
Le marbre est froid sous la paume. Les yeux de pierre vous fixent, la bouche béante attend. Derrière vous, la file s'étire le long du portique de l'église Santa Maria in Cosmedin. Chacun vient tester sa sincérité face à ce visage de 1 300 kg qui, selon la légende, tranche la main des menteurs. Ce rituel se répète des centaines de fois par jour depuis que Gregory Peck a feint d'y perdre la sienne devant une Audrey Hepburn terrorisée en 1953.
Ce disque de marbre pavonazzetto de 1,75 mètre de diamètre date du Ier siècle après J.-C. Sa fonction originale reste débattue parmi les historiens : probable bouche d'égout de la Cloaca Maxima, le grand collecteur romain qui se jetait dans le Tibre à quelques mètres de là. Le visage barbu aux yeux, au nez et à la bouche percés représenterait Océan, le dieu titan des mers.
Le nom apparaît pour la première fois en 1485. Placé sous le portique actuel en 1632 sur ordre du pape Urbain VIII, ce mascaron a traversé les siècles en accumulant mythes et légendes. Le film Vacances romaines l'a propulsé au rang de curiosité mondiale. La réaction effrayée d'Audrey Hepburn dans la scène culte était improvisée : Peck ne l'avait pas prévenue de son gag.
Au Moyen Âge, la Bouche servait d'instrument lors de procès. L'accusé devait y glisser la main en jurant son innocence. Certains récits évoquent un bourreau dissimulé derrière le mur, prêt à trancher le membre si le verdict de culpabilité était déjà prononcé. La vérité aidait parfois le destin. Une autre version raconte qu'une femme accusée d'adultère trompa la Bouche par un stratagème logique, prouvant que même la pierre pouvait être dupée.
Conseil d'ami : Arrivez dès l'ouverture à 9h30 ou en fin d'après-midi après 16h. La file d'attente peut dépasser une heure en haute saison. Ne vous contentez pas de la photo : visitez l'église et sa crypte, que la plupart des touristes ignorent.
Construite au VIe siècle sur les vestiges du Temple d'Hercule et de l'ancienne Statio Annonae, cette basilique mérite bien plus qu'un selfie rapide. Son nom vient du grec kosmidion, qui signifie orné. La communauté grecque de Rome l'a longtemps administrée.
Le sol cosmatesque du XIIe siècle déploie ses incrustations de marbres polychromes. Le campanile roman de sept étages s'élève à 34 mètres, parmi les plus élégants de Rome. Sous l'autel, la crypte d'Hadrien Ier conserve les blocs de tuf de l'antique Ara Maxima dédiée à Hercule. Dans un reliquaire de verre repose le crâne attribué à saint Valentin, patron des amoureux.
La Piazza della Bocca della Verità concentre plusieurs vestiges remarquables. Le Temple d'Hercule Victor, circulaire et presque intact, date du IIe siècle avant J.-C. À côté, le Temple de Portunus présente son architecture ionique dédiée au dieu des ports. La Fontaine des Tritons de Carlo Bizzaccheri orne le centre de la place depuis 1715. L'Arc de Janus à quatre faces, seul arc quadrifrons conservé à Rome, ferme la perspective vers le Vélabre.
En résumé, les monuments à voir autour :
*Informations sujettes à variation