Vannes, la cité médiévale qui a gardé ses remparts et son âme

Il est 8h du matin un samedi de septembre. Sur la Place des Lices, les maraîchers installent leurs cageots de légumes pendant que l'odeur du beurre chaud s'échappe des boulangeries. Un poissonnier déballe ses araignées de mer encore humides du Golfe. Derrière la halle couverte, les maisons à colombages roses et bleues semblent veiller sur ce ballet quotidien qui n'a pas changé depuis le XIVe siècle. Vannes possède cette qualité rare : une authenticité que le tourisme n'a pas encore abîmée.

Une ville à taille humaine pour flâneurs et gourmands

Vannes s'adresse aux voyageurs qui préfèrent déambuler plutôt que cocher des cases. Avec ses 60 000 habitants et son centre entièrement piétonnier, la ville se parcourt à pied en une journée. Elle convient parfaitement aux couples en quête de romantisme discret, aux familles avec enfants curieux d'histoire, et aux amateurs de bonne chère bretonne. Les fêtards et les adeptes de plages bondées seront déçus : ici, on vit au rythme des marées et des marchés.

La vraie force de Vannes, c'est sa position stratégique. Elle ouvre les portes du Golfe du Morbihan, cette petite mer intérieure parsemée de quarante îles. Vous pouvez passer la matinée dans les ruelles médiévales et l'après-midi sur un bateau vers l'Île aux Moines. Cette polyvalence en fait une base idéale pour explorer le sud de la Bretagne sans jamais reprendre la voiture.

Un budget maîtrisable pour la Bretagne

Comptez 80€ à 130€ la nuit en chambre d'hôtes ou hôtel de charme dans l'intra-muros. Un repas galettes-crêpes revient à 15€-20€ par personne, un plateau de fruits de mer à 25€-40€. Les musées affichent des tarifs modestes et la flânerie dans les remparts reste gratuite.

L'intra-muros : 170 maisons à colombages et des siècles d'histoire

Entrez par la Porte Saint-Vincent, l'emblème de la ville. Cette porte du XVIIe siècle arbore les armoiries vannetaises : l'hermine de Bretagne couronnée de trois tours, encadrée par deux lévriers offerts au roi François Ier lors de son passage en 1532. Au-dessus, la statue du saint patron veille sur les visiteurs.

La Place Henri IV concentre les plus belles façades à pans de bois de la ville. Leurs étages supérieurs débordent sur la rue. Cette architecture n'est pas un hasard : au Moyen Âge, seule la surface au sol était taxée. Les propriétaires gagnaient donc de l'espace en élargissant les étages. Aujourd'hui, les terrasses des cafés occupent cette place où le temps semble suspendu.

Conseil d'ami : cherchez les sculptures de Vannes et sa femme à l'angle des rues Noé et Bienheureux-Pierre-René-Rogue. Ce couple de bustes jovial, incrusté dans une façade du XVIe siècle, est devenu le symbole officieux de la ville. Personne ne sait vraiment qui ils représentent, mais leur bonhomie vous fera sourire.

Les remparts et leurs jardins secrets

Vannes conserve l'un des ensembles fortifiés les mieux préservés de Bretagne. Le chemin de ronde offre une promenade d'environ 45 minutes qui révèle la ville sous un angle inattendu. Depuis la Tour du Connétable, la plus haute des fortifications, le regard embrasse les toits d'ardoise et les jardins à la française aménagés dans les anciens fossés.

En contrebas des murailles, les lavoirs des remparts constituent une découverte discrète. Ces bassins couverts où les Vannetaises lavaient leur linge jusqu'au XXe siècle ont été restaurés en 2006. Même aux heures d'affluence, ce recoin reste paisible. L'eau y coule toujours le long d'un ruisseau bordé de végétation.

Le quartier Saint-Patern : le plus ancien et le plus vivant

Ce quartier occupe l'emplacement de la ville romaine fondée au Ier siècle avant notre ère. Les rues portent encore les noms des anciens métiers : Rue du Four, Rue de la Tannerie. L'église Saint-Patern du XVIIIe siècle domine un lacis de venelles où les boutiques indépendantes résistent aux enseignes standardisées.

Saint-Patern concentre aussi la vie nocturne vannetaise. Les bars à concerts, les restaurants créatifs et les terrasses animées s'y succèdent. Le contraste avec le calme de l'intra-muros surprend : ici, la jeunesse estudiantine et les habitants du quartier se mélangent dans une ambiance décontractée.

Du port au Golfe : la Bretagne maritime à portée de bateau

Le port de plaisance s'étire sur plusieurs centaines de mètres depuis la Porte Saint-Vincent. Une promenade plantée d'arbres longe les pontons où s'alignent voiliers et vedettes. L'Office de Tourisme occupe un bâtiment sur le quai et propose les billets pour les croisières dans le Golfe.

La presqu'île de Conleau, à 5 km du centre, offre une plage aménagée et une piscine naturelle d'eau de mer. On y accède par une promenade piétonne le long de l'estuaire. Le restaurant Le Corlazo y sert des fruits de mer avec vue sur les îles du Golfe. C'est l'endroit où les Vannetais viennent profiter des couchers de soleil.

Conseil d'ami : réservez une croisière vers l'Île d'Arz plutôt que l'Île aux Moines si vous visitez en haute saison. Moins fréquentée, elle offre des paysages similaires et un moulin à marée remarquable à la pointe de Berno.

Où manger et boire à Vannes ?

La scène culinaire vannetaise tourne autour de deux pôles : les Halles des Lices et la Halle aux Poissons. La première réunit une trentaine de producteurs du mardi au dimanche matin. La seconde, entièrement rénovée en 2018, propose les prises du jour : saint-jacques, araignées, bars et les fameuses huîtres du Golfe qui représentent 10% de la production française.

Pour le kouign-amann, la pâtisserie emblématique de Bretagne, deux adresses se disputent les faveurs des locaux. Chez François, sur la Place des Lices, propose une version généreuse et croustillante. La Huche à Pain, à quelques mètres, défend une recette plus traditionnelle. Les deux méritent le détour.

La crêperie Dan Ewen, près de l'église Saint-Patern, fait figure d'institution. Son décor authentique et sa carte 100% bretonne attirent une clientèle fidèle. Pour les fruits de mer, la Brasserie des Halles sert des moules marinières et des plateaux de coquillages dans une ambiance conviviale.

Où dormir à Vannes et aux alentours ?

L'intra-muros concentre les hébergements les plus charmants : chambres d'hôtes dans des maisons à colombages, petits hôtels de caractère. Le quartier du port offre une alternative pratique pour ceux qui veulent embarquer tôt vers les îles. Les tarifs y sont légèrement plus accessibles.

Pour plus d'espace ou de tranquillité, les communes voisines proposent des gîtes et des manoirs rénovés. Arradon et Séné, à 10 minutes en voiture, donnent directement sur le Golfe. Le Château de Locguénolé à Kervignac, membre des Relais & Châteaux, représente l'option haut de gamme à 20 km de Vannes.

Comment se rendre et se déplacer à Vannes ?

Le TGV relie Paris-Montparnasse à Vannes en 2h30 sans correspondance. Depuis Rennes, comptez 1h en TER ou TGV. La gare se situe à 20 minutes à pied du centre historique, ou 5 minutes en bus Kiceo. Les trains OUIGO desservent également la ligne Paris-Quimper avec arrêt à Vannes.

En voiture, les voies express gratuites facilitent l'accès : Rennes-Vannes par la RN166, Nantes-Vannes par la RN165. Des parkings gratuits existent en périphérie du centre. Le City Pass Golfe du Morbihan inclut les transports en commun et des réductions sur 30 sites, en formule 24h, 48h ou 72h.

Pour les îles du Golfe, les bateaux partent de la gare maritime, accessible en 10 minutes de bus depuis le centre. Des navettes régulières desservent l'Île aux Moines et l'Île d'Arz toute l'année.

Quand y aller ?

Le printemps et l'automne offrent le meilleur compromis entre météo clémente et fréquentation raisonnable. La Semaine du Golfe, tous les deux ans à l'Ascension, rassemble plus de 1000 vieux gréements dans un spectacle maritime exceptionnel. L'été reste agréable mais les files d'attente s'allongent aux embarcadères. Évitez la première quinzaine d'août si vous craignez la foule.