
Une odeur de bois fumé flotte entre les toits de chaume. Chaque matin, les gardiens du village allument les foyers irori des maisons centenaires, perpétuant un geste vieux de plusieurs siècles. Cette fumée qui imprègne les poutres noircies n'est pas qu'un détail pittoresque : elle protège naturellement les charpentes des insectes et de l'humidité.
Ce musée en plein air a été créé en 1971 pour sauver de la destruction des dizaines de fermes traditionnelles de la région montagneuse de Hida. La construction de barrages sur la rivière Sho menaçait alors ces habitations uniques. Plus de trente bâtiments, dont quatre classés Bien culturel important du Japon, ont été démontés poutre par poutre puis reconstruits sur ce terrain vallonné au sud-ouest de Takayama.
Le site offre une alternative paisible à Shirakawa-go, le célèbre village inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Là où Shirakawa-go croule parfois sous les visiteurs, Hida no Sato permet d'explorer les intérieurs à son rythme, de grimper aux étages et d'observer les détails de construction sans bousculade.
Les fermes aux toits pentus à 60 degrés portent un nom poétique : gassho-zukuri, littéralement "mains jointes en prière". Cette inclinaison vertigineuse n'a rien d'esthétique à l'origine. Elle permettait à la neige abondante des Alpes japonaises de glisser sans écraser la structure. Les charpentiers de Hida, réputés dans tout le Japon médiéval, assemblaient ces colosses de pin et de châtaignier sans utiliser un seul clou.
Montez les escaliers raides jusqu'aux combles et vous découvrirez l'ingéniosité de ces habitations. Les vastes greniers servaient à l'élevage de vers à soie, activité vitale pour les familles paysannes durant les longs hivers. La chaleur du foyer irori montait naturellement jusqu'aux étages, créant des conditions idéales pour la sériciculture. Le musée expose encore les claies et ustensiles utilisés pour cette production textile.
Autour du foyer central se jouait toute la vie familiale. Chaque place était codifiée : l'aîné au fond, le cadet près de l'entrée. On y cuisinait, on s'y réchauffait, on y séchait les vêtements mouillés. La collection du musée comprend plus de 980 objets du quotidien exposés dans les différentes maisons.
Le site propose trois itinéraires balisés autour de l'étang Goami. Le parcours rouge de vingt minutes convient aux personnes à mobilité réduite. Le parcours bleu de quarante minutes permet de voir les maisons principales. Le circuit complet en brun demande une bonne heure et révèle les recoins les plus tranquilles du village.
Conseil d'ami : Portez des chaussures faciles à enfiler. Vous devrez les retirer à l'entrée de chaque maison, parfois une quinzaine de fois durant la visite. Prévoyez aussi des chaussettes épaisses en hiver, les tatamis sont frais sous les pieds.
Des artisans locaux travaillent sur place : tissage, vannerie, sculpture sur bois. Leurs démonstrations ne sont pas figées derrière une vitre. Vous pouvez observer de près le geste précis d'une tisserande à son métier ou les copeaux qui s'enroulent sous le ciseau d'un sculpteur.
Le Hida Takayama Crafts Experience Center, à quelques pas de l'entrée, propose des ateliers de 15 à 60 minutes pour fabriquer votre propre souvenir : poupée sarubobo, tasse en céramique ou carillon en verre. Comptez entre 800 et 3000 yens selon l'atelier.
Pour les familles, le musée propose des carnets de tampons avec questions-quiz en anglais. Les enfants parcourent le village à la recherche des stations de tamponnage et repartent avec un petit cadeau une fois le carnet complété. Une façon ludique de maintenir l'attention des plus jeunes.
L'automne habille les érables de rouge et d'orange, créant des reflets spectaculaires sur l'étang. Les illuminations nocturnes transforment le site de mi-octobre à début novembre, puis autour de Noël et durant tout l'hiver jusqu'à fin février. Les toits enneigés sous les projecteurs offrent une atmosphère de conte. Le tarif du soir est réduit à 300 yens pour les adultes.
Avant de quitter les lieux, arrêtez-vous à la boutique près de l'arrêt de bus. Les croquettes au bœuf de Hida y sont excellentes et constituent un en-cas réconfortant après la balade.
*Informations sujettes à variation