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La Géorgie, ce petit pays du Caucase qui rend accro

Le premier matin à Tbilissi, l'odeur de soufre vous cueille avant même le café. Elle monte des bains thermaux de la vieille ville, là où des générations de Géorgiens viennent se frotter le dos entre deux conversations animées.

Ce détail dit beaucoup sur ce pays coincé entre l'Europe et l'Asie : ici, les traditions ne sont pas muséifiées, elles transpirent dans le quotidien. La Géorgie revendique 8 000 ans de viticulture, un alphabet que personne d'autre n'utilise sur Terre, et une cuisine qui ferait pâlir bien des tables méditerranéennes.

Un coup de foudre probable, mais pas pour tout le monde

La Géorgie séduit par sa densité : en dix jours, on passe de sommets à plus de 5 000 mètres à des plages subtropicales sur la mer Noire, en traversant des vignobles millénaires et des monastères accrochés aux falaises. Le coût de la vie, ridiculement bas pour un pays européen, permet de se faire plaisir sans calcul.

Mais soyons francs : les infrastructures restent perfectibles, la conduite locale relève parfois du sport extrême, et la barrière de la langue peut dérouter hors des grandes villes.

thumb_up Destination adaptée pour :

  • Les randonneurs et trekkeurs en quête de montagnes grandioses peu fréquentées
  • Les amateurs de vin et de gastronomie généreuse
  • Les voyageurs à petit budget qui veulent un maximum d'expériences
  • Les backpackers et nomades digitaux cherchant une base abordable en Europe
  • Les passionnés d'histoire, de monastères et de patrimoine religieux
  • Les road-trippers qui aiment les routes spectaculaires

warning Destinations inadaptée pour :

  • Ceux qui recherchent des plages paradisiaques et des eaux turquoise
  • Les voyageurs qui ont besoin de transports en commun fiables et ponctuels
  • Les personnes qui supportent mal l'improvisation et les imprévus logistiques
  • Ceux qui cherchent du tourisme balnéaire haut de gamme

Un budget qui fait sourire

La Géorgie reste l'une des destinations les plus abordables aux portes de l'Europe. Un repas copieux au restaurant coûte entre 4 et 10 €, une nuit en guesthouse entre 10 et 25 €, et un trajet en marshrutka quelques euros tout au plus. Même en se faisant plaisir, on dépasse rarement 40 € par jour en budget confortable.

Exemples de budgets par type de séjour en Géorgie (hors vols internationaux)
Type de séjourDuréeBudget par personne
City trip culture et gastronomieTbilissi4-5 jours150 € à 350 €
Trek en haute montagneSvanétie (Mestia-Ushguli)1 semaine200 € à 400 €
Road trip completTbilissi, Kazbegi, Kakhétie, Svanétie2 semaines500 € à 900 €
Route des vinsKakhétie (Sighnaghi, Telavi)3-4 jours100 € à 250 €
Séjour balnéaireBatoumi et côte de la mer Noire1 semaine200 € à 500 €
Ski et montagne en hiverGudauri ou Bakuriani1 semaine250 € à 600 €

Des routes cabossées, un accueil chaleureux

Le réseau routier principal s'est amélioré, mais dès qu'on quitte les axes majeurs, les pistes prennent le relais. Les marshrutkas, ces minibus qui partent quand ils sont pleins, restent le moyen de transport le plus courant entre les villes. Leur confort est sommaire et les horaires approximatifs. La plateforme GoTrip permet désormais de réserver un chauffeur privé à la journée pour un tarif raisonnable : c'est devenu le conseil numéro un des voyageurs récents.

Côté climat, les étés sont chauds dans les plaines, avec des pointes à 38-40 °C à Tbilissi en juillet. Les hivers sont froids en montagne mais doux dans la capitale. La meilleure fenêtre se situe entre mai et octobre, avec un pic de fréquentation en juillet-août.

Est-ce dangereux de voyager en Géorgie ?

La Géorgie est un pays globalement sûr. La petite délinquance reste rare et les voyageurs solo, y compris les femmes, s'y déplacent sans problème majeur. Le principal risque concerne la conduite : les routes de montagne sont parfois étroites, les dépassements audacieux, et les animaux traversent régulièrement la chaussée. Deux zones sont interdites d'accès depuis le territoire géorgien : l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, territoires occupés par la Russie. Restez à l'écart de ces frontières.

Conseil d'ami : suivez l'actualité politique avant de partir. Tbilissi a connu d'importantes manifestations en 2024 liées aux tensions entre pro-européens et pro-russes. Ces rassemblements se concentrent sur l'avenue Roustavéli. Hors de la capitale, la vie suit son cours normal.

Les montagnes du Caucase : le choc visuel

Le Grand Caucase forme la frontière nord de la Géorgie avec la Russie. Ses sommets dépassent les 5 000 mètres et ses vallées abritent des villages où le temps semble suspendu. Le trek le plus célèbre relie Mestia à Ushguli en quatre jours, à travers la Svanétie. On y croise des tours de défense médiévales, des glaciers et des prairies alpines à perte de vue.

Ce trek victime de son succès nécessite de réserver ses guesthouses plusieurs mois à l'avance en été. Les marcheurs dorment chez l'habitant pour 20 à 25 € la nuit en pension complète. L'effort est modéré mais les dénivelés quotidiens réclament une condition physique correcte.

Conseil d'ami : si la Svanétie vous semble trop courue, explorez la Touchétie, accessible uniquement en 4x4 par un col vertigineux. C'est l'une des régions les plus isolées du pays, sans distributeur de billets ni réseau fiable, mais les paysages et l'accueil y sont exceptionnels.

Kazbegi et la route militaire géorgienne

La route militaire géorgienne relie Tbilissi à la frontière russe en traversant le Caucase. C'est l'un des plus beaux itinéraires routiers du pays. Au bout de la route, le village de Stepantsminda offre une vue mythique sur l'église de la Trinité de Gergeti, perchée à 2 170 mètres face au mont Kazbek. L'excursion se fait à la journée depuis Tbilissi, mais dormir sur place permet de profiter du lever de soleil sur les sommets.

Sur le trajet, arrêtez-vous à la forteresse d'Ananuri, posée au bord du lac-réservoir de Jinvali, et au col de Jvari Pass à 2 379 mètres, où les parapentistes s'élancent en été pour 70 à 90 € le vol.

Le vin géorgien : 8 000 ans au compteur

La Géorgie ne produit pas simplement du vin : elle l'a inventé. Les traces archéologiques de vinification remontent à 6000 avant J.-C., ce qui en fait le plus ancien pays viticole au monde. La méthode traditionnelle de fermentation en qvevri, ces grandes jarres d'argile enterrées, est inscrite au patrimoine immatériel de l'UNESCO.

La région de Kakhétie, à l'est du pays, concentre la majorité de la production. Les petites villes de Sighnaghi et Telavi servent de camp de base pour visiter les domaines. Oubliez les grandes usines viticoles de Sighnaghi : les meilleures dégustations se font chez les petits producteurs familiaux, autour d'une table couverte de plats.

Nous, à la rédaction Avygeo, on a un faible pour le Kindzmarauli, un rouge semi-doux qui surprend les palais habitués aux vins secs. Goûtez aussi un vin ambré de qvevri, au caractère tannique très éloigné de ce qu'on trouve en France. C'est déroutant, mais on y revient.

Tbilissi : la capitale qui a du caractère

Tbilissi ne ressemble à aucune autre capitale européenne. Les balcons en bois sculptés de la vieille ville s'inclinent dangereusement au-dessus de ruelles étroites. Le quartier de Sololaki cache des cours intérieures où la vie de voisinage bat son plein : linge qui sèche, enfants qui jouent, vignes qui grimpent sur les façades décrépites.

Les quartiers à explorer

La forteresse de Narikala, accessible en téléphérique, offre le meilleur panorama sur la ville. En contrebas, les bains de soufre du quartier Abanotubani proposent des bains privés à partir de quelques euros. L'expérience est rude mais revigorante, surtout après une journée de marche.

Fabrika, une ancienne usine textile soviétique reconvertie en hostel, coworking et centre culturel, incarne la Tbilissi contemporaine. Le soir, les bars à vin naturel et les clubs techno du quartier de Vera attirent une foule locale et internationale.

Conseil d'ami : procurez-vous une carte SIM Magti dès votre arrivée. Pour 10 € environ, vous aurez 5 Go de données pendant un mois. Indispensable pour naviguer avec Google Maps sur les routes du pays et traduire l'alphabet géorgien en temps réel.

L'arrière-pays méconnu : grottes, steppes et monastères

Koutaïssi, troisième ville du pays, sert de porte d'entrée vers l'ouest. Le monastère de Gelati, classé à l'UNESCO, et le canyon de Martvili où l'on navigue en barque entre des parois calcaires, méritent chacun une demi-journée. À proximité, l'ancienne ville thermale de Tskaltubo et ses sanatoriums soviétiques abandonnés ravissent les amateurs de photographie urbaine.

Au sud-est, le complexe monastique de David Gareja, creusé dans la roche à la frontière azerbaïdjanaise, est l'un des sites les plus saisissants du pays. Les steppes semi-désertiques qui l'entourent, parsemées de volcans de boue, donnent l'impression d'avoir changé de continent.

Gori et la mémoire soviétique

Gori, ville natale de Staline, abrite un musée consacré au dictateur soviétique. Le lieu est controversé mais fascinant pour comprendre le rapport complexe de la Géorgie à son passé. À quelques kilomètres, la cité troglodyte d'Uplistsikhé, l'un des plus anciens établissements humains du Caucase, vaut largement le détour.

La Géorgie dans l'assiette : le festin permanent

La table géorgienne ne connaît pas la demi-mesure. Le supra, le banquet traditionnel, peut durer des heures sous la direction du tamada, le maître de cérémonie qui enchaîne les toasts au vin. Deux plats dominent la scène : le khachapuri, ce pain au fromage fondu dont la version adjare se présente en forme de barque avec un œuf et du beurre, et les khinkali, de gros raviolis juteux que l'on mange avec les doigts.

Le lobiani, pain farci aux haricots rouges, fait un repas à lui seul pour moins d'un euro. Les brochettes de viande grillée, les salades de tomates-concombres généreusement assaisonnées aux noix, et la churchkhela, cette confiserie en forme de bougie faite de jus de raisin et de noix, complètent le tableau. La cuisine géorgienne emprunte à ses voisins turcs, perses et russes tout en gardant une identité forte.

Quand partir en Géorgie ?

La saison idéale s'étend de mai à octobre. Le printemps offre des paysages verdoyants et des températures agréables, mais certains cols de montagne restent fermés jusqu'en juin. L'été convient au trekking en altitude et aux séjours balnéaires à Batoumi, même si la chaleur est écrasante dans les plaines.

L'automne, de septembre à mi-novembre, coïncide avec les vendanges en Kakhétie : c'est la période la plus savoureuse pour les amateurs de vin. L'hiver attire les skieurs à Gudauri et Bakuriani, deux stations correctes sans être exceptionnelles, avec des forfaits à prix doux.

Comment aller en Géorgie ?

Depuis la France, Air France et Georgian Airways opèrent des vols directs Paris-Tbilissi en environ 4h30. Transavia propose aussi des liaisons directes depuis Orly. Comptez entre 150 et 400 € l'aller-retour selon la saison, avec les meilleurs tarifs en novembre et les prix les plus élevés en juin-juillet.

L'option la plus économique passe souvent par Wizz Air, qui relie Paris-Beauvais et Lyon à Koutaïssi à partir de 100 € l'aller-retour. Koutaïssi se trouve à 4 heures de route de Tbilissi, ce qui en fait un point d'entrée malin pour commencer par l'ouest du pays. Pegasus Airlines et Turkish Airlines proposent des vols avec escale à Istanbul à des tarifs souvent compétitifs.

Côté formalités, les citoyens de l'Union européenne entrent en Géorgie sans visa pour un séjour allant jusqu'à un an, avec un simple passeport ou une carte d'identité en cours de validité. Une assurance voyage est toutefois obligatoire.

Comment se déplacer en Géorgie ?

Les marshrutkas restent le transport le plus répandu. Ces minibus relient toutes les villes moyennes pour quelques laris. Le confort est rudimentaire : sièges serrés, départs quand le véhicule est plein, pas de climatisation garantie. Des trains relient Tbilissi à Batoumi et à Koutaïssi de manière plus confortable, avec des billets réservables en ligne.

La location de voiture offre la plus grande liberté, surtout pour accéder aux régions reculées. Prévoyez environ 25 à 40 € par jour pour un véhicule standard, et le double pour un 4x4 indispensable en Touchétie ou sur certaines pistes du Caucase. L'essence coûte autour de 1 € le litre. Soyez prêt à partager la route avec des vaches, des camions et des conducteurs au style offensif.

Pour ceux qui préfèrent déléguer le volant, la plateforme GoTrip permet de réserver un chauffeur privé à la journée pour environ 80 à 120 €, carburant inclus. Les applications Bolt et Yandex Taxi fonctionnent bien dans les grandes villes.