
Le parfum du bois de hinoki flotte dans les couloirs. Sous les pieds en chaussettes, les tatamis craquent à peine. Dans cette ancienne préfecture où le shogunat Tokugawa a régné sur la province de Hida pendant 176 ans, le temps semble s'être figé quelque part entre le XVIIe siècle et aujourd'hui.
Sur les soixante bureaux administratifs que comptait le Japon à la fin de l'époque Edo, celui-ci est le seul dont le bâtiment principal subsiste encore. Cette rareté lui vaut son classement comme Site historique national depuis 1929 et deux étoiles au Guide Vert Michelin. Le complexe a fonctionné sans interruption de 1692 à 1969, servant successivement le shogunat, puis l'administration préfectorale de Gifu.
La région de Hida regorgeait de ressources précieuses : or, argent, cuivre et surtout le fameux bois de construction des Alpes japonaises. Le shogunat Tokugawa décida donc de placer ce territoire sous son contrôle direct, envoyant 25 générations de gouverneurs administrer la province depuis ces murs.
Le parcours de visite traverse bureaux administratifs, salles de réception, quartiers résidentiels et cuisines. Chaque espace raconte une fonction précise du gouvernement féodal. Les bordures des tatamis changent selon le rang de la pièce : un détail subtil que les visiteurs attentifs remarqueront.
À l'entrée, le motif seigaiha peint sur l'alcôve représente des vagues stylisées. Ce symbole très prisé à l'époque Edo évoquait la prospérité et une paix durable. L'original, protégé dans le grenier à riz, a été remplacé par une reproduction fidèle de 4,5 mètres de large.
Sur les traverses en bois des pièces, de petits lapins métalliques dissimulent les têtes de clous. Ces mamuki usagi, orientés face au visiteur, portent un message symbolique : leurs longues oreilles rappellent que le shogunat entend tout ce qui se dit dans ces murs. Une façon élégante d'intimider sans menacer.
L'oshirasu servait à la fois de tribunal et de salle d'enquête. Les reconstitutions montrent les dispositifs utilisés pour faire parler les accusés : paniers de bambou exigus où l'on enfermait les prisonniers, pierres sur lesquelles ils devaient s'agenouiller. L'atmosphère y est plus froide que dans le reste du bâtiment.
Conseil d'ami : en hiver, prévoyez des chaussettes épaisses. La visite dure environ une heure pieds nus sur les tatamis et les couloirs en bois, et le froid peut devenir désagréable dès novembre.
Transféré du château de Takayama en 1695, ce grenier aux murs de terre battue stockait le riz collecté comme impôt dans toute la province. Sa structure massive, conçue pour résister au feu et à l'humidité, en fait l'un des plus anciens et des plus grands entrepôts de l'époque Edo encore debout. L'intérieur abrite aujourd'hui un musée présentant documents officiels, cartes anciennes et objets du quotidien des gouverneurs.
Les toitures du complexe méritent qu'on lève les yeux. Contrairement aux tuiles utilisées ailleurs au Japon, les bardeaux de bois dominent ici. La neige abondante de la région cassait trop facilement les tuiles en terre cuite, tandis que le bois, ressource locale par excellence, offrait une solution durable.
*Informations sujettes à variation
Attention : on peut voir quelques instruments de torture dans la cour de justice. Dans tous les cas, c’est un lieu unique au Japon et recommandé pour les passionnés d’histoire !