Hachioji, l'autre visage de Tokyo
Il est 6h30 du matin à la gare de Takaosanguchi. Les premiers randonneurs sortent du train, thermos de thé vert à la main, prêts à gravir les pentes du mont Takao avant que la foule ne déferle. Dans quelques heures, cette montagne sacrée où méditent encore des ascètes accueillera des milliers de Tokyoïtes en quête de verdure. Bienvenue à Hachioji, ville de 550 000 habitants que les guides de voyage ignorent trop souvent, préférant la réduire à un simple point de départ vers une randonnée.
Est-ce une destination pour vous ?
Posons les choses clairement. Si vous cherchez les néons de Shinjuku ou l'effervescence de Shibuya, passez votre chemin. Hachioji s'adresse aux voyageurs qui veulent respirer, marcher, manger local et découvrir un Japon moins apprêté. La ville séduit les randonneurs de tous niveaux grâce aux sentiers accessibles du mont Takao, mais aussi les amateurs d'histoire avec les ruines de son château féodal et son passé de capitale de la soie.
Cette ancienne ville-étape sur la route Kōshū Kaidō conserve un quartier de geishas actif, chose rare au Japon. En revanche, si vous ne disposez que d'une journée à Tokyo et n'avez pas encore vu les grands classiques, reportez Hachioji à un prochain voyage. La ville mérite qu'on lui consacre une journée entière, voire deux pour les plus curieux.
Un budget doux pour la région tokyoïte
Comptez entre 3 000 et 5 000 yens par jour hors hébergement. Le train depuis Shinjuku coûte 430 yens, le funiculaire du mont Takao 930 yens aller-retour, et un bol de Hachioji ramen tourne autour de 900 yens. L'hébergement reste plus abordable qu'à Tokyo centre, avec des chambres d'hôtel à partir de 7 000 yens.
Le mont Takao, montagne des esprits
Avec ses 599 mètres d'altitude et ses trois étoiles au Guide Michelin, le mont Takao attire près de trois millions de visiteurs chaque année. Ce chiffre peut faire peur, mais ne vous découragez pas. Le secret réside dans le timing et le choix du sentier.
La plupart des visiteurs empruntent le sentier numéro 1, large et pavé, qui passe par tous les points d'intérêt. Résultat : embouteillages garantis le week-end. Préférez les sentiers 3 ou 6, moins fréquentés et plus immersifs. Le sentier 6 longe un ruisseau où vous poserez les pieds sur des pierres de gué, une fraîcheur bienvenue en été. Le sentier 4 offre un pont suspendu et des forêts de katsura dont les feuilles dégagent une odeur de caramel en automne.
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À mi-pente se dresse le temple Yakuō-in, fondé en 744 sur ordre de l'empereur Shōmu. Ce temple bouddhiste de l'école Shingon marie éléments bouddhistes et shintoïstes dans une architecture aux couleurs vives qui tranche avec la sobriété habituelle des temples japonais. Partout, des statues de tengu montent la garde. Ces créatures mythiques au long nez ou au bec de corbeau protègent la montagne depuis des siècles. Les fidèles viennent prier pour la réussite aux examens ou la guérison des maladies.
Le château disparu et la ville de la soie
Hachioji doit son nom au château de Hachioji, forteresse bâtie entre 1582 et 1587 par le clan Hōjō. L'histoire de ce lieu est tragique. En 1590, les troupes de Toyotomi Hideyoshi prirent d'assaut la citadelle. Les femmes et enfants réfugiés dans le donjon se jetèrent dans la cascade voisine plutôt que de subir la défaite. La légende raconte que les eaux restèrent rouges pendant trois jours.
Classées parmi les 100 plus beaux châteaux du Japon, ces ruines méritent le détour pour leur atmosphère singulière. Les murailles de pierre et la porte restaurée donnent une idée de l'ampleur passée de la forteresse. Comptez une heure de marche pour atteindre le sommet où se trouve le sanctuaire Hachiōji Gongen.
Après la chute du château, Hachioji devint un centre majeur de production de soie. La ville était surnommée Sōto, la "cité du mûrier", car les feuilles de cet arbre nourrissaient les vers à soie. Cette industrie prospéra jusqu'au début du XXe siècle, la soie brute partant vers le port de Yokohama pour l'exportation. Le sentier Kinu no Michi, ancienne route des marchands de soie, se parcourt encore aujourd'hui à travers la forêt.
Terminer la journée en beauté
Impossible de quitter Hachioji sans goûter au Hachioji ramen. Cette spécialité locale née en 1959 se distingue par trois éléments : un bouillon à base de sauce soja, un film de saindoux à la surface, et surtout une généreuse portion d'oignons finement hachés. Le saindoux adoucit le piquant des oignons crus et libère leur douceur naturelle. Le restaurant Goemon, près de la gare de Nishi-Hachioji, attire les files d'attente pour une bonne raison.
Après la randonnée, direction le Keio Takaosan Onsen Gokurakuyu, source thermale directement reliée à la gare de Takaosanguchi. L'eau puisée à 1 000 mètres sous terre alimente des bains intérieurs et extérieurs. Le bain carbonaté laisse des microbulles sur la peau, sensation étrange mais agréable. Évitez le week-end si possible, l'affluence peut gâcher l'expérience. Entrée à 1 000 yens en semaine, 1 200 yens le week-end.
Où manger et boire à Hachioji ?
La scène culinaire de Hachioji tourne autour de produits locaux. La région cultive des légumes renommés, notamment la bardane que vous retrouverez dans de nombreux plats. Sur les pentes du mont Takao, les échoppes servent des soba au tororo, nouilles de sarrasin accompagnées d'igname râpée, plat censé redonner de l'énergie aux randonneurs.
Pour le ramen, testez Binbintei près de la gare JR ou le restaurant Takao no Sakura dans le centre commercial iias Takao. Les tenguyaki, petites crêpes fourrées à la pâte de haricots rouges en forme de masque de tengu, font un excellent en-cas pendant l'ascension. En soirée, le quartier autour de la gare de Hachioji propose izakayas où goûter au poisson ayu grillé sur pic, spécialité de la vallée d'Akigawa toute proche.
Où dormir à Hachioji et aux alentours ?
Deux options principales selon votre programme. Si vous souhaitez être au pied du mont Takao pour partir tôt, le Takao Forest Hotel propose des activités comme la poterie et des randonnées guidées. Pour plus de commodité et un meilleur choix de restaurants, installez-vous près de la gare centrale de Hachioji. Le Keio Plaza Hotel Hachioji offre le confort d'une grande chaîne, tandis que l'APA Hotel Hachioji-eki Kita reste économique et fonctionnel.
Une vingtaine d'établissements se partagent la ville, des business hotels aux ryokans plus traditionnels. Les prix restent inférieurs de 20 à 30% à ceux du centre de Tokyo pour un confort équivalent.
Comment se rendre et se déplacer à Hachioji ?
Depuis Shinjuku, la ligne Keio rejoint la gare de Takaosanguchi en 50 minutes pour 430 yens. Train direct, pratique. Si vous possédez le JR Pass, empruntez la ligne JR Chuo jusqu'à la gare de Takao (couverte par le pass), puis changez pour la ligne Keio jusqu'à Takaosanguchi. La gare centrale de Hachioji se trouve sur la ligne JR Chuo, à 35 minutes de Shinjuku en train rapide.
Depuis les aéroports, comptez environ deux heures depuis Narita via Tokyo et Shinjuku. Depuis Haneda, une heure trente suffit en combinant la ligne Keikyu puis la ligne Keio. Une fois sur place, les bus desservent les sites éloignés comme les ruines du château. Le mont Takao se parcourt évidemment à pied, mais le funiculaire et le télésiège restent pratiques pour économiser ses forces.
Quand y aller ?
Le printemps et l'automne offrent les meilleures conditions. Les cerisiers du mont Takao fleurissent deux semaines après ceux du centre de Tokyo, généralement mi-avril. En novembre, les érables et ginkgos se parent de rouge et d'or, attirant les foules. Si vous supportez la chaleur, début août coïncide avec le festival de Hachioji : 19 chars d'époque Edo, danses de geishas, et 250 stands de nourriture envahissent les rues pendant trois jours. Évitez les week-ends de novembre si vous détestez la foule, le mont Takao devient alors l'un des spots les plus prisés de la région pour le momiji.






