faite pour vous si vous aimez vous perdre dans des ruelles où chaque virage révèle un nouveau point de vue sur le Tage, si un café en terrasse vous suffit comme programme d'après-midi, ou si vous êtes du genre à vous attarder devant une façade ornée de carreaux peints à la main. Les amateurs de gastronomie y trouveront leur bonheur : le Portugal compte plus de mille façons de préparer le bacalhau, et les desserts conventuels rivalisent de gourmandise.
En revanche, préparez vos jambes. Les sept collines de Lisbonne ne sont pas une légende, et certaines montées s'apparentent à de véritables randonnées urbaines. Les personnes à mobilité réduite ou les familles avec poussette devront composer avec cette réalité, même si les funiculaires et elevadores offrent des alternatives bienvenues.
Le tourisme de masse a aussi laissé sa marque : les quartiers centraux sont bondés en été, et les arnaques guettent autour du tramway 28. Évitez de prendre ce tramway aux heures de pointe, les pickpockets y sont tristement actifs.
Un budget plutôt doux pour l'Europe de l'Ouest
Comptez entre 70 et 120 euros par jour pour un voyage confortable, hébergement compris. Un dortoir en auberge de jeunesse coûte autour de 25-35 euros, tandis qu'un hôtel correct en centre-ville oscille entre 80 et 130 euros la nuit. Les repas restent accessibles : un déjeuner complet avec prato do dia revient à 8-12 euros dans les tascas de quartier, et un dîner copieux à une quinzaine d'euros. Le transport public est abordable avec un pass journalier à 7 euros incluant métro, bus et tramways.
L'Alfama et ses voisines : le cœur battant de Lisbonne
Ce quartier a survécu au tremblement de terre dévastateur de 1755, et ses ruelles labyrinthiques conservent l'atmosphère d'une médina méditerranéenne. Ici, le linge sèche aux fenêtres, les chats se prélassent sur les marches, et les notes de fado s'échappent parfois des tavernes. La cathédrale Sé, édifice roman du XIIe siècle, domine le quartier avec ses tours massives.
Juste à côté, le quartier de Mouraria offre une alternative plus populaire et moins fréquentée. C'est ici que le fado est né au XIXe siècle, dans les tavernes fréquentées par les marins et les gens du peuple. Le street art contemporain y côtoie les façades décrépites, et les restaurants y sont nettement moins chers qu'ailleurs. N'hésitez pas à remonter vers le miradouro da Graça ou celui de Senhora do Monte pour des panoramas spectaculaires sans la foule.
Conseil d'ami : pour écouter du fado sans vous ruiner, rendez-vous à la Tasca do Chico dans le Bairro Alto ou poussez jusqu'à A Baiuca dans l'Alfama. Ces adresses proposent du fado vadio, chanté par des amateurs passionnés, dans une ambiance bien plus sincère que les restaurants touristiques à 65 euros le couvert.
Baixa-Chiado : l'élégance reconstruite
Après le séisme de 1755, le marquis de Pombal a fait reconstruire ce quartier selon un plan en damier révolutionnaire pour l'époque, avec des immeubles antisismiques dotés de structures en bois flexibles. La Praça do Comércio, ouverte sur le Tage, en est le point d'orgue : cette place immense bordée d'arcades servait autrefois de point d'arrivée des marchandises venues des colonies.
Le Chiado concentre la vie culturelle de la ville avec ses librairies centenaires, ses cafés historiques et ses théâtres. Arrêtez-vous au Café A Brasileira pour un expresso, devant la statue en bronze de Fernando Pessoa, le poète qui a marqué le XXe siècle portugais. La rue Rua Augusta qui traverse la Baixa est piétonne et bordée de commerces, mais les prix y sont gonflés : préférez les rues adjacentes pour manger.
Bairro Alto et Cais do Sodré : quand la nuit tombe
Le Bairro Alto se métamorphose après 22h. Ce quartier résidentiel aux façades lézardées devient alors l'épicentre de la vie nocturne lisboète. Les bars déversent leur clientèle dans les ruelles étroites, et la fête se prolonge jusqu'à 2h du matin environ. Pour continuer la nuit, direction le quartier de Cais do Sodré et sa célèbre Pink Street, où les clubs et bars à cocktails prennent le relais jusqu'au petit matin.
Le Pensão Amor, ancien bordel reconverti en bar burlesque, incarne parfaitement l'esprit transgressif du quartier. Le lieu organise des spectacles et expose une collection érotique dans ses alcôves. Plus sage mais tout aussi convivial, le Time Out Market installé dans les halles historiques du Mercado da Ribeira rassemble les meilleures tables de la ville sous un même toit : parfait pour goûter à tout sans se ruiner.
Belém : sur les traces des grands explorateurs
Ce quartier excentré mérite une demi-journée à lui seul. C'est de ces rives que Vasco de Gama est parti découvrir la route des Indes en 1497, et les monuments qui s'y dressent célèbrent cette épopée maritime. Le Monastère des Hiéronymites, chef-d'œuvre de l'architecture manuéline classé à l'UNESCO, a été financé par les richesses rapportées des colonies. Ses cloîtres finement ciselés valent le détour.
La Tour de Belém, sentinelle fortifiée à l'embouchure du Tage, complète ce tableau historique. Mais Belém, c'est aussi la fameuse Pastéis de Belém, la pâtisserie qui fabrique depuis 1837 les authentiques pastéis de nata selon une recette secrète héritée des moines. La queue peut être décourageante, mais le jeu en vaut la chandelle : la pâte feuilletée croustillante et la crème onctueuse saupoudrée de cannelle méritent cette réputation.
Conseil d'ami : prenez le tramway E15 ou le train depuis la gare de Cais do Sodré pour rejoindre Belém plutôt que de marcher. Si vous avez le temps, prolongez la balade jusqu'au MAAT, musée d'art contemporain installé dans une ancienne centrale électrique dont l'architecture ondulante vaut le coup d'œil.
Où manger et boire à Lisbonne ?
La cuisine lisboète tourne autour des produits de la mer. Les sardinhas assadas grillées sur des braises de charbon envahissent les rues pendant les fêtes de juin, mais elles se dégustent toute l'année dans les tascas de quartier. Le bacalhau, morue salée séchée, se décline en centaines de recettes : à la braise avec des pommes de terre, en beignets appelés pataniscas, ou en gratin crémeux. Pour un plat réconfortant, essayez la cataplana de mariscos, ragoût de fruits de mer cuit dans un récipient en cuivre.
Côté douceurs, ne partez pas sans avoir goûté aux desserts conventuels. Au-delà des pastéis de nata, la Confeitaria Nacional sur la Praça da Figueira propose depuis 1829 des gâteaux dont les recettes proviennent des monastères. Accompagnez le tout d'une ginjinha, liqueur de cerise griotte servie dans un petit verre en chocolat que l'on croque après avoir bu. Les bars de la Rua das Portas de Santo Antão en font une spécialité.
Où dormir à Lisbonne et aux alentours ?
Le quartier de Baixa-Chiado offre la situation la plus centrale, idéale pour un premier séjour, mais les prix y sont élevés et l'animation nocturne peut déranger. Le Bairro Alto convient aux noctambules prêts à supporter le bruit des fêtards sous leurs fenêtres. L'Alfama séduit par son charme pittoresque, mais attention aux rues escarpées qui compliquent l'accès aux hébergements.
Pour un meilleur rapport qualité-prix, visez les quartiers de Graça, Campo de Ourique ou Príncipe Real. Ces zones résidentielles à 10-15 minutes du centre offrent une immersion dans la vie locale tout en restant bien desservies par les transports. Le Parque das Nações, quartier moderne construit pour l'Exposition universelle de 1998, plaira aux familles grâce à son Oceanarium et ses espaces verts en bord de fleuve.
Comment se rendre et se déplacer à Lisbonne ?
L'aéroport Humberto Delgado se trouve à seulement 7 km du centre-ville. Le métro relie directement l'aéroport au centre en 25-35 minutes pour environ 2 euros. Prenez la ligne rouge jusqu'à Alameda ou São Sebastião pour correspondre vers les quartiers touristiques. Les taxis coûtent 12-20 euros selon l'heure, et les applications Uber et Bolt proposent souvent des tarifs encore plus bas.
Depuis Paris, comptez environ 2h30 de vol direct avec plusieurs compagnies, dont TAP Portugal et les low-cost. Depuis d'autres villes françaises comme Lyon, Bordeaux ou Nantes, des vols directs existent également. Le train reste une option pour les amoureux du voyage lent : comptez environ 20 heures depuis Paris via Hendaye et Madrid, une aventure en soi.
Sur place, privilégiez la marche dans le centre historique malgré les dénivelés. Le pass Navegante rechargeable permet d'utiliser métro, bus, tramways et même les trains vers Sintra ou Cascais. Le célèbre tramway 28 traverse les quartiers historiques, mais son succès touristique le rend souvent bondé : mieux vaut l'emprunter tôt le matin ou en fin de journée.
Quand y aller ?
Le printemps et l'automne, particulièrement avril-mai et septembre-octobre, offrent les meilleures conditions. Les températures oscillent entre 18 et 25 degrés, la lumière est splendide, et les touristes moins nombreux qu'en été. Juin représente un moment particulier avec les Festas de Santo António : la ville entière se transforme en fête populaire avec sardines grillées, musique et défilés dans l'Alfama.
L'été apporte la chaleur intense et les foules. Si vous n'avez pas le choix, partez explorer les plages de Cascais ou Costa da Caparica pour échapper à la fournaise urbaine. L'hiver reste doux mais pluvieux : c'est la période idéale pour profiter des musées et des cafés sans la cohue, avec des prix d'hébergement au plus bas.