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Bakou, la ville qui brûle sous vos pieds

Il est 20h à Bakou, et les Flame Towers s'embrasent. Trois gratte-ciels de 182 mètres projettent des flammes numériques sur leur façade de verre. En contrebas, les ruelles médiévales de la vieille ville dorment dans la pénombre, indifférentes au spectacle.

Ce contraste résume bien la capitale azerbaïdjanaise : une ville coincée entre le XIIe siècle et le XXIe, entre l'Orient et l'Occident, entre la pierre brute et le verre fumé. Ici, on boit du thé noir dans des verres en forme de tulipe à deux pas d'un centre culturel signé Zaha Hadid.

Une destination qui ne rentre dans aucune case

Si vous avez aimé Istanbul, Tbilissi ou Téhéran, vous trouverez ici un mélange familier de cultures, de gastronomie et d'architecture surprenante. Les passionnés d'urbanisme seront aux anges : rares sont les villes où l'on passe aussi brutalement d'un palais du XVe siècle à un building futuriste en traversant une rue.

En revanche, si vous rêvez de plages paradisiaques, Bakou n'est pas faite pour vous. La côte de la mer Caspienne à Bakou ne se prête pas à la baignade. Les amateurs de nature sauvage seront aussi frustrés : le vrai Azerbaïdjan rural, celui des montagnes du Caucase, commence à plusieurs heures de route.

Est-ce dangereux de voyager en Azerbaïdjan ?

Bakou est très sûre, plus sûre que la plupart des capitales européennes. Le gouvernement, soucieux de développer le tourisme, a mis en place des sanctions sévères contre les délits visant les visiteurs. La société bakinoise est séculière : les femmes voyageant seules n'ont pas de raison particulière de s'inquiéter, et les codes vestimentaires sont libres.

Un budget accessible comparé au reste de la région

Comptez entre 40 et 60 € par jour pour un budget moyen : un hôtel correct revient à 25-55 €/nuit, un repas au restaurant à 5-15 €, et le métro coûte 0,40 AZN le trajet. Une course en Bolt dans le centre : 2-4 AZN.

La vieille ville : mille ans entre quatre murs

Tout commence par Icheri Sheher, la cité fortifiée inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. Un labyrinthe de ruelles pavées, ceinturé de murailles du XIIe siècle, où des gens vivent encore. L'endroit est presque trop restauré par endroits, mais perdez-vous dans les impasses : c'est là que vous tomberez sur de minuscules mosquées et des tapis suspendus aux balcons de bois.

La Tour de la Vierge, cylindre de pierre du XIIe siècle dont personne ne connaît la fonction originelle, offre un panorama complet sur la baie. Le Palais des Chirvanchahs, résidence royale du XVe siècle, mérite ses 10 AZN d'entrée pour ses cours et mausolées finement sculptés.

Conseil d'ami : les hammams historiques de la vieille ville fonctionnent encore. Le plus ancien propose un gommage pour 15 AZN et un massage pour 20 AZN. Les jours sont séparés par genre.

Le boulevard et le Bakou moderne

Le Boulevard de Bakou longe la Caspienne sur 26 kilomètres. Familles en promenade, terrasses de café, brise marine : c'est le poumon de la ville, spectaculaire le soir quand tout s'illumine. Le long du boulevard, le Musée du Tapis, installé dans un bâtiment en forme de tapis roulé, vaut le coup d'œil même si le tissage ne vous passionne pas.

En remontant, la Place des Fontaines constitue le cœur battant du Bakou moderne. De là, un funiculaire grimpe vers le Parc du Plateau et l'Allée des Martyrs, d'où la vue sur la baie est saisissante. C'est aussi dans ce quartier que se cachent des dizaines de façades néoclassiques et Art Nouveau, héritage des barons du pétrole du XIXe siècle qui ont modelé leur ville sur Paris.

Le Bakou futuriste et ses excursions

Le Centre Heydar Aliyev, signé Zaha Hadid, est probablement le bâtiment le plus photographié du Caucase. Pas un angle droit. La structure ondule comme une vague blanche posée dans un parc. Les expositions intérieures sur l'histoire du pays complètent bien la visite.

À 30 km au sud, la Réserve de Gobustan abrite plus de 6 000 pétroglyphes vieux de 10 000 à 40 000 ans, classés à l'UNESCO. Combinez-la avec les volcans de boue voisins pour une demi-journée. Plus proches, le temple zoroastrien d'Ateshgah et Yanar Dag, la montagne qui brûle en permanence, complètent le tableau. Soyons francs : Yanar Dag est plus petit qu'on ne l'imagine.

Conseil d'ami : pour Gobustan et Ateshgah, un tour organisé avec chauffeur revient à 50-80 AZN par personne et vous épargne la logistique des transports en commun, assez aléatoires hors de la ville.

Où manger et boire à Bakou ?

Le plat roi, c'est le plov : un riz safrané, cuit lentement, accompagné de fruits secs, de châtaignes et d'agneau. La version royale, le shah plov, est enveloppée dans une croûte de pain doré qui croustille sous le couteau. Dans la vieille ville, les restaurants installés dans d'anciens caravansérails servent ce type de cuisine copieuse. Firuze, un restaurant en sous-sol, propose un excellent piti et du shah plov à prix raisonnables.

Pour un déjeuner rapide, les qutab, crêpes fines fourrées aux herbes ou à la viande, sont le fast-food local : 1-2 AZN pièce. Le thé noir servi dans des verres armudu en forme de poire est un rituel social. On le boit après chaque repas, parfois entre les repas, et souvent sans raison particulière.

Où dormir à Bakou et aux alentours ?

Le quartier idéal : Icheri Sheher et ses environs. Vous serez à pied de tout. Des guesthouses dans des maisons traditionnelles proposent des chambres entre 20 et 40 AZN. Le Deniz Inn Boutique Hotel offre un bon rapport qualité-prix en milieu de gamme. Pour le luxe, le Four Seasons domine le front de mer. Côté backpackers, le Sahil Hostel reste la référence. Réservez à l'avance en été et pendant le Grand Prix de Formule 1 en septembre.

Comment se rendre et se déplacer à Bakou ?

Depuis Paris, Azerbaijan Airlines opère des vols directs vers l'aéroport Heydar Aliyev en 5h10, trois fois par semaine. Comptez 150 à 500 € l'aller-retour selon la saison. Avec escale à Istanbul ou Varsovie via Turkish Airlines, Wizz Air ou LOT, les tarifs descendent souvent plus bas. Un e-visa est obligatoire pour les Français : 23 USD sur le portail ASAN Visa, délivré sous 3 jours ouvrés.

L'aéroport est à 25 km du centre. Le bus express T1 rejoint la gare pour 1,30 AZN. En ville, le métro coûte 0,40 AZN avec la carte BakiKart. Pour les excursions, Bolt et les tours organisés sont les options les plus simples.

Quand y aller ?

Le printemps (avril-juin) et l'automne (septembre-octobre) offrent les meilleures conditions : 20 à 28°C, fréquentation raisonnable. L'été est étouffant avec des pointes à 40°C. L'hiver, Bakou mérite son surnom de "Ville des Vents" avec des rafales parfois violentes et des températures autour de 5°C.

En mars, le festival de Novruz transforme la ville pendant une semaine de célébrations et de pâtisseries traditionnelles.