
Les marches sont usées, creusées par des siècles de pas. Plus vous montez, plus le sol s'incline sous vos pieds. Le corps hésite, cherche son équilibre, tandis que la lumière du jour apparaît par les ouvertures de la loggia. Monter dans la tour de Pise n'est pas une simple ascension : c'est une expérience physique déroutante, où la gravité semble avoir ses propres règles.
Ce campanile n'était pas censé devenir célèbre. Construit à partir du 9 août 1173 pour accompagner la cathédrale Santa Maria Assunta, il devait simplement abriter les cloches. Mais dès le troisième étage, le sol argileux a cédé. Les travaux ont duré presque 200 ans, jusqu'en 1372. Les architectes successifs ont tenté de compenser l'inclinaison en courbant les étages supérieurs dans le sens opposé : c'est ce qui donne à la tour sa silhouette légèrement courbée, visible quand on l'observe attentivement.
Aujourd'hui, l'inclinaison est d'environ 3,97 degrés. Les travaux de stabilisation achevés en 2001 ont réduit le pendage de 45 centimètres. Selon les experts, la tour devrait rester stable pour au moins trois siècles.
La visite dure 30 minutes, montre en main. Un gardien accueille chaque groupe avec un bref récit historique, puis vous entamez la montée par un escalier en colimaçon de marbre blanc, enroulé entre deux cylindres concentriques. La sensation de déséquilibre est réelle : tantôt poussé vers le mur intérieur, tantôt attiré vers le vide extérieur. Le marbre poli est glissant par endroits.
Arrivé en haut, le panorama embrasse toute la Piazza dei Miracoli en plongée, les toits de Pise et, par temps clair, les collines toscanes au loin. Vous êtes aussi au niveau de la cella campanaria et de ses sept cloches, chacune accordée sur une note différente de la gamme. La plus lourde, l'Assunta, pèse trois tonnes et demie. Comptez une dizaine de minutes pour profiter du panorama avant de redescendre.
Vue de loin, la tour semble simple. De près, la finesse du travail saute aux yeux. Six étages de loggias à colonnades entourent le cylindre central, avec 207 chapiteaux sculptés en marbre de Carrare. Le style roman pisan est le même qui distingue la cathédrale et le baptistère voisins.
Haute de 58,36 mètres et lourde de 14 453 tonnes, c'est aussi, selon la légende, du haut de cette tour que Galilée aurait mené ses expériences sur la chute des corps. L'anecdote est probablement apocryphe, mais elle a contribué au mythe.
Conseil d'ami : réservez votre créneau en ligne sur le site de l'Opera della Primaziale Pisana, idéalement plusieurs jours à l'avance en haute saison. Le nombre de visiteurs est strictement limité par tranches de 15 minutes. Les sacs et bagages doivent être déposés au vestiaire gratuit avant la montée. Pour une expérience plus calme, choisissez un créneau avant 10h ou après 17h.
*Informations sujettes à variation