Syracuse, la ville qui a fait de l'ombre à Athènes
Il y a plus de deux mille sept cents ans, une colonie fondée par des marins corinthiens sur un îlot de calcaire allait devenir, selon certains historiens antiques, plus grande et plus puissante qu'Athènes elle-même.
Aujourd'hui, cette même presqu'île sent le poisson frais du marché matinal et le café serré des terrasses baroques. Syracuse ne joue pas la carte du décor figé : elle se vit, se mange, se traverse à pied en moins d'une heure.
Une destination faite pour vous ?
Vous aimez l'histoire qui se touche du doigt, sans reconstitution ni mise en scène ? Vous cherchez une ville à taille humaine, où l'on passe d'un temple grec à une glace au pistache sans changer de rue ? Syracuse coche toutes les cases. Ortigia, son cœur insulaire, se découvre en flânant sans itinéraire strict, entre ruelles étroites et places ensoleillées.
En revanche, si vous cherchez une vie nocturne trépidante ou de grandes plages de type club balnéaire à deux pas du centre, cherchez ailleurs : les meilleures plages sont à quinze ou trente minutes de route, et l'ambiance reste résolument tranquille, presque provinciale, une fois la nuit tombée.
Destination adaptée pour :
- Les passionnés d'archéologie et d'histoire antique
- Les amateurs de balades urbaines sans voiture
- Les couples et voyageurs en quête de charme baroque
- Les gourmands attirés par la cuisine de rue sicilienne
Destination inadaptée pour :
- Ceux qui veulent une vie nocturne intense
- Les voyageurs cherchant de grandes plages immédiates
- Ceux qui fuient absolument la foule touristique en été
Un budget raisonnable comparé au reste de l'Italie
La Sicile reste globalement plus abordable que le nord de l'Italie, même si les prix grimpent nettement en juillet et août. Sur Ortigia même, comptez un peu plus cher qu'en périphérie : le charme du centre historique se paie.
| Poste | Fourchette |
|---|---|
| Nuit en hébergement basique (chambre B&B) | 35 à 55 € |
| Nuit en hébergement confortable (hôtel 3-4 étoiles à Ortigia) | 90 à 150 € |
| Repas sur le pouce (tagliere ou panino au marché) | 6 à 10 € |
| Repas au restaurant | 20 à 35 € |
| Entrée parc archéologique de la Neapolis | 10 à 16 € |
Tarifs indicatifs sujets à variation
Réalités pratiques sur place
Ortigia est entièrement piétonne dans son cœur historique, ce qui en fait une destination reposante pour les jambes mais parfois compliquée pour les voitures : le stationnement y est payant vingt-quatre heures sur vingt-quatre, avec des tarifs qui tournent autour de 20 euros pour une journée. Mieux vaut se garer en périphérie et marcher.
La ville reste facile d'accès pour un voyageur solo ou une femme voyageant seule : l'ambiance générale est calme, familiale, et l'anglais se parle correctement dans les commerces touristiques. Attention toutefois aux horaires d'ouverture des sites, souvent changeants et pas toujours affichés clairement sur place.
Ortigia, l'île qui contient toute la ville
Reliée à la terre ferme par deux ponts, Ortigia concentre l'essentiel de ce qui fait la réputation de Syracuse. On y entre par le pont Umbertino, et le premier choc architectural arrive vite.
Le temple d'Apollon et la Piazza del Duomo
Juste après le pont se dressent les vestiges du temple d'Apollon, le plus ancien temple dorique de Sicile, construit au VIe siècle avant J.-C. Il a servi tour à tour d'église, de mosquée et même de caserne militaire avant d'être dégagé au XXe siècle.
Poursuivez jusqu'à la Piazza del Duomo, où la cathédrale absorbe littéralement les colonnes doriques d'un ancien temple d'Athéna dans sa façade baroque. C'est l'un des rares endroits en Europe où l'on peut lire, sur un même mur, deux mille cinq cents ans d'architecture superposée.
La fontaine Aréthuse et le front de mer
La fontaine Aréthuse, alimentée par une source d'eau douce à quelques mètres de la mer, nourrit depuis l'Antiquité une légende de nymphe transformée en cours d'eau. Un long chemin fait le tour du littoral d'Ortigia, offrant des couchers de soleil sans égal sur la forteresse du château Maniace, à la pointe sud de l'île.
Conseil d'ami : le marché d'Ortigia, sur la via Emanuele de Benedictis, ouvre tôt et ferme vers 14 heures, fermé le dimanche. Venez avant 9 heures pour voir arriver le poisson frais et éviter la foule ; c'est aussi là que se trouve Caseificio Borderi, célèbre pour ses tagliere improvisés, quitte à faire la queue.
La Neapolis, sur les traces des Grecs et des Romains
De l'autre côté du pont, la ville moderne cache dans le quartier de Neapolis l'un des ensembles archéologiques les plus complets de Sicile. Le théâtre grec, taillé dans la roche au Ve siècle avant J.-C., pouvait accueillir jusqu'à quinze mille spectateurs et continue d'être utilisé aujourd'hui : chaque année, un festival de tragédies grecques y ressuscite les pièces antiques en plein air.
Non loin, l'imposant amphithéâtre romain compte parmi les plus vastes d'Italie. Mais c'est la fameuse oreille de Denys qui fascine le plus : cette grotte artificielle de 20 mètres de haut et 65 mètres de profondeur doit son nom à la légende selon laquelle le tyran Denys y espionnait ses prisonniers grâce à une acoustique hors norme. Testez-la vous-même en chuchotant contre la paroi.
À proximité, le musée archéologique régional Paolo Orsi rassemble une des collections les plus riches d'Europe sur la Sicile antique, complément idéal après la visite du parc.
Excursions autour de Syracuse
Syracuse fonctionne aussi très bien comme base pour explorer le sud-est de la Sicile. À une quarantaine de kilomètres, Noto est considérée comme la capitale du baroque sicilien, reconstruite après le séisme de 1693 dans une pierre calcaire dorée. Plus loin, Ragusa Ibla et Modica complètent cette route baroque du Val di Noto.
Pour la baignade, direction le sud : les plages de Fontane Bianche, Calamosche et Ognina restent parmi les plus agréables du secteur. Les amateurs de randonnée pousseront jusqu'aux gorges de la Cassibile, réserve naturelle réputée pour ses piscines naturelles, où l'affluence estivale impose souvent patience et matinée précoce.
Où manger et boire à Syracuse ?
La cuisine de rue sicilienne trouve à Ortigia un terrain de jeu parfait. Le marché matinal reste le meilleur point de départ : dégustez sur le pouce un tagliere de charcuteries et fromages locaux, dont le cacio siracusano, une spécialité de fromage typique de la région.
Pour un déjeuner plus formel, les petites trattorias autour de la Piazza Archimede proposent souvent le meilleur rapport qualité-prix, loin des terrasses les plus visibles et donc les plus chères de la Piazza del Duomo.
Comment aller à Syracuse ?
L'aéroport le plus proche est celui de Catane Fontanarossa, à environ une heure de route, desservi par de nombreux vols directs depuis plusieurs villes d'Europe. Depuis Paris, comptez environ 2h45 de vol. Il est aussi possible de rejoindre la Sicile en ferry depuis l'Italie continentale, notamment depuis Gênes, Civitavecchia ou Naples, avant de louer une voiture ou de prendre un bus jusqu'à Syracuse.
Le train relie également Catane à Syracuse, mais le trajet prend nettement plus de temps que la route. Les bus intercités, opérés par plusieurs compagnies locales, restent une option fiable et bon marché pour rallier les autres grandes villes siciliennes.
Comment se déplacer à Syracuse ?
Sur Ortigia, tout se fait à pied : l'île mesure à peine un kilomètre de long, et sa circulation automobile est très restreinte dans le centre historique. Des navettes électriques et des locations de vélos existent pour les jambes fatiguées.
Pour rejoindre les plages ou les sites archéologiques plus excentrés, les bus locaux desservent l'essentiel des destinations, y compris Fontane Bianche en une quinzaine de minutes depuis la gare. Si vous êtes motorisé, gardez en tête que le stationnement sur Ortigia est payant en permanence : mieux vaut se garer côté ville moderne et marcher jusqu'au pont.
Quand y aller ?
Le printemps et le début de l'automne offrent le meilleur compromis entre douceur climatique et fréquentation raisonnable. L'été attire davantage de monde et des températures parfois difficiles à supporter, notamment en juillet et août, tandis que l'hiver reste doux mais plus calme, avec certains sites aux horaires réduits.