Jaisalmer, la citadelle qui fond dans le sable
Le grès jaune des remparts de Sonar Qila se met à vibrer d'une teinte presque irréelle, entre miel et cuivre. À cette heure, les ruelles de la citadelle sont encore vides, à peine troublées par le tintement d'un plateau de chai qu'un gamin transporte en équilibre.
Jaisalmer est une ville qui se mérite : reculée à l'extrémité ouest du Rajasthan, à 100 km de la frontière pakistanaise, elle récompense ceux qui font le détour par une atmosphère hors du temps. Fondée en 1156 par le souverain Rawal Jaisal sur les conseils d'un ermite, cette ancienne étape des routes caravanières entre l'Inde, la Perse et l'Arabie conserve son âme commerçante et son grès ciselé avec une intensité rare.
La bonne destination pour vous ?
Jaisalmer n'est pas une ville que l'on visite au pas de course entre deux avions. Son isolement géographique impose un rythme lent, et c'est précisément ce qui fait son charme. Pour en profiter, il faut accepter de s'immerger dans une Inde rurale et poussiéreuse, très éloignée du confort des grandes métropoles.
thumb_up Destination adaptée pour :
- Les passionnés d'architecture et de patrimoine médiéval
- Les voyageurs en quête d'aventure désertique : safari à dos de chameau, nuits sous les étoiles
- Les photographes en quête de lumières dorées spectaculaires
- Les routards et voyageurs lents prêts à intégrer Jaisalmer dans un itinéraire Rajasthan de 2 à 3 semaines
- Les amateurs de culture rajpoute et jaïne
warning Destinations inadaptée pour :
- Ceux qui recherchent la plage, la vie nocturne ou le shopping de luxe
- Les voyageurs pressés qui n'ont que 2-3 jours au Rajasthan
- Les personnes sensibles à la chaleur extrême si voyage entre avril et septembre
- Les familles avec de très jeunes enfants recherchant des infrastructures modernes
Un budget low cost, même pour l'Inde
Jaisalmer est l'une des villes les plus abordables du Rajasthan. Les prix sont sensiblement inférieurs à ceux de Jaipur ou Udaipur, et un voyageur averti peut y vivre confortablement pour une somme modique. Voici nos estimations par personne et par jour, en euros.
Ce qu'il faut savoir avant de partir
Jaisalmer est une petite ville d'environ 65 000 habitants. On s'y déplace facilement à pied entre le fort, la vieille ville et le lac Gadisar. L'anglais est compris dans les zones touristiques, mais quelques mots d'hindi ouvrent bien des portes. Le climat désertique impose ses règles : entre octobre et mars, les journées sont agréables et les nuits fraîches. D'avril à juin, le thermomètre dépasse régulièrement les 40 °C.
Les distributeurs de billets sont rares. Prévoyez suffisamment de roupies en espèces avant d'arriver, car beaucoup de petits commerces et guesthouses n'acceptent pas la carte.
Sécurité : faut-il s'inquiéter ?
Jaisalmer est considérée comme l'une des villes les plus sûres du Rajasthan pour les touristes. La proximité de la frontière pakistanaise n'engendre aucun risque pour les voyageurs, la zone étant quadrillée par l'armée indienne. Les vrais pièges sont ailleurs : les arnaques aux safaris dans le désert et les rabatteurs insistants à la gare ou sur la place du fort. Réservez toujours via votre hébergement ou une agence reconnue, jamais auprès d'un démarcheur de rue.
Est-ce qu'une femme peut voyager seule à Jaisalmer ?
C'est possible, avec les précautions habituelles pour l'Inde du Nord. La ville vit du tourisme et les locaux sont accueillants. Portez des vêtements couvrant les épaules et les genoux, évitez les zones isolées après la tombée de la nuit, et privilégiez les safaris en petit groupe plutôt qu'en solo avec un guide inconnu. La plupart des hôtels organisent des transferts fiables pour vos excursions.
Le fort vivant et la vieille ville : le cœur de Jaisalmer
Le fort de Jaisalmer n'est pas un monument figé. C'est l'un des derniers « forts vivants » au monde : environ 4 000 personnes y résident encore, dans des maisons dont les façades sculptées datent de plusieurs siècles. Les ruelles sont piétonnes, labyrinthiques, bordées de boutiques d'artisanat, de petits temples et de guesthouses. On y croise des brahmanes en dhoti blanc, des chèvres curieuses et des enfants qui jouent au cricket.
À l'intérieur, le Fort Palace Museum mérite une bonne heure de visite. Le trône en argent, les peintures miniatures et la vue depuis la terrasse sur le désert justifient les 250 roupies d'entrée pour les étrangers. Juste à côté, les sept temples jaïns interconnectés, datant du XIIe au XVe siècle, offrent un festival de dentelle de pierre. La finesse des sculptures y est sidérante.
Conseil d'ami : visitez les temples jaïns entre 7h et 9h du matin, quand la lumière dorée passe à travers les jalis et que les touristes n'ont pas encore envahi les lieux. Le spectacle vaut le réveil.
Faut-il dormir dans le fort ?
C'est un dilemme que nous posons franchement à la rédaction Avygeo. Séjourner à l'intérieur du fort procure une expérience unique : le soir, quand les visiteurs repartent, la citadelle retrouve son calme et sa magie. Mais le fort souffre gravement de la pression touristique. L'eau utilisée par les hôtels et restaurants fragilise les fondations en grès, des sections de rempart se sont effondrées, et le World Monuments Fund a inscrit le site sur sa liste des monuments en péril.
Lonely Planet a pris la décision de ne plus référencer les hébergements à l'intérieur du fort. Nous pensons que la démarche responsable est de dormir hors du fort et de le visiter en journée.
Les havelis : des palais de marchands à couper le souffle
En sortant du fort, la vieille ville réserve ses propres surprises. Les havelis, ces demeures somptueuses construites par les riches marchands jaïns aux XVIIIe et XIXe siècles, sont l'autre grand spectacle architectural de Jaisalmer.
Patwon Ki Haveli, la plus imposante, est un ensemble de cinq havelis mitoyennes bâties par un négociant et ses fils. Les jharokhas, ces balcons sculptés en encorbellement, sont d'une précision folle. Visitez-la tôt le matin : la lumière du soleil qui traverse les claustras crée un jeu d'ombres inoubliable.
Plus loin, Nathmalji Ki Haveli cache une histoire étonnante : construite en 1885 par deux frères tailleurs de pierre, chacun a réalisé une moitié de la façade, ce qui crée des différences subtiles entre la partie gauche et la partie droite. Le Salim Singh Ki Haveli se distingue par son toit en forme de paon et ses 38 balcons ornés.
Le désert du Thar : dunes, chameaux et nuits étoilées
Personne ne vient à Jaisalmer sans aller dans le désert. La question n'est pas « si » mais « comment ». Les dunes de Sam, à 42 km de la ville, sont les plus spectaculaires mais aussi les plus commerciales : camps alignés, musique tonitruante le soir, foule de touristes indiens pendant les fêtes nationales. Les dunes de Khuri, plus au sud, offrent une ambiance nettement plus calme et isolée.
Le safari à dos de chameau reste l'expérience signature. Comptez environ 1 200 à 2 500 roupies par personne pour une sortie avec nuit en camp, repas et transport inclus. Les camps de luxe aux dunes de Sam montent facilement à 5 000 roupies et plus.
Conseil d'ami : réservez votre safari uniquement via votre hébergement ou une agence vérifiée. Les offres trop alléchantes proposées par des rabatteurs dans la rue cachent souvent un service médiocre ou des conditions d'hébergement déplorables. Négociez les prix, mais ne choisissez jamais au rabais.
Au-delà des classiques : les visites qui font la différence
Le lac Gadisar, à un kilomètre au sud du fort, est un havre de paix inattendu dans cette ville désertique. Construit au XIVe siècle pour l'approvisionnement en eau, il est bordé de temples, de cénotaphes et d'un portail sculpté remarquable, le Tilon Ki Pol. On peut y louer une barque pour quelques roupies. En hiver, des oiseaux migrateurs s'y posent par dizaines.
À 25 km à l'ouest, le village abandonné de Kuldhara nourrit l'imagination. Ses 85 villages auraient été désertés en une seule nuit au XIXe siècle. Les ruines en pierre dorée, battues par le vent, ont un côté western mélancolique très photogénique.
Sur la route des dunes, Bada Bagh et ses cénotaphes royaux offrent un autre spot de coucher de soleil mémorable. Les passionnés de géologie iront voir le Wood Fossil Park d'Aakal, à 15 km, où des troncs d'arbres fossilisés vieux de 180 millions d'années affleurent dans le sable.
Conseil d'ami : si votre séjour coïncide avec le Desert Festival (fin janvier-début février), foncez. Trois jours de courses de chameaux, de concours de moustaches, de danses rajasthanies et de concerts folk, le tout gratuit et culminant sur les dunes de Sam un soir de pleine lune.
Où manger et boire à Jaisalmer ?
La cuisine de Jaisalmer est façonnée par le désert. Peu de beurre et d'huile comparé au reste du Rajasthan, mais des épices franches, des légumineuses du désert et des recettes transmises depuis des siècles. Le dal baati churma, trio de lentilles, de boules de pain cuites dans les braises et de crumble sucré au ghee, est le plat emblématique. Le ker sangri, à base de baies et de haricots du désert, a un goût qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Pour les amateurs de viande, le laal maas, curry de mouton rouge vif au piment Mathania, est un régal brûlant.
Côté adresses, The Trio à Gandhi Chowk sert de solides thalis et du laal maas. Café The Kaku, dans un bastion du fort vieux de 850 ans, propose des brunchs sur des matelas posés à même la pierre. Pour les douceurs, filez chez Dhanraj Bhatia Sweets près du fort : cette échoppe familiale prépare les ghotua ladoos depuis plus de dix générations. Et ne quittez pas la ville sans avoir goûté la makhania lassi épaisse et crémeuse chez Kanchan Shree, à l'intérieur du fort.
Où dormir à Jaisalmer et aux alentours ?
Le meilleur compromis est de loger dans la vieille ville au pied du fort, autour de Gandhi Chowk ou dans le quartier de Malka Pol. Vous êtes à deux minutes à pied des sites principaux, avec vue sur les remparts depuis les toits-terrasses. Les havelis rénovées en hôtels offrent un cadre somptueux pour des prix raisonnables.
Pour les petits budgets, Zostel ou Moustache Hostel proposent des dortoirs corrects dès 500 roupies la nuit. Les voyageurs en quête de luxe se tourneront vers Suryagarh, un palace de désert, ou le Jaisalmer Marriott Resort & Spa. Pour une nuit sous les étoiles, les camps des dunes de Sam vont du campement basique au glamping avec piscine.
Comment aller à Jaisalmer ?
Depuis l'Europe, rejoignez d'abord New Delhi ou Mumbai par vol direct depuis Paris, comptez entre 400 € et 700 € selon la saison. De Delhi, le Delhi-Jaisalmer Express part en fin d'après-midi et arrive le lendemain vers midi, soit environ 18 heures en couchette climatisée.
Depuis Jodhpur, le trajet ne prend que 4 à 5 heures en train ou en voiture, sur une route superbe à travers le désert. Le bus climatisé coûte environ 500 roupies. L'aéroport de Jaisalmer existe mais les vols commerciaux y sont très irréguliers. Le plus proche aéroport fiable est celui de Jodhpur, à 285 km.
Comment se déplacer à Jaisalmer ?
Le centre-ville se parcourt entièrement à pied. L'itinéraire entre le lac Gadisar, la vieille ville et la citadelle ne prend qu'une vingtaine de minutes. Pour les distances plus longues, les auto-rickshaws sont omniprésents : négociez le prix avant de monter, comptez 50 à 100 roupies pour un trajet en ville.
La location de scooter ou de vélo est populaire pour explorer les environs. Pour les excursions vers les dunes ou Kuldhara, les hôtels organisent des transferts en jeep. Il n'y a pas d'Uber à Jaisalmer, et les taxis se négocient au tarif du jour.
Quand y aller ?
La période idéale s'étend d'octobre à mars, quand les températures oscillent entre 5 °C la nuit et 25 °C en journée. Janvier-février est le moment le plus prisé, avec le Desert Festival comme point d'orgue. Évitez absolument avril à juin, où le thermomètre peut dépasser 45 °C et rend toute exploration pénible.