Ixmiquilpan, là où des guerriers jaguars veillent dans une église
Au milieu du XVIe siècle, des artistes otomís ont peint des guerriers jaguars et des aigles aztèques sur les murs d'une église catholique. Pas des saints : des combattants en armures de plumes, des dragons et des centaures mêlés à des lianes d'acanthe.
Les moines augustins ont laissé faire. Quelqu'un a recouvert les fresques, et elles ont dormi sous le plâtre avant d'être redécouvertes dans les années 1950.
Une destination pour les voyageurs qui n'ont pas peur du dépaysement total
Si vous avez vu sur les réseaux sociaux des photos de piscines turquoise accrochées à une falaise au Mexique, c'est probablement les Grutas de Tolantongo, et c'est depuis cette ville qu'on y accède. Mais la réduire à un point de passage serait une erreur. La ville et ses environs forment un territoire riche en sources thermales, en histoire préhispanique et en culture Hñähñú, le peuple otomí de la vallée du Mezquital.
Ce coin du Mexique plaira à ceux qui veulent sortir des circuits balisés : pas de resorts, pas de foules internationales, des prix plancher. Ceux qui recherchent des infrastructures haut de gamme ou des menus en anglais risquent d'être déstabilisés. L'anglais est quasi inexistant, et le réseau mobile faible autour des sites naturels.
Un budget plancher
Entre 400 et 850 MXN la nuit en hôtel correct, soit 20 à 45 €. Un repas copieux dans une fonda locale entre 80 et 150 MXN, à peine 4 à 8 €. L'entrée aux Grutas de Tolantongo revient à 230 MXN par jour, environ 12 €.
Les fresques guerrières de San Miguel Arcángel
Le Templo y Ex-Convento de San Miguel Arcángel, construit entre 1550 et 1560 par les Augustins, ressemble de l'extérieur à une forteresse crénelée. C'est à l'intérieur que tout bascule.
Des fresques de plus de deux mètres de haut montrent des guerriers armés de macahuitl, ces épées à lames d'obsidienne, luttant contre des créatures fantastiques dans un enchevêtrement de lianes d'acanthe. Comment des artistes indigènes ont-ils pu peindre cela dans une église catholique ? Le débat dure encore.
Sur la Plaza Juárez, une sculpture de bronze de 7 mètres attire le regard : c'est la Diana Cazadora originale, celle qui trônait sur le Paseo de la Reforma à Mexico. Endommagée en 1968, elle a été récupérée par le régent de Mexico, natif de la ville, et installée ici. Celle de Reforma est une copie.
Conseil d'ami : observez les écussons sculptés sur la façade avant d'entrer. Ils représentent des aigles et des jaguars sans symbole chrétien, un indice de ce qui vous attend à l'intérieur.
Grutas de Tolantongo : les bassins thermaux du canyon
À environ 45 minutes de route, les Grutas de Tolantongo sont le site naturel le plus spectaculaire de la région. Des bassins d'eau thermale turquoise, creusés en terrasses à flanc de canyon, surplombent une rivière chaude couleur émeraude. Une grotte d'où jaillit une cascade complète le tableau.
Soyons honnêtes : le week-end, l'endroit est pris d'assaut par les familles de Mexico et l'ambiance rappelle le parc aquatique. En semaine, tout change. Il est possible de profiter des pozas presque seul, face au canyon.
Conseil d'ami : tout se paie en espèces aux Grutas, y compris l'hôtel. Aucun distributeur sur place. Prévoyez des liasses de pesos.
Grottes souterraines et parc communautaire
Les amateurs de spéléologie trouveront leur bonheur aux Grutas de Xoxafi, un réseau de grottes vieux de 250 millions d'années. Trois formules : un parcours illuminé de 600 mètres, un tunnel « aventure » avec rappel à 80 mètres de profondeur, et un parcours extrême avec tyrolienne souterraine. La roche y forme des motifs de « peau de léopard » dus à l'oxyde de fer.
Géré par la communauté Hñähñú, le Parque EcoAlberto propose tyroliennes, kayak sur le río Tula et ponts suspendus. Son attraction la plus singulière : la Caminata Nocturna, une randonnée de nuit de trois heures qui simule un passage clandestin de la frontière vers les États-Unis, pour sensibiliser aux dangers de l'émigration qui a vidé une partie des villages de la région.
Où manger et boire à Ixmiquilpan ?
La spécialité locale est la barbacoa de borrego : de l'agneau cuit dans un four creusé dans la terre, servi dès l'aube dans les marchés. Les gorditas de maíz, petites galettes fourrées au chicharrón ou aux haricots noirs, sont l'autre classique du coin.
Côté boisson, le pulque est ici chez lui : une boisson fermentée extraite de la sève du maguey, visqueuse et acidulée. Le Mercado Morelos propose des étals de rue à prix dérisoires, et le restaurant La Herradura, derrière la mairie, sert une cuisine régionale copieuse.
Où dormir à Ixmiquilpan et aux alentours ?
Le centre-ville compte quelques hôtels simples comme l'Apartahotel Villa del Sol, bien noté et abordable. Pour une immersion nature, les Grutas de Tolantongo disposent d'un parc hôtelier au fond du canyon, mais les chambres sont basiques, sans wifi ni télévision.
Autre option : le Parque EcoAlberto propose des cabanes au bord du canyon, et les zones forestières comme Puerto Dexthi offrent des cabanes à 500 MXN la nuit sous un ciel sans pollution lumineuse.
Comment se rendre et se déplacer à Ixmiquilpan ?
Depuis Mexico, un bus Ovnibus ou Flecha Roja part de la Terminal del Norte, plateformes 7 ou 8. Comptez 2h à 3h pour environ 350 MXN, moins de 18 €. En voiture, 2h30 par l'autoroute México-Pachuca puis direction Actopan.
Pour venir d'Europe, volez vers Mexico puis prenez un bus ou louez un véhicule.
Une fois sur place, les déplacements se font en colectivo. Pour Tolantongo, un microbus part du parking San Antonio près du Mercado Morelos toutes les quatre heures pour 70 MXN. Attention : la dernière portion de route serpente en lacets vertigineux.
Quand y aller ?
La saison sèche, de novembre à avril, est idéale. Évitez septembre, le mois le plus pluvieux : les routes de montagne deviennent difficiles. Les week-ends et surtout la Semaine Sainte transforment les sites en fourmilière, visez le milieu de semaine.





