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Noirmoutier-en-l'Île,  là où la route disparaît sous l'océan deux fois par jour

9h30 un matin de juillet. La route goudronnée file droit vers l'horizon au milieu de l'eau. De chaque côté, des balises de refuge émergent à intervalles réguliers. Des pêcheurs ramassent des coques dans les flaques. Dans 1h30, la mer avalera les 4,2 km du Passage du Gois. Bienvenue à Noirmoutier, l'île qui se mérite.

Le repaire des amoureux de nature et de vélo

Cette île vendéenne de 49 km² convient parfaitement aux familles en quête de tranquillité, aux cyclistes et aux gourmets. Le relief plat facilite les balades à vélo sur 83 km de pistes cyclables sécurisées. Les plages s'étirent sur 40 km avec une eau peu profonde idéale pour les enfants. Les marais salants couvrent un tiers du territoire et offrent des paysages changeants selon les heures du jour.

Le microclimat exceptionnel permet aux mimosas de fleurir en hiver et aux chênes verts de pousser comme en Méditerranée. Comptez 2 à 3 jours pour explorer l'île correctement. Les amateurs de patrimoine architectural seront peut-être déçus: hormis le château médiéval et quelques belles demeures, l'essentiel du charme réside dans les paysages naturels et les maisons blanches aux volets bleus. Juillet-août transforme l'île en fourmilière, réservation obligatoire plusieurs mois à l'avance.

Budget modéré pour une île touristique

Prévoyez 80 à 110€ par jour en haute saison. Galette complète autour de 12€, restaurant gastronomique entre 30 et 50€ le menu, location de vélo à partir de 10€ la journée. Hôtel 3 étoiles de 90 à 150€ la nuit, camping familial de 25 à 40€ l'emplacement. Entrée du château à 6€, aquarium 9€ adulte.

Le bourg historique et le château

Le centre de Noirmoutier-en-l'Île concentre l'activité. La place de la République accueille les marchés traditionnels les mardis, vendredis et dimanches matin. Étals de producteurs locaux, huîtres fraîches, sel de Noirmoutier et pommes de terre Bonnotte. La rue piétonne bordée de boutiques mène au port par le quartier de Banzeau, l'un des plus anciens secteurs occupé depuis le XIe siècle.

Le château-musée, forteresse du XIIe siècle classée Monument Historique, domine le bourg. Les remparts et le donjon se visitent d'avril à novembre. Les collections retracent l'histoire mouvementée de l'île, les guerres de Vendée, l'économie du sel. Vue panoramique depuis le sommet de la tour sur l'île et les marais. L'église Saint-Philibert voisine mêle styles roman et gothique. Sa crypte du XIe siècle conserve les reliques du saint fondateur du monastère en 674.

L'Hôtel Jacobsen, demeure d'armateur du XVIIIe siècle transformée en Centre des Patrimoines Maritimes, explique comment l'homme a façonné cette île: construction des polders au XVIIe siècle pour gagner des terres sur la mer, assèchement des marais, exploitation du sel depuis 1500 ans, rôle du Passage du Gois utilisé dès le XVIIIe siècle.

Conseil d'ami : visitez les marais salants en fin d'après-midi quand la lumière rasante fait flamboyer les œillets. Plusieurs sauniers proposent des visites gratuites en été, notamment Serge à Puylorson de 16h30 à 18h.

Le Bois de la Chaise et les plages chics

Ce poumon vert aux portes du bourg déroule une végétation quasi méditerranéenne. Chênes verts, pins maritimes, arbousiers et mimosas composent une forêt dense plantée au début du XXe siècle. Des villas cossues appelées chalets se cachent dans la verdure, reliées par des chemins privés. L'atmosphère évoque davantage la Côte d'Azur que l'Atlantique.

La Plage des Dames incarne le Noirmoutier balnéaire avec ses cabines de bain blanches alignées depuis 1861, son estacade en bois construite en 1889 et son ambiance Belle Époque. Très fréquentée en saison, elle offre une eau peu profonde surveillée en été. Juste à côté, l'Anse Rouge se niche dans une crique secrète. Une vingtaine de cabines parfaitement entretenues bordent le croissant de sable doré. Discrétion et tranquillité garanties.

La promenade des Souzeaux longe le littoral rocheux sur plusieurs kilomètres. Vue sur les petites criques, les rochers couverts d'algues, les villas du début du siècle. Le sentier mène jusqu'à la Pointe Saint-Pierre qui ferme la baie.

Les marais salants, l'or blanc de l'île

Les moines ont aménagé ces marais dès le Ve siècle. Aujourd'hui, plus de 100 sauniers récoltent à la main entre 2000 et 3000 tonnes de sel par an. Le réseau hydraulique fonctionne par gravité: l'eau de mer entre à marée haute, circule dans les étiers, se concentre dans les bassins successifs jusqu'aux œillets où cristallise le sel.

La fleur de sel se forme uniquement par beau temps quand une fine pellicule de cristaux affleure à la surface. Le saunier la cueille délicatement avec une lousse, outil traditionnel. Le gros sel gris se récolte au fond des œillets. Les paysages des marais changent du vert pâle au rouge sombre selon les algues et les concentrations de sel.

Le polder de Sébastopol à l'entrée de l'île, près de Barbâtre, abrite une réserve naturelle régionale. Plus de 170 espèces d'oiseaux nichent ou transitent ici: oies bernaches, tadornes de Belon, aigrettes garzettes, hérons cendrés. Sentiers aménagés sur 7 km. Visites ornithologiques gratuites organisées par l'office de tourisme en été.

Les villages et le port de l'Herbaudière

Le Vieil, village de pêcheurs aux maisons blanches basses, conserve son caractère paisible. Les venelles fleuries mènent aux plages. C'est ici que Claude Sautet tourna César et Rosalie sur la plage de Mardi-Gras. L'Épine s'étire au centre de l'île avec son port de Morin et la pointe du Devin où se pratique la pêche à pied.

L'Herbaudière, au nord-ouest, anime son port de pêche et de plaisance. Les chalutiers débarquent leur pêche le matin. La criée se visite sur réservation. Terrasses de bars et restaurants bordent les quais. Festivals en été: jazz, électro, spectacles de rue. Les plages de la Linière et de Luzeronde s'étendent au large.

Où manger et boire à Noirmoutier-en-l'Île ?

La gastronomie locale tourne autour des produits de la mer et de la fameuse pomme de terre Bonnotte. Cette variété primeur se récolte à la main 90 jours après la plantation dans un sol sablonneux enrichi au goémon. Petit calibre, peau fine, chair fondante. On la déguste vapeur avec du beurre et du sel de l'île. Les huîtres se dégustent directement chez les producteurs ostréicoles. Pêche à pied sur les plages à marée basse: palourdes, coques, bigorneaux.

La Marine du chef Alexandre Couillon, doublement étoilé Michelin, trône sur le port de l'Herbaudière. Poissons nobles de la criée, légumes du potager, cuissons millimétrées. Homard de l'île à la braise, bar de ligne, bonnotte au safran. Réserver plusieurs mois à l'avance, compter 90-120€. Son bistrot La Table d'Élise propose une cuisine marine plus accessible autour de 30-40€.

L'Étier et L'Ételle, tous deux au guide Michelin, signent des assiettes créatives mêlant terre et mer. Saint-Jacques à la truffe, langoustines poêlées, soufflé au Grand Marnier. Menus de 30 à 60€ selon formule.

Où dormir à Noirmoutier-en-l'Île et aux alentours ?

Le bourg concentre hôtels et chambres d'hôtes de charme. Le Général d'Elbée Hôtel & Spa, hôtel 4 étoiles face au château dans un bâtiment du XVIIIe siècle, propose des chambres de 110 à 230€. Hôtel Fleur de Sel, établissement 3 étoiles avec restaurant gastronomique, de 90 à 150€ la nuit.

Nombreux campings familiaux dans toutes les communes de l'île. Locations saisonnières abondantes mais réservation indispensable dès février-mars pour juillet-août. Les tarifs grimpent sensément en haute saison. Possibilité de loger sur le continent à Fromentine, Beauvoir-sur-Mer ou Pornic pour plus de choix et de souplesse.

Comment se rendre et se déplacer à Noirmoutier-en-l'Île ?

Deux accès routiers: le pont de Noirmoutier depuis Fromentine, gratuit et ouvert 24h/24 vers Barbâtre au sud de l'île, ou le Passage du Gois depuis Beauvoir-sur-Mer. Ce dernier, route submersible unique au monde, ne se franchit qu'à marée basse, 1h30 avant et 1h30 après l'heure de marée basse. Horaires consultables en ligne et affichés aux deux extrémités. Neuf balises de refuge jalonnent le parcours pour les imprudents piégés par la montée des eaux.

Depuis Nantes, 1h20 en voiture par la D751 puis D948. Bus quotidiens ligne 13 depuis la gare SNCF de Nantes, 5 liaisons par jour en hiver jusqu'à 15 en été, environ 2h de trajet. Depuis Paris, TGV jusqu'à Nantes puis bus ou voiture.

Sur l'île, le vélo règne en maître. 83 km de pistes cyclables relient villages, plages et sites naturels sans croiser la circulation. Terrain plat, relief nul. Douze loueurs répartis partout, tarif à partir de 10€ la journée. Navettes gratuites Gratibus en juillet-août reliant Noirmoutier-en-l'Île au Bois de la Chaise, au Vieil et à l'Herbaudière. Bus de l'île à 0,50€ le trajet entre les quatre communes toute l'année.

Quand y aller ?

Mai à septembre offrent les meilleures conditions: températures douces, ensoleillement généreux, récolte du sel dans les marais. Juillet-août concentrent affluence et animations mais les plages saturent et les tarifs flambent. Juin et septembre apparaissent plus sereins. L'hiver reste clément grâce au microclimat, les mimosas fleurissent dès février. Évitez novembre à mars, trop calme avec de nombreux commerces fermés et une météo capricieuse malgré la douceur relative.