
Avant même de la voir, on l'entend. Le grondement sourd d'Akiu Otaki traverse la forêt de pins, monte dans la gorge et résonne jusqu'aux os. Puis l'eau apparaît, blanche, verticale, brutale, s'écraser contre des parois de tuf volcanique sombre que les siècles ont sculptées au millimètre.
Aux portes de Sendai, à moins de 40 minutes en voiture du centre-ville, cette cascade fait partie des 100 plus belles chutes du Japon selon le ministère de l'Environnement, et elle est classée Site national de Beauté pittoresque depuis 1942. Elle se déverse intégralement sur 55 mètres de hauteur pour seulement 6 mètres de largeur : une lame d'eau concentrée, d'une puissance sonore que l'on ne peut pas simuler en photo.
Sa réputation dépasse le simple spectacle naturel. Le moine Ennin (Jikaku Daishi) aurait pratiqué 100 jours d'ascèse au pied de cette chute au IXe siècle avant de fonder le célèbre temple Risshaku-ji à Yamadera, dans la préfecture de Yamagata. La cascade est depuis lors un lieu de pèlerinage autant qu'un site panoramique.
Depuis le parking, un chemin boisé de 5 à 10 minutes conduit au belvédère Takimidai, point de vue principal sur l'intégralité de la chute. C'est ici que la plupart des visiteurs s'arrêtent : la vue est frontale, dégagée, et les embruns portent jusqu'à l'observatoire selon la force du courant.
Pour ceux qui veulent aller plus loin, un sentier de montagne de 800 mètres dévale jusqu'au bassin inférieur. Compter 20 à 30 minutes de descente. Les marches sont raides, souvent glissantes. En bas, la cascade change complètement de visage : le mur d'eau paraît interminable, le bruit devient physique, et les embruns trempent les vêtements en quelques minutes.
À l'entrée du site, le temple bouddhiste Saikoji, communément appelé Akiu Otaki Fudoson, accueille les visiteurs sous un torii imposant. Il est considéré comme l'annexe du Risshaku-ji. L'objet de culte principal est une statue en bronze de Fudo Myo (divinité du feu) de 3,3 mètres de hauteur, avec une nimbe de flammes de 5 mètres.
La légende raconte qu'en 1828, le moine Chisoku-shonin se jeta dans la cascade à la fin de la réalisation de cette statue, priant pour que chaque visiteur voie ses vœux exaucés.
Une curiosité à ne pas rater sur place : cherchez un carpe koi sculptée dans les colonnes du temple. La trouver est censé porter bonheur en amour.
Nous avons une préférence assumée pour l'automne : le contraste entre le feuillage rouge et orangé des érables et l'écume blanche de la chute est d'une intensité visuelle difficile à décrire. Le pic se situe généralement entre fin octobre et début novembre.
En janvier-février, une partie de la cascade peut geler partiellement, créant des formations de glace spectaculaires. L'été apporte une végétation dense et une fraîcheur bienvenue. Le printemps fait éclore azalées et rhododendrons dans le jardin botanique adjacent.