Villerville, le village où Gabin et Belmondo ont trinqué pour l'éternité
En 1962, Henri Verneuil cherchait un décor pour adapter le roman d'Antoine Blondin. Il a trouvé cette petite station balnéaire coincée entre Trouville et Honfleur, rebaptisée Tigreville le temps du tournage. Jean Gabin y tenait un hôtel fictif, Jean-Paul Belmondo y jouait au toréador ivre au milieu des voitures.
Soixante ans plus tard, les habitants célèbrent encore le film chaque automne, le Cabaret Normand n'a pas changé de décor, et les totems disséminés dans les rues invitent à refaire le parcours des deux monstres sacrés du cinéma français.
Villerville : un antidote aux plages bondées de la Côte Fleurie
Ce village de 700 habitants séduira les amateurs de calme qui fuient l'agitation de Deauville et Trouville. Ici, pas de casinos ni de boutiques de luxe, mais des ruelles pavées bordées de maisons à colombages colorées, un lavoir du 19e siècle, et une église romane coiffée d'un toit en pierres plates, une rareté architecturale en Normandie.
Les marcheurs apprécieront les 4 kilomètres de falaises des Roches Noires qui dévoilent des strates géologiques vieilles de 160 millions d'années. Les amateurs de littérature flâneront dans la rue du Général Leclerc, devenue un petit village des livres avec ses bouquinistes.
En revanche, ceux qui recherchent une plage de sable fin seront déçus. À marée haute, la plage de galets disparaît presque entièrement. La vie nocturne est inexistante et les commerces ferment tôt. Comptez une demi-journée pour visiter le village, mais prévoyez d'y passer une nuit pour profiter de la lumière du soir sur les falaises.
Un budget raisonnable pour la Côte Fleurie
Comptez 100 à 150 euros par jour pour un couple avec hébergement et repas. Les restaurants du village proposent des menus entre 20 et 35 euros. Les hôtels affichent des tarifs entre 90 et 180 euros la nuit selon la saison, moins élevés que leurs équivalents à Deauville.
Sur les traces du film culte
Le circuit « Un Singe en Hiver » démarre rue de la Cabine, devant le Cabaret Normand où Belmondo commande son fameux Picon-bière. Des panneaux jalonnent les lieux de tournage avec photos d'époque et anecdotes. La scène mythique de la corrida automobile a été filmée rue du Général Leclerc, là même où Bébel a réalisé sa première cascade au cinéma. Une fresque caricaturale des deux acteurs trône face à la mer, près de l'ancienne gendarmerie.
Au Cabaret Normand, les murs boisés et les rideaux à carreaux rouges et blancs sont restés identiques. Une « confrérie du singe en hiver » s'y retrouve régulièrement pour réciter les répliques de Michel Audiard. Chaque année fin octobre, Villerville redevient Tigreville le temps d'un week-end d'hommage avec projections, expositions et feu d'artifice tiré depuis la plage comme dans la scène finale du film.
Conseil d'ami : la Place du Guettoir, où jadis les femmes de marins attendaient leurs époux, offre le meilleur point de vue pour photographier la rue de la Cabine avec ses maisons normandes aux balcons fleuris.
Les falaises des Roches Noires, 160 millions d'années face à la mer
Ces falaises argileuses culminant à 60 mètres constituent un Espace Naturel Sensible de 135 hectares classé par le Calvados. Leur nom vient des blocs de calcaire sombre éparpillés sur la plage, recouverts d'algues et de lichens. Les géologues amateurs y trouveront des fossiles du Jurassique supérieur. Les ornithologues observeront huîtriers, courlis et bécasseaux sur les platiers rocheux. Une orchidée rare, l'Orchis de Fuchs, pousse sur les pelouses sèches en haut des falaises.
Le Parc des Graves offre un accès aménagé avec sentiers balisés, belvédère et aires de pique-nique. Un sentier littoral de 3,6 km relie Villerville à Trouville en longeant la crête. Pour descendre au pied des falaises, vérifiez impérativement les horaires de marée : la remontée des eaux peut bloquer les promeneurs imprudents.
Conseil d'ami : descendez à la plage des Graves à marée basse pour observer les deux cascades qui jaillissent des parois argileuses. L'accès se fait depuis le parking en haut du parc, prévoir de bonnes chaussures.
Le village des peintres et des livres
Eugène Boudin et Raoul Dufy ont posé leurs chevalets ici bien avant l'arrivée des équipes de tournage. L'église Notre-Dame de l'Assomption, dont le clocher massif date du 12e siècle, a conservé son chœur roman et son toit en grandes dalles de pierre, chose exceptionnelle dans la région. Le lavoir construit à la fin du 19e siècle témoigne de l'arrivée des premiers estivants parisiens et des efforts d'hygiène qui ont accompagné le développement touristique.
La rue du Général Leclerc aligne aujourd'hui plusieurs librairies et bouquinistes qui ont valu au village son surnom de « village des livres ». Un petit marché de produits normands s'installe sur la Place du Lavoir les mardis et samedis matin de Pâques à la Toussaint.
Un festival de théâtre dans les granges et les jardins
Depuis 2014, le Festival à Villerville investit le dernier week-end d'août des lieux improbables : un garage face au cimetière, la salle de classe de l'école, la ferme du château, des appartements privés. De jeunes compagnies issues des grandes écoles d'art dramatique y présentent des créations conçues pendant trois semaines de résidence. Dix euros le spectacle ou soixante euros le pass complet. L'ambiance reste intimiste, loin des grands festivals, avec rencontres entre artistes et public après chaque représentation.
Où manger et boire à Villerville ?
La Cabane Bleue sur la plage des Graves est l'adresse préférée des locaux. Pieds dans le sable, transats et planches de fruits de mer à prix corrects, huîtres et verre de muscadet face aux falaises. L'endroit ferme le mardi et ne prend pas de réservation.
Pour un repas plus élaboré, le restaurant de l'Hôtel Le Bellevue sert une cuisine normande autour des produits du vivier : homard, Saint-Jacques, poissons de la côte. La véranda donne sur un jardin qui descend vers la mer. Le Paquebot, ancien casino reconverti en hôtel-restaurant, propose une carte orientée produits de la mer dans une salle au décor marin. La Crêperie du Coin, rue du Maréchal Foch, offre un cadre de bistrot normand avec terrasse ensoleillée.
Où dormir à Villerville et aux alentours ?
Le village compte deux adresses de charme. L'Hôtel Le Bellevue, villa centenaire classée Demeures & Châteaux, dispose de chambres avec vue sur mer et jardin. Le Paquebot, installé dans l'ancien casino face à l'estacade, est le seul hôtel les pieds dans l'eau entre Cabourg et Honfleur. Comptez 120 à 200 euros la nuit en haute saison.
Pour un budget plus modeste, plusieurs chambres d'hôtes et locations de vacances sont disponibles dans le village et les hameaux environnants. Trouville et Honfleur offrent davantage de choix à moins de vingt minutes en voiture.
Comment se rendre et se déplacer à Villerville ?
Depuis Paris, comptez 2h15 en train jusqu'à la gare de Deauville-Trouville, puis 15 minutes en taxi ou navette. En voiture, 2h par l'A13 puis la D513 le long de la côte. L'aéroport de Deauville-Normandie se trouve à 7 km. Les ports du Havre et de Caen proposent des liaisons ferry avec l'Angleterre pour les visiteurs britanniques.
Sur place, tout se fait à pied. Le parking de la Place du Lavoir est payant en saison mais gratuit hors vacances scolaires. Un autre parking se trouve en haut du Parc des Graves pour accéder directement aux falaises. Le réseau de bus Nomad relie Villerville à Trouville et Honfleur, mais les fréquences restent limitées.
Quand y aller ?
De mai à septembre pour profiter des randonnées côtières et de la terrasse de La Cabane Bleue. Le Festival de théâtre fin août attire les amateurs de création contemporaine. La Fête des marins, célébrée depuis 1896 autour du 15 août, pare les rues de filets de pêche et rassemble les enfants en marinières pour un défilé folklorique. Évitez les week-ends de juillet et août si vous fuyez la foule : le village reste calme mais les parkings se remplissent vite.






