Le Puy-en-Velay, la ville qui pousse sur les volcans
Depuis le parvis de la cathédrale Notre-Dame, un prêtre bénit une file de marcheurs en sandales et sac à dos. Certains pleurent. D'autres sourient, nerveux. Tous s'apprêtent à avaler 740 kilomètres de sentiers vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
Ce rituel a lieu chaque matin, d'avril à octobre, depuis des siècles. Mais Le Puy-en-Velay ne se résume pas à ce départ mythique. C'est une ville sculptée par les éruptions, où des chapelles se perchent sur des aiguilles de basalte, où l'on fabrique de la dentelle aux fuseaux depuis la Renaissance, et où la lentille verte a son appellation d'origine protégée. On est loin du circuit touristique classique, et c'est précisément ce qui en fait la force.
Une destination taillée pour les curieux, pas pour les pressés
Si vous aimez les villes compactes où chaque ruelle cache une surprise, les panoramas vertigineux et la gastronomie terrienne, vous allez adorer. Le Puy-en-Velay récompense ceux qui prennent le temps de grimper ses escaliers, de pousser la porte d'un atelier de dentellière, de s'attarder au marché du samedi matin sur la Place du Plot. Les passionnés de randonnée y trouvent un point de départ rêvé, que ce soit pour le GR 65 vers Compostelle ou le GR 70 du Chemin de Stevenson.
En revanche, si vous cherchez une vie nocturne trépidante ou des plages, vous n'êtes clairement pas au bon endroit. La ville reste discrète, presque secrète. L'offre culturelle est riche mais concentrée sur le patrimoine religieux et médiéval. Et le climat de moyenne montagne, à plus de 600 mètres d'altitude, peut surprendre : il fait frais le soir même en été, et les hivers sont rudes.
Une ville facile à vivre, même pour les novices
Côté sécurité, aucun souci. Le Puy-en-Velay est une ville tranquille de 19 000 habitants. On s'y déplace facilement à pied, le centre historique étant piétonnier en grande partie. Seul bémol : l'accessibilité. La ville haute est un enchaînement de montées, de marches et de ruelles en pente. Pour les personnes à mobilité réduite, certaines visites seront compliquées.
Un budget doux pour la France
Bonne nouvelle : Le Puy-en-Velay est bien plus abordable que Lyon ou la Côte d'Azur. Comptez entre 60 et 100 € la nuit pour un hôtel correct en centre-ville, 15 à 25 € pour un repas complet dans un restaurant de bonne facture, et 6 à 8 € l'entrée par monument. Le Pass Monuments combiné pour 3 ou 5 sites permet de réaliser des économies significatives.
La ville haute : cathédrale, rochers et vertige sacré
Le cœur battant de la ville se concentre autour de trois sites spectaculaires, tous perchés sur des pitons volcaniques. La cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, est un édifice roman du XIe siècle dont la façade polychrome mêle influences byzantines et mauresques. On y accède par un grand escalier de 134 marches, et l'arrivée sous le porche, avec sa fresque médiévale au-dessus de votre tête, vaut le souffle perdu dans la montée.
Juste à côté, le cloître est considéré comme l'un des plus beaux ensembles romans d'Europe. Ses arcades aux mosaïques de losanges rouges, blancs et noirs encadrent un jardin paisible. Les chapiteaux sculptés racontent des scènes bibliques et des courses de centaures. C'est un endroit où l'on s'assoit et où le temps s'arrête.
Conseil d'ami : achetez votre billet combiné dès le premier site visité. Le tarif groupé pour la cathédrale, le cloître, le rocher Corneille et la chapelle Saint-Michel est nettement plus avantageux que les entrées individuelles.
Le rocher Corneille et Notre-Dame de France
Dominant la cathédrale, le rocher Corneille porte une statue de la Vierge de 22,7 mètres de haut, fondue à partir du métal de 213 canons russes capturés pendant la guerre de Crimée et offerts par Napoléon III. On peut monter à l'intérieur de la statue et passer la tête au niveau de la couronne. La vue à 360° sur les toits, les volcans éteints et les gorges de la Loire justifie amplement l'effort.
La chapelle Saint-Michel d'Aiguilhe
C'est le site le plus saisissant de la ville. Une chapelle du Xe siècle posée au sommet d'une aiguille volcanique de 82 mètres, accessible par 268 marches taillées dans la roche. Construite en 961, elle conserve des fresques médiévales remarquables. L'impression d'isolement au sommet, avec le vent et le silence, contraste radicalement avec l'animation des rues en contrebas. À mon sens, c'est le moment le plus fort d'une visite au Puy.
La ville basse : ruelles, dentelle et marché du samedi
Redescendez vers la rue des Tables, bordée de terrasses de cafés, qui relie la cathédrale à la ville basse. Les ruelles médiévales de la Haute Ville sont un labyrinthe de maisons à colombages, de fontaines anciennes et de cours intérieures qu'on découvre par hasard. C'est un des secteurs sauvegardés les mieux préservés de France, et il n'est pas envahi par les boutiques à touristes.
Le Puy-en-Velay est historiquement une capitale de la dentelle aux fuseaux. L'Atelier Conservatoire National de la Dentelle propose des démonstrations et des stages pour découvrir ce savoir-faire qui remonte à la Renaissance. Les boutiques de dentelle sont nombreuses en ville basse, avec des pièces allant du napperon de grand-mère à la création contemporaine.
Le samedi matin, le marché de la Place du Plot et ses alentours sont le rendez-vous des producteurs locaux : fromages d'Auvergne, charcuteries, lentilles vertes du Puy AOP, miel de montagne et verveine du Velay. C'est l'endroit idéal pour comprendre le terroir vellave en une matinée.
Autour de la ville : forteresses et cascades
À dix minutes en voiture, la forteresse de Polignac trône sur un plateau de basalte qui offre une défense naturelle spectaculaire. Les ruines du château dominent le village et la vallée. Plus au sud, la cascade de la Beaume près de Solignac se rejoint par une promenade de 20 minutes dans une vallée boisée, parfaite pour un après-midi hors des sentiers battus.
Pour les amateurs de villages de caractère, Arlempdes combine un château en ruine et les gorges de la jeune Loire dans un tableau remarquable. Et les plus sportifs peuvent s'attaquer aux premiers kilomètres du chemin de Compostelle ou du chemin de Stevenson sans s'engager dans le pèlerinage complet.
Puy de Lumières et le Roi de l'Oiseau : la ville en fête
Chaque été, de début juillet à mi-septembre, le spectacle Puy de Lumières illumine six monuments emblématiques par des projections vidéo monumentales, du crépuscule à minuit. La cathédrale, le rocher Saint-Michel et la statue Notre-Dame de France prennent des couleurs inédites. C'est gratuit et c'est l'une des meilleures mises en lumière patrimoniales de France.
Mais l'événement phare, ce sont les Fêtes Renaissance du Roi de l'Oiseau, chaque troisième semaine de septembre. Pendant quatre à cinq jours, la ville replonge au XVIe siècle : 6 000 figurants en costumes d'époque, des campements militaires et marchands, des spectacles de rue, des joutes équestres et un concours de tir à l'arc pour élire le Roi de l'Oiseau. Plus de 120 000 visiteurs affluent. C'est la plus grande fête Renaissance de France, et l'ambiance est réellement électrique.
Conseil d'ami : si vous venez pendant le Roi de l'Oiseau, réservez votre hébergement plusieurs mois à l'avance. La ville affiche complet très vite, et les prix grimpent.
Où manger et boire à Le Puy-en-Velay ?
La star de l'assiette, c'est la lentille verte du Puy AOP, premier légume français à avoir obtenu une appellation d'origine. Cultivée sans engrais sur les sols volcaniques du Velay entre 600 et 1 200 mètres d'altitude, elle a un goût fin, légèrement noisette, et une tenue à la cuisson qui en fait le chouchou des grands chefs. Le plat classique reste le petit salé aux lentilles, mais les restaurants locaux la déclinent en salade tiède, en velouté ou en accompagnement de poisson.
Autre fierté locale : la verveine du Velay, une liqueur digestive à base de plantes récoltées sur les plateaux environnants. Elle existe en version verte ou jaune, et accompagne très bien la fin d'un repas. Goûtez aussi les fromages d'Auvergne et le Fin Gras du Mézenc, une viande bovine AOP au persillé unique. Côté adresses, la rue des Tables et les abords de la cathédrale concentrent les bonnes tables, des bistrots aux restaurants référencés au Michelin.
Où dormir à Le Puy-en-Velay et aux alentours ?
Le centre historique est le meilleur choix pour un premier séjour : tout est accessible à pied et l'ambiance le soir, surtout en été, est agréable. On y trouve des hôtels de chaîne corrects, des hôtels de charme dans des bâtisses anciennes et quelques chambres d'hôtes de qualité. Les budgets serrés se tourneront vers les gîtes pèlerins, nombreux vu la vocation de la ville.
Pour plus de calme ou de nature, les villages alentours comme Polignac, Espaly-Saint-Marcel ou Blavozy offrent des locations de vacances et des chambres d'hôtes avec vue sur les volcans, à quelques minutes en voiture du centre.
Comment se rendre et se déplacer à Le Puy-en-Velay ?
Le Puy-en-Velay est un peu à l'écart des grands axes, ce qui fait partie de son charme. En train, comptez environ 2h20 depuis Lyon avec une correspondance à Saint-Étienne, pour un tarif à partir de 20-30 €. Depuis Clermont-Ferrand, le TER direct met environ 2h10. Depuis Paris, il faut compter 4h30 avec un changement à Saint-Étienne-Châteaucreux. La gare est située à quelques minutes à pied du centre-ville.
En voiture, la N88 relie Saint-Étienne en 1h15 environ, et Lyon est à 2h de route. Un petit aéroport local existe à Loudes, à 12 km, mais les liaisons sont limitées. Pour les voyageurs européens, le plus simple reste de passer par l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry puis de prendre un train ou un van partagé Totoom jusqu'au Puy. Sur place, le centre se parcourt intégralement à pied. Une voiture n'est utile que pour rayonner dans les environs.
Quand y aller ?
La meilleure période court de juin à septembre : les journées sont longues et ensoleillées, le Puy de Lumières bat son plein, et les terrasses sont ouvertes. Juillet est le mois le plus ensoleillé.
La troisième semaine de septembre, les Fêtes du Roi de l'Oiseau transforment la ville en un spectacle vivant.
Évitez l'hiver si vous n'aimez pas le froid : à 630 mètres d'altitude, les températures descendent régulièrement sous zéro et certains sites sont fermés ou aux horaires réduits.







