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Cadix, trois mille ans face à l'Atlantique

Les Phéniciens l'ont fondée en 1100 avant notre ère. Trois millénaires plus tard, le dôme doré de sa cathédrale scintille toujours au-dessus des vagues. Cette presqu'île accrochée à l'Andalousie par un fil de terre est la plus vieille ville habitée d'Europe occidentale. Les Gaditans l'appellent la Tacita de Plata, la petite tasse d'argent, et ce surnom lui va comme un gant : blanche, compacte, lovée dans la lumière de l'océan. Ici, pas de monuments grandioses à la sévillane, mais une atmosphère saline et des ruelles où l'on mange le meilleur poisson frit du continent.

Une ville pour ceux qui cherchent l'Andalousie sans les foules

Cadix s'adresse aux voyageurs qui veulent fuir le tourisme de masse sans renoncer au patrimoine. La ville se parcourt à pied en une journée, mais mérite deux ou trois nuits pour en saisir le rythme. Les amateurs de plages urbaines trouveront ici du sable fin et des eaux claires, sans la cohue de la Costa del Sol. La gastronomie locale, centrée sur les produits de la mer, ravira les gourmands.

En revanche, ceux qui cherchent des monuments spectaculaires ou une vie nocturne trépidante risquent de rester sur leur faim. La ville vit au ralenti, les soirées se passent en terrasse avec un verre de fino et quelques tapas. Comptez également sur le vent : la position exposée de la presqu'île garantit des bourrasques fréquentes, même en été.

Un budget doux pour l'Andalousie

Cadix reste plus abordable que Séville ou Grenade. Prévoyez 70 à 120 euros la nuit pour un bon hôtel en centre historique, 15 à 25 euros pour un repas généreux dans une freiduría. L'entrée à la cathédrale coûte 5 euros, celle de la Torre Tavira également 5 euros.

Le cœur ancien : du Pópulo à la cathédrale

Le Barrio del Pópulo est le quartier le plus ancien d'Europe dans la plus vieille ville d'Europe. On y pénètre par trois arcs médiévaux : l'Arco de la Rosa, l'Arco de los Blancos et l'Arco del Pópulo, vestiges des portes de la cité fortifiée. Les ruelles débouchent sur des placettes où sèche encore du linge aux fenêtres.

Le théâtre romain, découvert en 1980 sous des maisons du quartier, pouvait accueillir 10 000 spectateurs. C'est le deuxième plus grand d'Espagne. Un centre d'interprétation permet d'observer les fouilles en cours depuis de grandes baies vitrées. Quelques centaines de mètres plus loin, la cathédrale impose sa silhouette baroque et néoclassique. Sa construction a duré 116 ans, de 1717 à 1838, et mélange les styles au gré des architectes successifs.

Conseil d'ami : montez au sommet de la Torre del Poniente, l'un des clochers de la cathédrale. Les 170 marches en colimaçon offrent une vue à 360 degrés sur les toits blancs et l'océan. Le dôme doré brille littéralement sous vos pieds.

La Torre Tavira et les miradors

Au XVIIIe siècle, les marchands gaditans avaient besoin de surveiller l'arrivée de leurs navires chargés des richesses des Amériques. Ils ont construit 129 tours d'observation à travers la ville. La Torre Tavira, haute de 45 mètres, était la tour officielle de vigie du port. Elle abrite aujourd'hui une camera obscura qui projette en temps réel l'image de la ville sur un écran concave.

L'effet est saisissant : on observe les passants traverser les places sans qu'ils se doutent de rien. La visite guidée dure une quinzaine de minutes et constitue une expérience unique. Le panorama depuis la terrasse vaut à lui seul le détour, surtout en fin de journée quand la lumière rasante dore les façades.

La Caleta et les forteresses maritimes

La Playa de la Caleta est la seule plage du centre historique, coincée entre deux châteaux. L'actrice Halle Berry en sortait dans une scène mythique du James Bond "Meurs un autre jour". Le sable est fin, l'eau transparente, et le cadre spectaculaire avec l'ancien établissement balnéaire de la Palma posé sur le sable comme un gâteau mauresque.

Le Castillo de Santa Catalina, en forme d'étoile, date du XVIIe siècle. L'entrée est gratuite et la vue sur l'océan vaut le détour. De l'autre côté de la baie, le Castillo de San Sebastián se dresse sur un îlot relié par une longue digue. La promenade pour y accéder, battue par les vagues et le vent, reste un moment fort de toute visite.

La Viña, le quartier des Gaditans

Le Barrio de la Viña est le cœur populaire de la ville, celui où les habitants dînent vraiment. Les rues San Félix et La Palma alignent les bars à tapas où le poisson frit arrive brûlant dans son papier kraft. C'est ici que naît le Carnaval de Cadix chaque février, avec ses chirigotas qui se moquent des politiques à coups de chansons satiriques.

Le Parque Genovés, à quelques pas, offre une parenthèse végétale inattendue. Ce jardin botanique du XIXe siècle abrite des ficus centenaires, des cyprès sculptés et une cascade artificielle au milieu d'un décor de fausses grottes. Les bancs face à l'océan invitent à la lecture ou à la sieste.

Où manger et boire à Cadix ?

Le pescaíto frito est une religion locale. Des morceaux de poisson frais, simplement enfarinés et frits dans l'huile d'olive : chocos, acedías, boquerones, puntillitas. La simplicité apparente cache un savoir-faire transmis de génération en génération. Le secret réside dans la fraîcheur du poisson, la température de l'huile et le calibrage de la farine.

La Bodeguita El Adobo, dans la Calle Rosario, est l'adresse des connaisseurs. Pas de carte fixe, juste une ardoise qui change selon l'arrivage du jour. Leur morena en adobo est légendaire. Autre institution : Los 12 Hijos de Juan, un kiosque sans prétention où les Gaditans font la queue pour des papelones de poisson croustillant. La Freiduría Las Flores, sur la place du même nom, est plus touristique mais reste une valeur sûre.

Conseil d'ami : ne partez pas sans goûter aux tortillitas de camarones, ces galettes fines et croustillantes farcies de minuscules crevettes. Les meilleures se trouvent au bar du restaurant El Faro, pour une fraction du prix de la salle gastronomique.

Où dormir à Cadix et aux alentours ?

Le centre historique concentre l'essentiel des hébergements et reste le choix le plus pratique. Tout se fait à pied et vous profiterez de l'ambiance des places animées le soir. Le quartier de La Viña, plus populaire, offre une immersion locale à deux pas des plages.

Le Parador de Cádiz, hôtel moderne face à la mer, dispose d'une piscine qui semble se fondre dans l'océan. L'Hotel Argantonio, dans un palais du XVIIIe siècle, propose des chambres avec cachet à prix raisonnables. Pour les budgets plus serrés, les appartements de la Playa de la Victoria permettent de combiner plage et centre-ville.

Comment se rendre et se déplacer à Cadix ?

Le train depuis Séville prend environ 1h40 et coûte entre 15 et 40 euros selon l'horaire. Une douzaine de liaisons quotidiennes desservent la gare de Cadix, située à cinq minutes à pied du centre historique. Depuis Jerez, comptez 35 minutes de trajet. L'aéroport de Jerez, à 40 kilomètres, propose des vols low-cost depuis plusieurs villes européennes.

Depuis la France, le plus simple reste de voler vers Séville ou Jerez. En voiture, Cadix se trouve à 1h15 de Séville par l'autoroute. Le stationnement en centre-ville est compliqué et inutile : la presqu'île se parcourt intégralement à pied. Laissez votre véhicule dans un parking périphérique si vous en avez un.

Quand y aller ?

Le climat océanique garantit des températures douces toute l'année, avec des étés moins étouffants qu'à l'intérieur des terres. Le printemps et l'automne offrent les meilleures conditions pour explorer la ville. Le Carnaval, fin février ou début mars, transforme les rues en scène géante pendant onze jours : ambiance festive garantie, mais hébergements hors de prix et réservation obligatoire plusieurs mois à l'avance.