Ce nom sera visible par les autres voyageurs

À 1 900 mètres d'altitude, l'eau du lac Sevan ne ressemble à rien d'autre. Par beau temps, elle reflète un bleu outremer si saturé qu'on croirait une retouche photo. Par temps couvert, elle vire au gris ardoise et se creuse de vagues qui claquent comme au bord de la mer.
L'écrivain Maxime Gorki, de passage au siècle dernier, l'avait baptisé "un morceau de ciel tombé sur terre parmi les montagnes". L'image reste aussi juste aujourd'hui qu'à l'époque.
Le Sevan n'est pas simplement le plus grand lac du Caucase. C'est une ressource vitale pour l'Arménie entière : il alimente 28 rivières des montagnes environnantes, fournit l'eau potable, régule l'irrigation et fait vivre une pêcherie plusieurs fois millénaire. Les Arméniens l'appellent leur "mer intérieure", et lorsqu'on comprend qu'il couvre un sixième du territoire national, l'expression cesse d'être métaphorique.
Le lac a cependant failli disparaître. Durant l'ère soviétique, ses eaux ont été massivement détournées pour l'irrigation et la production d'électricité, faisant chuter le niveau de près de 20 mètres entre les années 1940 et 1960. Une catastrophe écologique qui a depuis mis en marche un effort de restauration de long terme : fin 2025, le niveau est stabilisé autour de 1 900 mètres.
Une stratégie nationale de restauration de l'écosystème, adoptée pour la période 2024-2030, continue de piloter ce retour à l'équilibre.
Sur la rive nord-ouest, une presqu'île rocheuse s'avance dans le lac. Au sommet, après 230 marches taillées dans la roche, deux églises en tuf sombre dominent l'eau de toutes parts. C'était une île jusqu'au XXe siècle, la même baisse du lac qui menaçait l'écosystème a transformé ce bout de terre isolé en appendice du continent.
Le monastère de Sevanavank (littéralement "le monastère noir", de sev, noir en arménien, et vank, monastère) fut fondé en 874 par la princesse Mariam Bagratuni, fille du roi Ashot Ier. Il était destiné aux moines d'Etchmiadzin ayant commis une faute, un lieu de pénitence face aux eaux, encerclé par les montagnes Gegham et Areguni.
Deux des trois églises d'origine subsistent : Surp Arakelots (Saints-Apôtres) et Surp Astvatsatsin (Sainte-Mère-de-Dieu). Leur pierre basaltique a la couleur du graphite, presque noire sous la pluie, et les khachkars en andésite vert sombre qui parsèment la cour ajoutent à cette atmosphère d'austérité. À l'intérieur de Surp Arakelots, l'acoustique amplifie les hymnes du chœur de Sevanavank avec une résonance troublante.
Conseil d'ami : Montez à Sevanavank tôt le matin, avant l'arrivée des cars de touristes. Dès 7h-8h en été, la péninsule est quasi déserte, le lac est lisse et la lumière rasante donne aux pierres sombres des reflets presque dorés. L'entrée est gratuite, mais les échoppes de souvenirs dans les escaliers peuvent ralentir la montée.
Le ischkhan, la truite endémique du Sevan, dont le nom signifie "prince" en arménien, a frôlé l'extinction dans les années 1990. Sa population se reconstituait depuis lors. Les restaurants de la péninsule la servent grillée ou en brochette, et nous considérons honnêtement que c'est l'une des meilleures raisons de déjeuner ici plutôt que de repartir directement sur Erevan.
À quelques kilomètres au sud, le village de Noradouz abrite le plus grand ensemble de khachkars médiévaux d'Arménie encore in situ. Des centaines de stèles de pierre des XIIIe et XIVe siècles, gravées de motifs en dentelle végétale et de croix entrelacées, se dressent en rangs serrés dans une prairie herbeuse au bord du lac. Un site d'une discrétion totale, sans billet d'entrée ni boutique.
L'été, les rives s'animent. Plusieurs plages, certaines gratuites, d'autres aménagées et payantes, accueillent les familles arméniennes qui fuient les 40°C d'Erevan. L'eau reste fraîche, autour de 18-20°C en plein été à cause de l'altitude, ce qui explique que les hôtels riverains proposent presque tous une piscine chauffée. Kayak, jet-ski et promenades en bateau sont disponibles depuis les embarcadères proches du monastère.
*Informations sujettes à variation