Ce nom sera visible par les autres voyageurs

Des traces de l'âge du fer dorment sous ses fondations. Avant qu'une seule pierre chrétienne ne soit posée ici, un temple dédié à Diane et Minerve occupait ce promontoire. Depuis l'an 442, le site n'a cessé d'être reconstruit, bombardé, restauré, dans une succession qui donne le vertige.
Cette cathédrale n'éblouit pas au premier regard. Elle ne rivalise pas avec les grandes basiliques de la Côte d'Azur par ses dimensions ou son faste. Son intérêt est ailleurs : c'est un palimpseste architectural où chaque époque a laissé sa couche, du chœur roman du XIIe siècle à la façade baroque financée par Louis XV après les bombardements de 1746.
Plus grande église d'Antibes, elle fut le siège de l'évêché pendant huit siècles, de 442 à 1244, avant que celui-ci ne soit transféré à Grasse.
Son nom intrigue : "Platea" signifie simplement "de la place", en référence à l'esplanade sur laquelle elle donne. Un nom modeste pour un édifice qui a vu défiler une quarantaine d'évêques et survécu aux incursions sarrasines, aux guerres de succession et aux ravages du temps.
Les tons jaune-orangé de la façade surprennent. Ce choix chromatique, peu commun pour Antibes à l'époque, date de la reconstruction ordonnée par Louis XV avec les fonds de la cassette royale, après que la guerre de Succession d'Autriche eut ravagé l'édifice en 1746.
Le résultat tranche avec la sobriété des ruelles alentour. Les colonnes en stuc encadrent des portes sculptées en 1710 par Joseph Dolle, artisan antibois. Sur le battant droit, Saint-Sébastien ; sur le gauche, Saint-Roch, les deux protecteurs de la cité. Au-dessus, un cartouche en bois figure l'adoration de l'Eucharistie par deux anges.
À gauche de la cathédrale se dresse la tour Grimaldi, haute de 30 mètres. Construite entre le XIe et le XIIIe siècle, bien avant l'arrivée de la famille Grimaldi, elle servait de tour de guet contre de nouvelles incursions sarrasines. On l'appelle aussi la tour Sarrazine.
C'est le chef-d'œuvre de la cathédrale. Peint par Louis Bréa vers 1513, ce polyptyque de 2,53 m sur 2,21 m est la seule Vierge du Rosaire de l'artiste niçois parvenue intégralement jusqu'à nous. Le panneau central montre Marie abritant l'humanité sous les pans de son manteau, tandis que deux angelots l'écartent. Autour d'elle, dix-huit panneaux plus petits déclinent les quinze mystères du Rosaire : joyeux, douloureux, glorieux.
Ce retable a été déposé en 2020 pour être restauré au CICRP de Marseille, un chantier qui a permis d'étudier pour la première fois la technique picturale de Bréa dans le détail.
L'intérieur, assez sombre, réserve d'autres surprises pour qui prend le temps de s'adapter à la pénombre :
La cathédrale n'est pas ouverte en continu aux visiteurs. Elle fonctionne d'abord comme église paroissiale, rattachée à la paroisse Saint-Armentaire. Les messes y sont célébrées du lundi au jeudi à 8h, le samedi à 8h30, et le dimanche à 11h et 18h30. Détail insolite : une messe en anglais est proposée chaque samedi à 18h30, organisée par la communauté philippine locale.
Conseil d'ami : privilégiez un samedi matin pour votre visite. La cathédrale est ouverte pour les confessions de 10h à 12h, ce qui vous laisse le temps d'admirer l'intérieur dans le calme. En semaine, la messe de 8h est brève et l'accès reste très limité le reste de la journée.
Chaque début juillet, la cathédrale accueille les fêtes de Notre-Dame de Bon Port. La statue de la Vierge descend en procession depuis le sanctuaire de la Garoupe au cap d'Antibes, portée par les membres de la Corporation des Mariniers. Les chants des Mariniers d'Antibes résonnent alors sous les voûtes, perpétuant une tradition maritime profondément ancrée dans la ville.