
Six heures du matin, cours Masséna. Les premiers rayons du soleil effleurent la structure métallique de la halle tandis que Denis le pêcheur dispose ses caisses de rougets encore frétillants. L'odeur iodée se mêle déjà aux effluves de basilic frais qui s'échappent des étals voisins. Classé parmi les dix meilleurs marchés de produits frais au monde par CNN, ce rendez-vous quotidien incarne l'âme vivante du vieil Antibes.
Ce marché existe depuis des siècles sur cette place. Au Moyen-Âge, les bâtiments qui bordent les arcades formaient ce qu'on appelait « la Bourgade », aux portes de la cité fortifiée. Au numéro 21 vivait Marie-Rosalie Lamarre, future épouse du maréchal Masséna. En 1832, des micocouliers furent plantés pour protéger les fermiers du soleil. Insuffisants, ils laissèrent place en 1928 à la halle métallique de style Baltard que l'on connaît aujourd'hui.
La cinquantaine d'étals qui s'y déploient chaque matin perpétuent une tradition où les producteurs locaux côtoient les artisans. Les Antibois y croisent les visiteurs dans une atmosphère bon enfant, entre interpellations des marchands et négociations animées.
Les maraîchers comme Michel, Marina et Marielle proposent des légumes gorgés de soleil. Courgettes rondes, tomates côtelées, aubergines violettes brillantes. La famille Massi s'est spécialisée dans les mini-légumes prisés des chefs. Plus loin, Christel Chaouch aligne mesclun, roquette et pourpier cueillis le matin même. Les étals de Pierre Pellegrino croulent sous les olives de toutes variétés et les huiles d'olive aux reflets dorés.
Côté mer, les poissons de Méditerranée arrivent directement des filets : loups, dorades, rascasses pour la bouillabaisse. Les amateurs de fromage s'arrêtent chez Jacques, dont le comptoir expose tommes de montagne, brebis des Préalpes et chèvres affinés.
La socca cuite au feu de bois mérite le détour. Cette galette croustillante à base de farine de pois chiches, poivrée et dorée, se déguste brûlante dans un cornet en papier. Le pan bagnat, ce sandwich rond garni de thon, crudités et huile d'olive, constitue le pique-nique idéal pour la plage. Les tapenades noires ou vertes, le pistou parfumé, les saucisses corses de Tony et Nadia récompensées d'une médaille d'or complètent le tableau.
Conseil d'ami : Pour goûter la meilleure socca du marché, repérez le stand au bout de l'allée principale, côté arcades. Attendez-vous à faire la queue, mais la galette craquante et moelleuse vaut ces quelques minutes de patience.
L'après-midi, la halle change de visage. Peintres, sculpteurs, céramistes et créateurs de bijoux investissent les lieux dès 15 heures. De septembre à mi-juin, ce marché artisanal se tient les vendredis, samedis et dimanches. En haute saison, du mardi au dimanche. Les œuvres exposées reflètent l'inspiration méditerranéenne qui attira tant d'artistes sur cette côte, de Picasso à Nicolas de Staël.
Le musée Picasso, installé dans le château Grimaldi à quelques pas, prolonge naturellement cette immersion artistique. Le peintre y installa son atelier en 1946 et légua plusieurs œuvres à la ville.
Les habitués arrivent avant 9 heures pour bénéficier du meilleur choix et d'une atmosphère moins dense. Les étals commencent à se vider vers 11h30. Les prix affichés peuvent surprendre : ce marché attire beaucoup de visiteurs et certains produits sont vendus plus cher qu'ailleurs. Comparer reste judicieux, particulièrement pour les fruits. Un seul étal propose des produits certifiés bio, présent uniquement du jeudi au samedi.
Les terrasses des cafés qui bordent le marché sous les arcades offrent un poste d'observation parfait. Commander un café allongé et observer le ballet des paniers en osier fait partie du rituel local.
*Informations sujettes à variation