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Tréhorenteuc, où les légendes du roi Arthur rencontrent le sacré

En 1942, un prêtre rebelle débarque dans le village le plus pauvre du diocèse de Vannes. L'évêché l'envoie « en pénitence » dans ce hameau de 150 âmes perdu au bout du Morbihan. Vingt ans plus tard, l'abbé Henri Gillard aura transformé une église en ruine en un sanctuaire unique au monde : l'Église du Graal, où vitraux et mosaïques mêlent la foi chrétienne, les symboles celtes et les chevaliers de la Table Ronde.

Cette histoire vraie dit tout de ce village. Ici, le merveilleux n'est pas une attraction touristique. C'est une affaire de croyance, de passion et de transmission.

Un village pour rêveurs, marcheurs et chercheurs de sens

Si vous cherchez des distractions grand public, des magasins de souvenirs standardisés ou des animations pour enfants en bas âge, passez votre chemin. Tréhorenteuc s'adresse à ceux qui aiment marcher, contempler et laisser leur imagination vagabonder. Le village est minuscule. L'essentiel se passe dans la forêt et dans la petite église qui domine la place.

Les passionnés de légendes arthuriennes trouveront ici un terrain de jeu incomparable. Les randonneurs apprécieront les sentiers variés, entre landes, rochers de schiste pourpre et sous-bois mystérieux. Les familles avec enfants de plus de 7 ans peuvent s'y aventurer, à condition de prévoir de bonnes chaussures et de l'eau. Une voiture reste quasi indispensable pour explorer la région, même si les plus motivés peuvent rejoindre Paimpont à vélo.

Un budget très raisonnable

L'entrée de l'église est gratuite. Les balades contées avec un guide professionnel coûtent entre 10€ et 15€ par adulte. Comptez 60€ à 90€ la nuit en chambre d'hôtes et 12€ à 18€ pour un repas galettes et crêpes dans une crêperie locale.

Le Val sans Retour et l'Arbre d'Or

À 500 mètres du village, un sentier s'enfonce dans la lande. C'est l'entrée du Val sans Retour, domaine légendaire de la fée Morgane. Selon les romans médiévaux du XIIIe siècle, cette vallée emprisonnait les amants infidèles derrière des murs d'air invisibles. Le chevalier Lancelot, élevé par la fée Viviane, aurait brisé le sortilège en affrontant les dragons qui gardaient les lieux.

La réalité géologique n'est pas moins saisissante. Les rochers de schiste rouge qui émergent de la végétation rase donnent au paysage une allure minérale et sauvage. À l'entrée du val, l'étang du Miroir aux Fées reflète le ciel dans une eau sombre et immobile. Juste à côté se dresse l'Arbre d'Or, un châtaignier recouvert de 5 000 feuilles de métal doré. L'artiste François Davin l'a créé en 1991, après l'incendie qui a ravagé 400 hectares de forêt l'année précédente. Ses branches évoquent les bois d'un cerf, animal sacré des légendes celtes.

Conseil d'ami : venez tôt le matin ou en fin d'après-midi. En été, le site attire beaucoup de visiteurs entre 11h et 16h. L'accès au fond de la vallée, le long du ruisseau du Rauco, n'est ouvert que du 1er avril au 15 septembre, hors période de chasse.

Trois parcours possibles

La boucle courte de 4 km permet d'atteindre l'Arbre d'Or, le Miroir aux Fées et de remonter sur les crêtes en 1h30 environ. Le circuit complet du Val sans Retour fait 8 km et demande 2h40 de marche. Il inclut le Siège de Merlin, une formation rocheuse d'où le magicien aurait contemplé les couchers de soleil, et le Rocher des Faux Amants, deux silhouettes pétrifiées par la colère de Morgane. Prévoyez des chaussures de randonnée : certains passages sont escarpés et rocailleux.

L'Église du Graal, œuvre d'un prêtre visionnaire

De l'extérieur, rien ne distingue cette petite église de schiste des autres sanctuaires bretons. En poussant la porte, on entre dans un univers à part. L'abbé Gillard a passé vingt ans à transformer ce lieu en passerelle entre le christianisme, la tradition celte et le cycle arthurien. Il se privait de nourriture pour financer les travaux. En 1945, deux prisonniers allemands l'ont aidé : l'ébéniste Peter Wissdorf a fabriqué les bancs et la voûte en forme de coque de bateau, le peintre Karl Rezabeck a réalisé le chemin de croix.

Chaque détail mérite attention. Sur la neuvième station du chemin de croix, le Christ tombe aux pieds d'une femme en rouge : la fée Morgane, symbole de la luxure. Au fond de l'église, une mosaïque représente un Cerf blanc au collier d'or entouré de quatre lions rouges. C'est une scène tirée de la Quête du Graal, où Galaad reconnaît Jésus et les quatre évangélistes sous ces apparences animales. Le grand vitrail du chœur montre Joseph d'Arimathie recueillant le sang du Christ dans une coupe verte lumineuse : le Graal.

Conseil d'ami : sur le chapiteau près de l'entrée, cherchez l'inscription « La porte est en dedans ». Cette formule résume la philosophie de l'abbé Gillard : le voyage spirituel est intérieur. Prenez le temps de décrypter les symboles, ou réservez une visite guidée pour ne rien manquer.

Balades contées et autres sites légendaires

Les offices de tourisme de Brocéliande organisent des balades contées tout au long de l'année, principalement les week-ends et pendant les vacances scolaires. Un guide-conteur vous accompagne sur les sentiers et fait revivre les légendes de Morgane, Merlin et Viviane. La formule dure environ 2h30 et coûte entre 10€ et 15€ par personne. Ces sorties partent souvent de la place de Tréhorenteuc.

Si vous disposez de plusieurs jours, d'autres sites de la forêt de Brocéliande méritent le détour. Le Tombeau de Merlin se trouve près de la fontaine de Jouvence, à une quinzaine de kilomètres. Le Château de Comper abrite le Centre de l'Imaginaire Arthurien, avec expositions, spectacles médiévaux et animations pour enfants. La Fontaine de Barenton, où Merlin aurait rencontré Viviane pour la première fois, nécessite une randonnée d'environ 6 km depuis le hameau de Folle Pensée.

Où manger et boire à Tréhorenteuc ?

Le village compte deux crêperies qui valent le détour. La Grande Vallée, installée dans un cadre verdoyant, propose des galettes de sarrasin préparées à la minute avec des produits frais et locaux. Ouvert du mercredi au dimanche, midi et soir. Le Miroir aux Fées, tenu par une conteuse de Brocéliande, occupe une terrasse face au départ des sentiers vers le Val sans Retour. Idéal pour une halte avant ou après la randonnée.

La crêperie Au Nombre d'Or, sélectionnée par le Petit Futé et référencée au Gault et Millau, utilise des farines Blé Noir Tradition Bretagne et propose des spécialités inspirées du territoire. Comptez 16€ à 20€ pour un repas complet. Pour un repas plus traditionnel, l'Auberge Le Pâtis Vert sert une cuisine familiale avec des spécialités comme le couscous et la tête de veau à l'ancienne.

Où dormir à Tréhorenteuc et aux alentours ?

L'offre d'hébergement reste modeste dans le village même. La P'tite maison de Trého, maison traditionnelle rénovée en plein bourg, permet de partir à pied vers le Val sans Retour. L'Auberge Val sans Retour propose des chambres familiales avec jardin et terrasse, dans un cadre rustique.

Pour plus de choix, élargissez votre recherche aux communes voisines. Paimpont, à 15 km, concentre plusieurs gîtes et chambres d'hôtes autour de son abbaye et de son étang. La chambre d'hôtes Le Bois des Elfes à Mauron se trouve à 4 km seulement, aux portes de la forêt légendaire. Les amateurs d'hébergements insolites trouveront des cabanes perchées et des yourtes dans un rayon de 20 km.

Comment se rendre et se déplacer à Tréhorenteuc ?

La voiture reste le moyen le plus pratique. Depuis Rennes, comptez 50 minutes par la D166 ou la RN24. Depuis Vannes, environ 45 minutes par la D166. Paris est à 3h30 par l'autoroute jusqu'à Rennes, puis route départementale. L'aéroport de Rennes-Bretagne se trouve à 50 km.

Sans voiture, le trajet devient plus complexe. Des bus BreizhGo relient la gare de Rennes à Ploërmel en environ 1h. De là, il faut prendre un taxi ou louer un vélo électrique à l'office de tourisme de Tréhorenteuc. Une autre option : le bus Ilenoo ligne 1A relie Rennes à Paimpont, d'où vous pouvez rejoindre le village par les sentiers de randonnée. Comptez 1h à 1h30 de trajet global en transports en commun.

Quand y aller ?

Le printemps et l'automne offrent les meilleures conditions : températures agréables pour la randonnée, lumières changeantes sur les landes, fréquentation modérée. L'été attire beaucoup de visiteurs, surtout en juillet-août. L'hiver a son charme avec les brumes matinales qui enveloppent le Val sans Retour, mais l'accès au fond de la vallée est fermé de mi-septembre à fin mars pour cause de chasse. Les balades contées se déroulent toute l'année, principalement les week-ends.