


Les platanes centenaires forment une voûte végétale au-dessus de l'eau paisible. Des péniches amarrées oscillent doucement, transformées en cafés ou en maisons flottantes. Le Canal du Midi traverse Toulouse comme une artère verte, offrant aux toulousains et visiteurs un havre de paix à quelques pas du tumulte urbain. Chef-d'œuvre d'ingénierie du XVIIe siècle inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, ce ruban d'eau de 240 kilomètres débute ici même, au cœur de la ville rose.
En 1666, Pierre-Paul Riquet obtient l'accord de Louis XIV pour réaliser un rêve antique : relier l'océan Atlantique à la mer Méditerranée par une voie navigable. Le projet est colossal pour l'époque. Il faut acheminer l'eau depuis la Montagne Noire, percer à travers le Lauragais, franchir les dénivelés par un système d'écluses révolutionnaire.
La première pierre de l'écluse de descente en Garonne est posée en 1667 lors d'une cérémonie solennelle. Riquet meurt en 1680, deux ans avant l'ouverture du canal à la navigation. Son héritage demeure : le plus ancien canal d'Europe encore en fonctionnement, un monument vivant qui continue de faire battre le cœur de Toulouse.
Au port de l'Embouchure, trois canaux se rejoignent dans un ballet aquatique orchestré au XVIIIe siècle. Le Canal du Midi, le canal de Brienne et le canal latéral à la Garonne forment ensemble le canal des Deux-Mers. Trois ponts identiques enjambent chacune de ces voies d'eau : les fameux Ponts-Jumeaux, construits entre 1771 et 1844.
Entre les deux premiers ponts, un bas-relief monumental de 16 mètres signé François Lucas raconte en marbre de Carrare l'union du canal et de la Garonne. La Province de Languedoc, tenant le gouvernail d'une barque ornée de la croix occitane, ordonne aux génies de creuser le canal tandis que la Garonne brandit sa corne d'abondance. Cette œuvre classée monument historique a voyagé depuis les carrières italiennes jusqu'à Toulouse par bateau via le canal.
L'ancien chemin de halage, autrefois emprunté par les chevaux qui tractaient les péniches, se transforme aujourd'hui en voie verte prisée. Douze kilomètres de piste cyclable aménagée traversent Toulouse à l'ombre des platanes. Le parcours sécurisé convient aux familles et cyclistes de tous niveaux. Les plus aventuriers peuvent pousser jusqu'à Montgiscard à 20 kilomètres, ou même entreprendre l'intégralité des 240 kilomètres jusqu'à l'étang de Thau près de Sète.
Les Bateaux Toulousains proposent des promenades commentées de mars à juin sur le Canal du Midi. Naviguant sur des bateaux électriques silencieux ou d'authentiques barques de poste restaurées, les visiteurs découvrent l'histoire de la construction du canal et admirent les ouvrages d'art au fil de l'eau. Croisières d'une heure, formules repas ou sorties nocturnes : chacun trouve sa manière de voguer sur ce patrimoine liquide.
Le conseil d'ami : pour profiter pleinement de la fraîcheur et des jeux de lumière à travers le feuillage des platanes, privilégiez les balades au printemps ou tôt le matin en été. Les gardiens d'écluses sont souvent de précieux guides qui partagent volontiers anecdotes et histoire locale. La prairie des Filtres, près du bassin construit en 1842, constitue un point de départ idéal pour une promenade au bord de l'eau.
Le canal n'est pas figé dans son passé glorieux. Péniches habitées, cafés flottants, festivals nautiques et courses de bateaux électriques animent régulièrement les berges. Le projet du Grand Parc Canal, mené par Toulouse Métropole, valorise les 30 kilomètres de canaux traversant l'agglomération.
Les écluses toulousaines se distinguent des autres écluses du canal par leurs bajoyers droits plutôt qu'ovales. Cette particularité rappelle les tâtonnements initiaux de Riquet, qui modifia rapidement ses plans après avoir constaté la déformation des premières structures sous la poussée des terres.
*Informations sujettes à variation