
Il est 7h du matin à Takayama. Le long de la rivière Miyagawa, des tentes blanches s'alignent déjà sur 350 mètres, entre les ponts Kajibashi et Yayoibashi. Les voix des vendeurs résonnent dans l'air frais des montagnes, ponctuées par le murmure de l'eau claire où nagent des carpes koï colorées. Voilà le décor quotidien de l'un des trois plus grands marchés matinaux du Japon, aux côtés de ceux de Wajima et Katsuura.
L'histoire de ce marché remonte à 1820, sous l'ère Edo. À l'origine, les fermiers y vendaient du riz, des fleurs et des feuilles de mûrier destinées à l'élevage des vers à soie. Après le déclin de la sériciculture, les épouses d'agriculteurs, appelées « kakasa » dans le dialecte local, ont commencé à y proposer leurs légumes dès 1894. Le marché s'est installé sur les berges de la Miyagawa en 1962, après avoir longtemps occupé la rue Yasukawa.
Ce n'est pas un simple point de vente touristique. Les habitants de Takayama y font leurs courses, échangent des nouvelles, perpétuent une tradition qui structure la vie locale depuis des générations. Les stands changent au fil des saisons : pêches en été, pommes et kakis à l'automne, navets rouges traditionnels de la région Hida en hiver.
Côté rivière, les agriculteurs vendent leurs récoltes du jour. Le miso de Hida, fermenté dans les caves fraîches des montagnes, se distingue par sa saveur prononcée. Les tsukemono, ces légumes marinés aux recettes familiales jalousement gardées, diffèrent d'un stand à l'autre. Les vendeurs proposent systématiquement des échantillons et expliquent volontiers leurs méthodes de préparation, souvent en dialecte de Takayama.
Sur le trottoir opposé, les boutiques permanentes exposent l'artisanat local. Les sarubobo, ces petites poupées rouges porte-bonheur sans visage, sont fabriqués à la main selon une tradition ancestrale de la région. Les sculptures Ichii Itto-bori, réalisées d'un seul bloc dans du bois d'if japonais, témoignent du savoir-faire des artisans de Hida. Les baguettes en bois local, légères et durables, constituent un souvenir à la fois utile et raffiné.
Les amateurs de cuisine de rue trouveront de quoi composer un petit-déjeuner copieux :
Conseil d'ami : Arrivez vers 8h30 pour profiter du marché à son apogée. Trop tôt, certains stands ne sont pas encore installés. Trop tard, les meilleurs produits auront disparu. Prévoyez du liquide : la plupart des vendeurs n'acceptent que les espèces.
La rivière Miyagawa offre une toile de fond apaisante. Entre deux achats, descendez les marches jusqu'à la berge pour observer les carpes koï et les canards. Certains vendeurs proposent de la nourriture pour poissons à 100 yens. Le panorama sur les montagnes environnantes rappelle que Takayama se trouve au cœur des Alpes japonaises, à plus de 500 mètres d'altitude.
Une fois le marché terminé, le quartier historique de Sanmachi Suji se trouve à deux pas. Cette proximité permet d'enchaîner naturellement la visite des anciennes maisons de marchands, des brasseries de saké et des musées qui font la réputation de la ville.
*Informations sujettes à variation