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Royan, la station balnéaire qui a choisi le futur plutôt que la nostalgie

Le 5 janvier 1945, à quatre heures du matin, 354 bombardiers Lancaster de la RAF ont rayé Royan de la carte. 85 % du centre-ville, pulvérisé en deux vagues de bombes. Les Allemands n'étaient déjà plus là. Ce drame absurde a pourtant donné naissance à une ville que personne n'attendait : une station balnéaire redessinée comme un manifeste d'architecture moderne, avec ses courbes de béton inspirées du Brésil d'Oscar Niemeyer, ses claustras colorés et ses villas aux lignes franches.

On vient à Royan pour ses plages immenses, c'est certain. Mais on y revient pour cette ambiance fifties unique en France, ce mélange de sable fin et de béton brut qui ne ressemble à aucune autre ville du littoral atlantique.

La destination famille et architecture par excellence

Royan est taillée pour les familles, les couples en quête de dépaysement accessible et les passionnés d'architecture du XXe siècle. La ville offre cinq plages de sable fin protégées du vent par l'estuaire de la Gironde, un centre-ville compact où tout se fait à pied ou à vélo, et une offre d'activités nautiques dense : surf, paddle, voile, char à voile, kayak.

Si vous cherchez la fête nocturne, les clubs branchés ou une vie culturelle de grande métropole, oubliez. Royan reste une station familiale et balnéaire, avec un rythme estival marqué. Hors saison, beaucoup de commerces ferment et la ville se vide. C'est d'ailleurs à cette période qu'elle révèle un autre visage, plus mélancolique et photographique, que certains préfèrent.

Côté pratique, à quoi s'attendre ?

Avec ses 19 000 habitants qui passent à 90 000 en été, Royan est bien équipée en infrastructures. Le réseau de bus CaraBus dessert la ville et ses environs, les pistes cyclables sont nombreuses grâce à la Vélodyssée, et le stationnement reste gérable sauf en plein mois d'août. La ville est très sûre. Le climat océanique tempéré assure des étés agréables sans la chaleur écrasante du sud, mais prévoyez un coupe-vent : le vent d'ouest souffle souvent.

Un budget raisonnable pour la côte atlantique

Comptez entre 50 et 70 € par jour et par personne en mode économique : camping ou location modeste, pique-niques avec les produits du marché central, plages gratuites. En formule confort, avec hôtel 3 étoiles, restaurants et activités, tablez plutôt sur 80 à 110 €. Un hébergement en été tourne autour de 90 à 140 € la nuit pour un appartement correct.

Les plages et le front de mer : le cœur battant de Royan

La Grande Conche s'étire sur plus de deux kilomètres de sable fin face à l'estuaire. C'est la plage principale, celle des tentes rayées héritées du XIXe siècle et du front de mer aux lignes modernistes. Large, surveillée, elle convient parfaitement aux familles avec enfants.

À l'ouest, la plage de Pontaillac a plus de caractère. Coincée entre falaises rocheuses et carrelets de pêcheurs, elle attire les surfeurs pour ses vagues régulières et les promeneurs pour son ambiance de village balnéaire chic. Le casino veille sur le sable, les terrasses de restaurants bordent la corniche. C'est ici que subsistent les plus belles villas Belle Époque, celles que fréquentaient Zola, Picasso et Sacha Guitry à la grande époque.

Pour plus de tranquillité, la conche du Chay et la conche du Pigeonnier, petites criques lovées entre les rochers, offrent un cadre plus sauvage. Et si vous voulez du grand large sans concession, la Côte Sauvage, quelques kilomètres au nord vers La Palmyre, déroule des plages immenses battues par l'Atlantique, bordées de dunes et de forêt de pins.

Conseil d'ami : la Côte Sauvage est magnifique mais les courants y sont traîtres. Baignez-vous uniquement dans les zones surveillées, surtout avec des enfants.

Le patrimoine fifties : Royan comme vous ne l'imaginez pas

L'église Notre-Dame, inaugurée en 1958, domine la ville de ses 66 mètres. Construite entièrement en béton brut, ses 24 voiles pliées en V soutiennent une toiture en forme de selle de cheval d'à peine huit centimètres d'épaisseur. On aime ou on déteste, mais impossible de rester indifférent. L'architecte Guillaume Gillet avait reçu cette mission du maire de l'époque : que la ville, couchée par la guerre, soit relevée par son église.

Le marché central, conçu par Louis Simon et André Morisseau, est l'autre star architecturale. Sa coupole de béton de 50 mètres de diamètre évoque un parapluie géant. Classé monument historique, il fonctionne tous les jours sauf le lundi. Au-delà de sa forme spectaculaire, c'est surtout un marché vivant : huîtres de Marennes-Oléron à déguster sur place, poissons tout juste débarqués, fromages de chèvre charentais, Pineau des Charentes ambré.

Pour comprendre la ville dans son ensemble, le quartier du Parc mérite une balade attentive. Villas Belle Époque et constructions fifties s'y côtoient dans une pinède résidentielle calme. La Villa Ombre Blanche, la Villa Hélianthe et d'autres édifices inscrits aux Monuments Historiques illustrent cette cohabitation architecturale unique. Le CIAP, le Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine, en accès libre, raconte cette histoire de reconstruction avec des documents d'époque.

Au-delà de la ville : les excursions qui valent le détour

Le phare de Cordouan est la grande excursion à ne pas rater. Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2021, ce phare du XVIe siècle se dresse à 7 km des côtes, en pleine mer, à l'entrée de l'estuaire de la Gironde. Avec ses 68 mètres de haut, son appartement du roi au premier étage, sa chapelle royale pavée de marbre au deuxième, il porte bien ses surnoms de « roi des phares » et « Versailles de la mer ». On y accède en bateau depuis le port de Royan avec les Croisières La Sirène, pour une sortie d'environ 4 heures. Comptez entre 51 et 63 € par personne selon la saison. Attention : il faut marcher les pieds dans l'eau, parfois jusqu'aux genoux, pour atteindre le phare à marée basse. Réservez à l'avance en été.

À une quinzaine de kilomètres, Talmont-sur-Gironde est classé parmi les Plus Beaux Villages de France. Son église Sainte-Radegonde, romane du XIIe siècle, posée sur une falaise face à l'estuaire, compose l'une des images les plus photographiées de Charente-Maritime. Un peu plus loin, Mornac-sur-Seudre, autre village classé, charme par ses ruelles pavées, ses portes colorées et ses échoppes d'artisans.

Les familles foncent au Zoo de La Palmyre, l'un des plus visités de France avec 1 600 animaux sur 18 hectares de forêt. Les grottes troglodytiques de Meschers-sur-Gironde, creusées dans la falaise calcaire, offrent un dépaysement total entre nature et légendes. Et pour les amateurs de vélo, la Vélodyssée relie Royan à La Tremblade sur 45 km de piste sécurisée, entre forêt de pins et vues sur l'océan, avec un arrêt possible au phare de la Coubre et ses 300 marches pour une vue à 360°.

Conseil d'ami : le Train des Mouettes, une locomotive à vapeur de 1876, relie Saujon à La Tremblade sur l'ancienne ligne qui servait au transport des huîtres. Une excursion originale, surtout avec des enfants.

Où manger et boire à Royan ?

La table royannaise tourne autour de la mer. Les huîtres de Marennes-Oléron, fines de claires ou spéciales, se dégustent idéalement au marché central le matin, debout, avec un verre de Pineau blanc. Les crevettes de l'estuaire, la sole et le bar de ligne figurent sur toutes les cartes qui se respectent. Côté terre, les mogettes, ces haricots blancs charentais, accompagnent viandes et poissons, et les galettes charentaises feront un goûter parfait.

Au Petit Bouchon, quai Amiral Meyer, la cuisine française travaille les produits de saison avec soin. La Perle d'Iode, face au port, propose un bon rapport qualité-prix sur les fruits de mer. À Pontaillac, Le Chalet offre un cadre plus classique. Pour sortir des sentiers battus, la Cave 1950, installée dans un immeuble emblématique de la reconstruction, sert une cuisine de marché accompagnée de plus de 1 200 références de vins.

Ne partez pas de la région sans avoir goûté un Cognac chez un producteur local sur les coteaux de la Gironde, à quelques minutes de route.

Où dormir à Royan et aux alentours ?

Le quartier de Pontaillac est le plus agréable pour séjourner : proche de la plage, des restaurants, du casino, avec une ambiance résidentielle calme. Le centre-ville autour du marché central et du front de mer convient à ceux qui veulent tout faire à pied. Pour un séjour atypique, le collectif Club Royan 50 regroupe des locations dans des maisons d'époque fifties rénovées, une immersion architecturale rare.

Les campings étoilés sont nombreux aux alentours, notamment vers Saint-Palais-sur-Mer et La Palmyre. C'est l'option privilégiée des familles en été. Comptez 80 à 150 € la nuit pour un hôtel 3 étoiles en saison, 25 à 50 € pour un emplacement de camping, et à partir de 60 € pour une location saisonnière hors plein été.

Comment se rendre et se déplacer à Royan ?

Royan dispose d'une gare SNCF reliée à Bordeaux en environ 1h40 par TER, Saintes en 30 min et La Rochelle en 1h30 environ avec correspondance. Depuis Paris, le trajet combine un TGV jusqu'à Bordeaux ou Angoulême puis un TER, pour environ 4h30 à 5h de voyage total. En voiture, Royan est à 1h30 de Bordeaux par l'A10 puis la N150, et à 1h15 de La Rochelle. L'aéroport le plus proche est celui de Bordeaux-Mérignac.

Sur place, le vélo est roi. La Vélodyssée et les pistes cyclables urbaines permettent de tout couvrir sans voiture. Le réseau CaraBus dessert les communes voisines à petit prix. Pour traverser l'estuaire vers le Médoc et la pointe de Grave, le bac de Royan embarque piétons, vélos et voitures en 20 minutes.

Quand y aller ?

La meilleure période s'étend de juin à septembre, avec un pic de fréquentation et de prix en juillet-août. Juin et septembre offrent le meilleur compromis : plages praticables, météo clémente et foule maîtrisée. En juillet, le festival Un violon sur le sable installe un orchestre classique sur la Grande Conche, un moment rare. Le 15 août, le Festival international d'art pyro-mélodique clôt les festivités estivales.

Évitez novembre à mars si vous comptez profiter des plages : la ville tourne au ralenti et beaucoup d'adresses sont fermées.