Dazaifu, l'ancienne capitale oubliée de Kyushu
Imaginez une petite ville endormie qui fut autrefois le cœur battant du pouvoir impérial au Japon. Dazaifu servit de centre administratif pour toute l'île de Kyushu pendant plus de 500 ans, depuis sa fondation à la fin du 7e siècle. Aujourd'hui, impossible de deviner ce passé glorieux en arrivant à la gare: les boutiques de souvenirs et les stands de mochi grillé ont remplacé les édifices gouvernementaux vermillons. Ce contraste fait tout le charme de cette excursion depuis Fukuoka.
Dazaifu, une escale culturelle idéale pour les curieux d'histoire
Dazaifu s'adresse aux voyageurs en quête d'authenticité culturelle sans l'agitation des grandes métropoles. Parfait si vous aimez les sanctuaires majestueux, l'architecture traditionnelle et les musées de qualité. La ville se visite facilement en une demi-journée, ce qui en fait l'excursion parfaite depuis Fukuoka. En revanche, si vous cherchez une vie nocturne animée ou des quartiers branchés, passez votre chemin: Dazaifu bourdonne d'activité le jour mais devient très calme la nuit.
La réalité sur le terrain: préparez-vous à croiser des groupes de touristes asiatiques, surtout près du sanctuaire principal. Les visiteurs chinois et coréens arrivent en nombre par cars de tourisme. Mon conseil? Arrivez tôt le matin ou en fin d'après-midi pour profiter d'une atmosphère plus sereine. La barrière de la langue se pose peu, les panneaux principaux étant traduits en anglais.
Budget raisonnable pour une excursion japonaise
Le trajet depuis Fukuoka coûte 420 yens et dure environ 30 minutes. Sur place, comptez 130 yens par umegae mochi, la spécialité locale, et 200 yens pour l'entrée au jardin du temple Komyozenji. L'entrée au sanctuaire principal est gratuite. Si vous logez sur place, les tarifs varient de 52 dollars pour une chambre basique à plus de 300 dollars pour l'expérience haut de gamme au Hotel Cultia.
Le sanctuaire Dazaifu Tenmangu et ses 6000 pruniers
Le sanctuaire Tenmangu s'étend sur plus de 12 km² et abrite plus de 6000 pruniers japonais, ainsi que d'énormes camphriers dont certains auraient environ 1500 ans. L'endroit est dédié à Sugawara no Michizane, érudit du 9e siècle devenu divinité de l'éducation. Résultat: des lycéens et étudiants viennent prier ici avant leurs examens, créant une ambiance touchante de recueillement studieux.
La période magique? Début mars, quand les pruniers explosent en fleurs roses et blanches. Les jardins se transforment en mer végétale parfumée. Même hors floraison, les allées bordées d'arbres centenaires et les pavillons vermillon valent le détour. Le bâtiment principal subit actuellement des rénovations majeures jusqu'en 2026, avec une structure temporaire moderne dotée d'un toit végétalisé. Loin d'être décevant, ce pavillon contemporain crée un dialogue intéressant avec l'architecture traditionnelle.
Conseil d'ami : ne manquez pas le sanctuaire inari caché derrière le bâtiment principal. Cette zone verdoyante avec ses portiques rouges et ses statues de renards offre une atmosphère beaucoup plus calme que l'allée principale envahie de touristes.
La rue Monzenmachi et sa guerre des mochi
La rue Monzenmachi relie la gare au sanctuaire, bordée de boutiques de thé, cafés et échoppes vendant snacks traditionnels et souvenirs. Vous y verrez griller des dizaines d'umegae mochi, ces galettes de riz fourrées à la pâte de haricots rouges. Malgré son nom qui signifie "gâteau de riz au prunier", l'umegae mochi ne contient pas de prune, le nom vient d'une légende sur un prunier qui aurait volé jusqu'à Dazaifu pour rejoindre Sugawara no Michizane.
Plus de 20 boutiques proposent cette spécialité le long de la rue, chacune affirmant détenir la recette suprême. Chez Kasanoya, les files d'attente témoignent de la qualité: le mochi arrive encore chaud dans sa boîte, avec une peau moelleuse et croustillante à la fois. L'idéal? Goûter frais, directement au comptoir, accompagné d'un thé vert gratuit.
Conseil d'ami : le Starbucks conçu par l'architecte Kengo Kuma mérite le détour, même si vous n'aimez pas le café. Sa structure en cèdre traditionnel mêlée à un design aéré et moderne en fait un spot photo très prisé.
Kyushu National Museum, le géant de verre
Ouvert en 2005, ce musée massif se dresse de l'autre côté du sanctuaire. Le concept du musée est d'interpréter la formation de la culture japonaise depuis la perspective de l'histoire asiatique, reflétant le rôle historique de Dazaifu comme porte d'entrée vers le continent. Les collections d'épées, de paravents et de céramiques valent le coup d'œil, tout comme la salle Ajippa au rez-de-chaussée, avec ses jeux et activités manuelles inspirées de plusieurs cultures asiatiques, parfaite pour les enfants.
Mont Homan, pour les jambes aguerries
Envie de prendre de la hauteur ? Le mont Homan culmine à 829 mètres et propose une randonnée exigeante mais gratifiante, avec des centaines de marches en pierre menant à des vues époustouflantes. Le sentier bien entretenu démarre au sanctuaire Kamado et prend environ deux heures et demie jusqu'au sommet pour une personne de condition physique moyenne. En chemin, vous croiserez le sanctuaire Kamado, niché sur le flanc de la montagne, qui juxtapose architecture traditionnelle et aspects de design moderne. L'ambiance forestière contraste radicalement avec l'effervescence du sanctuaire principal.
Le mont Homan reste une montagne sacrée depuis l'Antiquité. La divinité vénérée à Kamado est Tamayorihime, mère du premier empereur du Japon, réputée pour son pouvoir de rapprocher les gens, ce qui attire de nombreux visiteurs en quête d'aide dans leurs affaires de cœur. Prévoyez de bonnes chaussures de randonnée et un niveau de forme correct.
Les vestiges du pouvoir impérial
Aux périodes Nara et Heian, le Dazaifu supervisait la frontière maritime du Japon et administrait les neuf provinces. Un grand édifice aux colonnes vermillon et au toit de tuiles se dressait au pied du mont Ono, mais aujourd'hui il ne reste qu'un parc contenant les énormes pierres de fondation du bâtiment original. Les ruines gouvernementales elles-mêmes peuvent décevoir les visiteurs attendant des structures imposantes. L'intérêt réside plutôt dans l'imaginaire: visualiser ce centre de pouvoir disparu en contemplant ces pierres millénaires.
À proximité, le petit musée d'exposition compense ce vide avec des maquettes reconstructions et des explications sur le système administratif ancien. L'entrée coûte 200 yens pour les adultes, et des guides bénévoles passionnés expliquent l'histoire de Dazaifu.
Temple Komyozenji et son jardin zen
Ce temple zen célèbre pour son magnifique jardin de pierres fut construit durant la période Kamakura, juste à côté du sanctuaire Dazaifu Tenmangu. Le jardin de mousse offre un havre de paix après l'agitation touristique. Les motifs ratissés dans le gravier blanc invitent à la méditation. Petit et facile à visiter en 20 minutes, c'est une pause bienvenue dans l'itinéraire.
Où manger et boire à Dazaifu ?
La scène culinaire de Dazaifu tourne essentiellement autour des umegae mochi et des maisons de thé traditionnelles. Le set matcha à 650 yens chez certaines boutiques permet de déguster le mochi avec un bol de thé vert cérémonial. Pour un repas plus substantiel, le restaurant Le Un au Hotel Cultia propose une cuisine française raffinée utilisant des ingrédients régionaux: poissons frais des côtes nord de Kyushu, viandes locales et produits de saison provenant de tout Kyushu. Ambiance sophistiquée avec vue sur un jardin traditionnel.
Dans la rue principale, plusieurs petits restaurants servent des soupes de nouilles et des bentos. Les stands de glace proposent des parfums typiquement japonais comme le thé vert matcha ou le sésame noir. Pour découvrir la vraie gastronomie de Fukuoka, mieux vaut retourner en ville: les fameux ramen tonkotsu et les yatai (stands de rue) se trouvent là-bas.
Où dormir à Dazaifu et aux alentours ?
L'offre d'hébergement à Dazaifu reste limitée mais de qualité. Le Hotel Cultia Dazaifu, situé à deux minutes à pied du sanctuaire Tenmangu, transforme d'anciennes maisons traditionnelles en chambres luxueuses avec jardins privés et baignoires en cyprès hinoki. Comptez 300 dollars et plus la nuit pour cette expérience patrimoniale unique. Pour un budget plus raisonnable, le Route Inn Grantia Dazaifu propose des chambres à partir de 52 dollars avec petit-déjeuner.
Honnêtement? La plupart des visiteurs logent à Fukuoka et viennent en excursion à la journée. C'est le choix le plus pratique: vous profitez de la vie urbaine fukuokaise le soir (restaurants, bars, shopping) tout en gardant Dazaifu comme sortie culturelle diurne. Le trajet ne prend qu'une demi-heure, rendant l'aller-retour très gérable.
Comment se rendre et se déplacer à Dazaifu ?
Depuis la gare Nishitetsu Fukuoka (directement reliée à la station de métro Tenjin), prenez des trains fréquents vers Nishitetsu Futsukaichi (15-25 minutes), puis changez pour la ligne Dazaifu qui mène à la gare Dazaifu (5 minutes, départs toutes les 10-15 minutes). Le trajet total depuis Nishitetsu Fukuoka prend 25-40 minutes et coûte 420 yens. Un bus direct relie également le centre de bus Hakata à Dazaifu toutes les 15-30 minutes.
Sur place, tout se fait à pied. La gare se trouve à quelques minutes de la rue commerçante menant au sanctuaire. Pour rejoindre les sites plus éloignés comme les ruines gouvernementales ou le temple Kanzeonji, des bus locaux "Mahoroba" circulent environ trois fois par heure, à 100 yens le trajet ou 300 yens le pass journée. Des vélos se louent à la gare pour 500 yens par jour, option idéale pour explorer tranquillement.
Depuis l'étranger: l'aéroport de Fukuoka accueille des vols internationaux depuis plusieurs villes asiatiques et quelques destinations européennes via correspondance. Une fois à Fukuoka, le métro rejoint le centre-ville en 15 minutes. De Paris, comptez au minimum une escale (souvent à Tokyo ou Séoul) et 14-16 heures de voyage total.
Quand y aller ?
Le printemps (mars à mai) et l'automne (septembre à novembre) offrent les meilleures conditions: températures agréables et paysages naturels à leur apogée. Début mars marque le pic de la floraison des pruniers, transformant le sanctuaire en spectacle rose et blanc. L'affluence monte en flèche durant cette période magique.
Évitez si possible les week-ends et jours fériés japonais, quand les cars de touristes débarquent en masse. L'été apporte chaleur et humidité typiques de Kyushu, mais moins de foule. Janvier, juin et septembre sont les mois les plus abordables pour l'hébergement si vous décidez de dormir sur place. L'hiver peut surprendre avec quelques chutes de neige occasionnelles, ajoutant un charme féerique aux sanctuaires.





