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Saint-Félicien, là où les animaux sont libres et les humains en cage

Le petit train grillagé s'enfonce lentement dans une forêt boréale où des bisons broutent à quelques mètres de vous. Ici, l'idée de zoo prend un sens radicalement différent : ce sont les visiteurs qui circulent en cage, pendant que les ours noirs, caribous et loups évoluent en quasi-liberté sur 485 hectares.

Cette inversion des rôles, c'est la signature de Saint-Félicien, petite ville de 8 000 âmes établie à la confluence de trois rivières, aux portes d'une mer intérieure que les habitants appellent simplement « le Lac ».

Une destination pour les amoureux de nature et de grands espaces

Cette ville convient parfaitement aux familles en quête d'aventures accessibles, aux cyclistes de tous niveaux souhaitant parcourir la célèbre Véloroute des Bleuets, et à quiconque rêve de rencontrer la faune boréale sans s'enfoncer dans l'arrière-pays. Les amateurs de gastronomie du terroir y trouveront aussi leur compte, entre bières artisanales et fromages primés.

En revanche, si vous cherchez l'animation urbaine, les boutiques branchées ou la vie nocturne, vous n'y trouverez pas votre bonheur. Saint-Félicien vit au rythme des saisons et de la nature. Le dépaysement est total, mais les services restent ceux d'une petite ville québécoise. Côté pratique, la voiture est quasi indispensable pour explorer les environs, et la météo peut être rude de novembre à avril.

Un budget raisonnable pour le Québec

Comptez entre 100 et 150 dollars canadiens par jour pour un couple, incluant un hébergement correct, les repas et une activité. L'entrée au Zoo sauvage coûte environ 40 dollars par adulte, mais la journée complète vaut largement cet investissement. Les campings et gîtes offrent des alternatives économiques aux hôtels.

Le Zoo sauvage : une immersion boréale

Le Zoo sauvage de Saint-Félicien n'est pas un zoo comme les autres. Fondé il y a plus de 60 ans, il s'est spécialisé dans la faune des régions froides et compte près de 1 000 animaux répartis en 80 espèces. La vedette du lieu reste le Parc des sentiers de la nature, accessible uniquement à bord d'un train grillagé qui traverse sur 7 kilomètres des territoires où vivent bisons, wapitis, ours noirs et caribous en semi-liberté.

La partie pédestre offre 4,5 kilomètres de sentiers où observer tigres de l'Amour, macaques japonais et les célèbres ourses blanches Aisaqvak et Milak dans leur bassin vitré. Les séances de nourrissage des animaux ponctuent la journée et permettent des observations privilégiées.

Conseil d'ami : prévoyez au minimum 4 à 5 heures sur place, idéalement une journée entière. Arrivez à l'ouverture pour éviter la foule estivale et assistez aux collations des ours en fin d'après-midi.

La Véloroute des Bleuets : 256 kilomètres autour d'une mer intérieure

La Véloroute des Bleuets ceinture le lac Saint-Jean sur 256 kilomètres, traversant 15 municipalités et la communauté ilnue de Mashteuiatsh. Ce circuit, le premier électrifié en Amérique du Nord grâce à ses bornes de recharge pour vélos assistés, se parcourt en 3 à 5 jours à rythme tranquille.

Saint-Félicien constitue une étape stratégique sur ce parcours. La portion entre la ville et Alma offre les plus beaux panoramas sur le lac, cet immense plan d'eau de plus de 1 000 km² où la rive opposée disparaît souvent à l'horizon. Des navettes bagages et des hébergements certifiés « Bienvenue cyclistes » jalonnent le trajet.

Pour les moins sportifs, des balades familiales de quelques heures permettent de goûter à l'expérience sans viser la boucle complète. Les sentiers du parc national de la Pointe-Taillon, accessibles depuis le circuit, offrent 48 kilomètres supplémentaires en milieu naturel préservé.

Activités quatre saisons au Tobo-Ski

Le Club Tobo-Ski incarne la polyvalence de Saint-Félicien. En hiver, ce centre familial propose ski alpin sur 70 mètres de dénivelé, ski de fond sur 20 kilomètres de pistes, raquette, glissades sur tubes et fat bike. Rien d'extrême ici, mais un terrain de jeu parfait pour les familles et les débutants.

Dès la fonte des neiges, les mêmes montagnes accueillent plus de 65 kilomètres de sentiers de vélo de montagne et des parcours d'hébertisme. La région bénéficie de précipitations neigeuses généreuses, garantissant des conditions fiables de décembre à mars.

À proximité, le Parc de la Chute-à-Michel offre une promenade agréable le long de la rivière Ashuapmushuan, avec vue sur les couchers de soleil. Les kayakistes expérimentés viennent y défier les rapides, spectacle visible depuis les berges.

Le patrimoine bleuet : terroir et fierté régionale

Les habitants du Lac-Saint-Jean portent le surnom de « Bleuets » depuis le grand feu de 1870, qui dévasta la forêt et permit aux bleuetières sauvages de coloniser le territoire. Ce petit fruit bleu reste omniprésent dans la gastronomie locale, de la tarte traditionnelle aux créations contemporaines.

La Fromagerie Perron à Saint-Prime, à quelques kilomètres de Saint-Félicien, produit depuis 1895 un cheddar vieilli reconnu parmi les meilleurs du Québec. Son musée retrace l'histoire fromagère de la région. À Dolbeau-Mistassini, la Chocolaterie des Pères Trappistes perpétue une tradition monacale depuis 1939.

Où manger et boire à Saint-Félicien ?

La microbrasserie La Chouape, pionnière des fermes brassicoles au Québec, cultive ses propres céréales biologiques pour produire des bières refermentées en bouteille. Son salon de dégustation en centre-ville dispose d'une terrasse donnant sur la rivière Ashuapmushuan. Les bières portent des noms évocateurs comme L'Égaré ou Monstre du Lac, illustrées par un artiste local.

Le restaurant Le Baumier, à l'Hôtel du Jardin, propose une cuisine aux accents nordiques élaborée avec les produits du terroir. Pour un repas décontracté, les restos de la rue principale servent poutines, burgers et plats québécois sans prétention. Ne repartez pas sans avoir goûté à la tourtière du Lac-Saint-Jean, ce pâté de viandes en cubes cuit lentement pendant des heures, bien différent de son cousin montréalais à la viande hachée.

Où dormir à Saint-Félicien et aux alentours ?

L'Hôtel du Jardin reste l'adresse de référence : établissement 4 étoiles avec piscine, spa et restaurant gastronomique, idéalement situé près de la Véloroute et du zoo. L'Auberge des Berges, installée dans une ancienne résidence des Frères Maristes en bordure de rivière, offre une atmosphère plus intimiste avec ses 19 chambres.

Les gîtes et B&B familiaux complètent l'offre pour les budgets serrés. Plusieurs campings permettent de poser sa tente ou son VR à proximité du lac. Pour une expérience différente, le secteur de Roberval propose des hébergements avec accès direct aux plages du lac Saint-Jean.

Comment se rendre et se déplacer à Saint-Félicien ?

Saint-Félicien se trouve à environ 280 kilomètres au nord de Québec et 500 kilomètres de Montréal. En voiture, comptez 3h30 depuis Québec par la route 175 puis la 169, ou 5 à 6 heures depuis Montréal. L'arrivée par la route 155, longeant le Saint-Maurice, offre un panorama spectaculaire sur le lac.

La compagnie Intercar assure une liaison en autocar depuis Québec et Montréal, avec des départs 4 fois par semaine. Le trajet dure environ 4h30 depuis Québec et coûte entre 50 et 65 dollars. L'aéroport le plus proche, Saguenay-Bagotville, se trouve à une centaine de kilomètres.

Sur place, la voiture reste le moyen de transport le plus pratique. Un service de taxibus local relie Roberval et Saint-Félicien pour 4 dollars le trajet, mais les horaires restent limités.

Quand y aller ?

L'été, de juin à septembre, reste la saison idéale pour le vélo, les activités nautiques et la visite du zoo en plein air. Juillet et août attirent les foules : réservez hébergements et billets de zoo à l'avance. L'automne offre des couleurs spectaculaires fin septembre, avec moins de touristes. L'hiver transforme la région en paradis blanc pour les amateurs de motoneige, ski et pêche sur glace, et le zoo reste ouvert toute l'année avec une ambiance radicalement différente.