L'Uruguay, ce petit pays qui fait les choses en grand
Imaginez un endroit où les vaches sont quatre fois plus nombreuses que les habitants. Où chaque promenade en ville se fait thermos sous le bras et maté à la main. L'Uruguay est ce secret bien gardé d'Amérique du Sud, coincé entre ses géants voisins, qui cultive un art de vivre à part. Montevideo, sa capitale, abrite seulement 1,3 million d'habitants. À titre de comparaison, le Grand Buenos Aires en compte 18 millions juste de l'autre côté du Río de la Plata.
La destination idéale pour les voyageurs en quête de sérénité
Ce pays s'adresse aux amoureux du calme, aux gourmands carnivores, aux cavaliers en herbe et aux amateurs de plages désertes. Les familles y trouvent une sécurité rare en Amérique latine, les couples un romantisme discret loin des foules. Si vous cherchez des activités de nuit endiablées, des temples millénaires ou des jungles tropicales, vous trouverez plus adapté au Brésil ou en Argentine.
L'Uruguay ne se visite pas, il se savoure. Le pays déroule 660 km de côte atlantique, des estancias où le temps suspend son vol et des vignobles Tannat qui tiennent tête aux vins argentins.
Les infrastructures touristiques restent modestes hors des zones balnéaires. L'espagnol est quasi obligatoire en dehors de Punta del Este. Les routes sont excellentes mais les distances trompent parfois les visiteurs pressés. Comptez tout de même 4 heures pour rallier Montevideo à Cabo Polonio, le village sans électricité.
Un budget moins doux que prévu
L'Uruguay est le pays le plus cher d'Amérique du Sud. Comptez 50 à 80 euros par jour en mode routard, 100 à 150 euros pour un confort intermédiaire. Les hébergements oscillent entre 40 euros pour un hôtel simple et 150 euros pour un 4 étoiles. Les prix s'envolent littéralement à Punta del Este en janvier, où ils peuvent doubler.
Montevideo et Colonia : deux visages d'un même fleuve
Montevideo déroute les visiteurs habitués aux mégalopoles latino-américaines. La Ciudad Vieja aligne ses bâtiments Art déco patinés par le temps, ses cafés où le serveur connaît chaque client, ses places ombragées où résonnent encore les notes de La Cumparsita. Le Mercado del Puerto constitue l'épicentre gastronomique de la ville : sous sa structure métallique du XIXe siècle, les parrillas grésillent et les musiciens de candombe battent leurs tambours.
La Rambla, ce front de mer de 30 km, invite à une promenade matinale aux côtés des joggeurs locaux et des familles dominicales. Les perroquets volent entre les arbres, les colibris butinent les hibiscus. On croirait le sud de l'Europe, en plus décontracté.
Colonia del Sacramento
À 2h30 de route vers l'ouest, Colonia del Sacramento semble figée dans l'ambre. Son quartier historique, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, déroule ses ruelles pavées entre maisons coloniales portugaises et vestiges espagnols. La Calle de los Suspiros porte bien son nom romantique. Grimpez au phare du XIXe siècle pour embrasser du regard le Río de la Plata si large qu'on le confond avec l'océan. Les voitures anciennes garées çà et là complètent ce décor hors du temps.
Conseil d'ami : Colonia se visite facilement en excursion d'une journée depuis Buenos Aires via le ferry. Mais rester une nuit permet de profiter des couchers de soleil légendaires une fois les touristes repartis.
La côte atlantique : du glamour au bout du monde
Punta del Este joue les Saint-Tropez de l'hémisphère sud. Yachts, restaurants étoilés, tours de verre face à l'océan : la station balnéaire attire les fortunes argentines et brésiliennes chaque été austral. La sculpture emblématique des Dedos, ces doigts géants émergeant du sable, est devenue l'image carte postale du pays. À quelques kilomètres, Casapueblo, cette construction blanche sculptée par l'artiste Carlos Páez Vilaró, dégouline sur la falaise comme un gâteau à la chantilly méditerranéen.
Mais la vraie magie opère plus à l'est. José Ignacio a conservé l'âme d'un ancien village de pêcheurs malgré l'afflux de célébrités et de chefs renommés. Ses plages de sable doré, ses shacks de plage branchés et ses couchers de soleil dorés sur l'Atlantique en font une escale obligée. Les surfeurs préféreront La Paloma ou Punta del Diablo, ce village aux cabanes colorées où la rue principale reste en terre battue.
Cabo Polonio, l'utopie hippie
Cabo Polonio mérite un chapitre à part. Ce village d'à peine 95 résidents permanents se cache derrière 7 km de dunes de sable, accessible uniquement en camion 4x4 ou à pied. Ici, pas d'électricité conventionnelle, pas d'eau courante, pas de routes asphaltées. Les maisons fonctionnent aux panneaux solaires et aux éoliennes. Les bougies éclairent les nuits les plus étoilées de la côte uruguayenne.
Les otaries par milliers occupent les rochers au pied du phare. L'ambiance oscille entre communauté hippie et village de pêcheurs traditionnels. En été, les feux de camp animent les nuits, les hamacs se balancent devant des cabanes brinquebalantes aux toits arc-en-ciel. Ce n'est pas une destination pour tous : les amateurs de confort passeront leur tour. Les autres y trouveront une déconnexion totale, rare dans notre monde hyperconnecté.
Conseil d'ami : Prévoyez du liquide car il n'existe aucun distributeur à Cabo Polonio. L'unique épicerie du village ouvre quelques heures par jour et fonctionne à l'ancienne, en demandant chaque article au comptoir.
L'Uruguay profond : estancias et gauchos
L'intérieur du pays révèle une autre facette, celle des estancias, ces ranchs immenses où les gauchos perpétuent des traditions séculaires. L'Uruguay compte 12 millions de bovins pour 3,5 millions d'habitants. Le bétail règne en maître sur les collines verdoyantes du département de Lavalleja ou les plaines de Tacuarembó.
Plusieurs estancias accueillent désormais les voyageurs. San Pedro de Timote, avec ses 200 ans d'histoire, propose 31 chambres et trois piscines dans un cadre de luxe champêtre. L'Estancia Los Plátanos, plus rustique et intimiste, ne compte que trois chambres et offre une immersion totale dans le quotidien gaucho. On y participe à la vaccination du bétail, à la tonte des moutons ou simplement aux chevauchées à travers les palmiers centenaires dont personne n'explique la présence.
Les soirées s'étirent autour du feu, où l'asado cuit lentement pendant des heures. La grappa au miel clôt les repas. L'heure du réveil est dictée par le chant des vanneaux, pas par une alarme de téléphone.
Vignobles et terroirs méconnus
L'Uruguay viticole reste injustement dans l'ombre de ses voisins argentin et chilien. Le cépage Tannat, originaire du sud-ouest français, a pourtant trouvé ici une seconde patrie où il s'épanouit pleinement. Les vignobles se concentrent autour de Carmelo et dans les collines proches de Montevideo.
La région de Carmelo, à l'ouest du pays, combine visites de caves, dégustation de vins et séjours dans des lodges au milieu des vignes. Les établissements comme Finca Narbona associent production viticole, gastronomie de terroir et hébergement de charme. Loin des circuits touristiques bondés de Mendoza, on y déguste des crus confidentiels en petit comité.
Pour les amateurs d'aventure, le Valle del Lunarejo, au nord du pays, offre des paysages de canyons et de forêts subtropicales uniques en Uruguay. Les randonnées y révèlent une biodiversité insoupçonnée.
L'Uruguay dans l'assiette : l'art du feu et du maté
La cuisine uruguayenne ne fait pas dans la subtilité végétale. La viande est reine, et l'asado son trône. Ce barbecue rituel dépasse largement nos grillades estivales : les pièces de bœuf cuisent pendant 2 à 3 heures sur des braises de bois, jamais de charbon. La tira de asado, ces côtes coupées dans la longueur, fond littéralement sous la dent. Le chorizo local, la morcilla sucrée aux zestes d'orange, les chinchulines grillées accompagnent ce festin carnassier.
Le chivito, malgré son nom signifiant chevreau, ne contient pas une once de chèvre. Ce sandwich gargantuesque empile filet de bœuf grillé, jambon, fromage fondu, œuf au plat, tomate, salade et mayonnaise entre deux tranches de pain. Le chivito canadiense y ajoute bacon et olives. Un repas complet qui explique pourquoi les Uruguayens détiennent le record mondial de consommation de viande bovine par habitant.
Le maté mérite une mention spéciale. Cette infusion de yerba mate se boit dans une calebasse avec une paille métallique, rechargée d'eau chaude transportée dans un thermos omniprésent. Les Uruguayens le sirotent en marchant dans la rue, au bureau, à la plage. Refuser un maté tendu équivaut à refuser une main tendue. Goût amer et terreux, il ne séduit pas tous les palais au premier essai.
Quand partir en Uruguay ?
L'été austral, de décembre à mars, correspond à la haute saison balnéaire. Les températures oscillent entre 25 et 30°C, parfois plus. Janvier concentre l'afflux maximal de touristes argentins et brésiliens sur les plages. Les prix flambent, les hébergements affichent complet des semaines à l'avance à Punta del Este et José Ignacio.
Le printemps, de septembre à novembre, offre un compromis idéal : campagne en fleurs, températures douces, tarifs raisonnables. Les estancias accueillent la tonte des moutons et la naissance des agneaux. L'automne, de mars à mai, séduit les amateurs de tranquillité avec ses lumières dorées et ses plages désertes.
L'hiver, de juin à août, reste doux mais humide. Montevideo se visite agréablement malgré la fraîcheur. Les thermes de Salto et Paysandú, dans le nord-ouest du pays, prennent alors tout leur sens avec leurs piscines d'eau chaude naturelle.
Le Carnaval de Montevideo, le plus long au monde avec ses six semaines de festivités entre janvier et mars, mérite le détour pour ses défilés de murgas, ces troupes satiriques aux rythmes percussifs afro-uruguayens.
Comment aller en Uruguay ?
Aucun vol direct ne relie Paris à Montevideo. Les escales passent généralement par Madrid avec Iberia ou Air Europa, São Paulo avec LATAM ou Air France, ou Buenos Aires. Comptez entre 15 et 20 heures de voyage total selon les correspondances. Les prix varient de 500 à 1200 euros l'aller-retour, avec les meilleures offres en basse saison autour de mars et septembre.
L'alternative séduisante consiste à atterrir à Buenos Aires puis traverser le Río de la Plata en ferry. La compagnie Buquebus relie Buenos Aires à Colonia en 1 heure ou à Montevideo en 3 heures. Les tarifs oscillent entre 30 et 125 euros selon la vitesse du bateau et la saison. Cette option permet de combiner les deux capitales dans un même voyage.
Les citoyens français n'ont pas besoin de visa pour des séjours touristiques de moins de 90 jours. Un passeport valide suffit.
Comment se déplacer en Uruguay ?
La location de voiture représente la liberté absolue dans ce petit pays aux routes excellentes et au trafic fluide. Comptez environ 50 à 70 euros par jour pour un véhicule standard, essence à 1,50 euro le litre environ. Les agences internationales sont présentes à l'aéroport de Carrasco. La conduite se fait à droite, le réseau routier est bien entretenu et les distances restent raisonnables : 270 km séparent Montevideo de Punta del Este, 180 km jusqu'à Colonia.
Le réseau de bus interurbains couvre efficacement le pays à petit prix. Un trajet Montevideo-Punta del Este coûte environ 6 euros, Montevideo-Colonia autour de 7 euros. Les compagnies comme COT, COPSA ou Turil proposent des véhicules confortables sur les lignes principales. Le site URUBUS permet de comparer les horaires et tarifs.
Pour Cabo Polonio, aucune route ne mène au village. Des camions 4x4 surnommés « los camiones » franchissent les dunes depuis l'entrée du parc national. L'expérience fait partie du voyage, agrippé à la benne en admirant les dunes défiler.
Les vols intérieurs restent rares et chers dans ce pays où tout se rejoint en quelques heures de route. Les taxis et services type Uber fonctionnent à Montevideo et Punta del Este avec des tarifs raisonnables.