
Quatre étages de bois laqué noir et or, surmontés de marionnettes de soie figées dans leur dernier mouvement. Dans la grande salle aux plafonds de dix mètres, les chars du festival d'automne de Takayama se tiennent là, protégés derrière leurs vitrines, aussi impressionnants qu'au soir des processions d'octobre.
Le festival de Takayama n'a lieu que quatre jours par an : les 14-15 avril au printemps et les 9-10 octobre en automne. Chaque édition attire 200 000 visiteurs qui se pressent dans les ruelles de la vieille ville. Pour ceux qui ne peuvent synchroniser leur voyage avec ces dates précises, le Yatai Kaikan offre une alternative rare : contempler les chars originaux, ceux-là mêmes qui défilent depuis trois siècles, dans un cadre calme propice à l'observation des détails.
Le festival de Takayama figure au patrimoine immatériel de l'UNESCO depuis 2016. Les onze chars du festival d'automne sont tous classés Biens culturels importants du Japon. Le musée en expose quatre à la fois, avec une rotation effectuée trois fois par an, en mars, juillet et novembre.
Les chars exposés datent du XVIIe et XVIIIe siècle. Leur construction mobilisait tous les corps de métier de la région de Hida, célèbre depuis l'époque de Nara pour ses charpentiers. Les graveurs, laqueurs, forgerons et brodeurs travaillaient en compétition amicale entre quartiers de la ville. Le résultat est une accumulation de techniques : sculptures de phénix et de dragons sur bois doré, panneaux laqués rouge écarlate, incrustations de nacre, ornements de métal repoussé et tentures de soie brodée.
Parmi les chars exposés, le Hoteitai est le plus spectaculaire. Il porte trois marionnettes mécaniques en bois, soie et brocart : Hotei, le dieu de la fortune au ventre rebondi, et deux enfants acrobates. Lors du festival, ces poupées exécutent des pirouettes sur des barres de trapèze avant de sauter sur les épaules du dieu. Le mécanisme exige 36 cordes de soie et la coordination de 9 marionnettistes cachés à l'intérieur du char. L'audioguide fourni à l'entrée détaille le fonctionnement de ces automates.
La salle expose également un mikoshi octogonal de 2,5 tonnes. Ce sanctuaire portatif nécessitait 80 porteurs pour défiler dans les rues. Sa forme massive et ses ornements dorés lui valent le titre de plus grand mikoshi du pays.
Le billet d'entrée donne accès au Sakurayama Nikkokan, situé dans le bâtiment adjacent. Cette salle présente une maquette au 1/10e du sanctuaire Toshogu de Nikko, construit pour le shogun Tokugawa Ieyasu. L'œuvre a demandé 15 années de travail à 33 artisans durant l'ère Taisho. Les 28 bâtiments sont reproduits avec une précision maniaque : la porte Yomeimon, le pavillon aux Trois Singes, la pagode à cinq étages. Un lien historique justifie cette présence à Takayama : Hidari Jingoro, le sculpteur légendaire qui aurait réalisé les ornements de Nikko, serait originaire de la région.
Conseil d'ami : L'entrée du Nikkokan ressemble à une porte fermée et aucun personnel ne vérifie les billets à ce niveau. Poussez la porte, le musée est bien ouvert et inclus dans votre entrée.
Le musée se trouve dans l'enceinte du sanctuaire Sakurayama Hachiman-gu, le cœur spirituel du festival d'automne. La promenade dans les allées bordées de lanternes de pierre vaut quelques minutes. Les jours de beau temps, le rouge des torii contraste avec le vert des cryptomères.
En redescendant vers le centre-ville, observez les façades des maisons. Certaines cachent des yatai gura, ces entrepôts à hautes portes où dorment les autres chars de la ville. Ces hangars étroits aux murs épais maintiennent l'obscurité, la température et l'humidité nécessaires à la conservation du bois laqué. Si une porte est entrouverte, vous apercevrez peut-être la silhouette d'un char en attente du prochain festival.
*Informations sujettes à variation