
La lumière est tamisée, presque théâtrale. Un éléphant de bronze aux pattes d'araignée semble flotter au-dessus du sol, portant un obélisque sur son dos. À quelques pas, une montre coule le long d'une branche comme du camembert oublié au soleil. Bienvenue chez Dalí Paris, le seul musée en France entièrement consacré à Salvador Dalí, lové à trente mètres de la place du Tertre.
Ce musée ne ressemble à aucun autre lieu dédié à Dalí dans le monde. Là où le Teatre-Museu de Figueres célèbre le peintre, Dalí Paris révèle le sculpteur, le graveur, le designer de mobilier.
La collection privée de plus de 300 œuvres a été patiemment constituée par Beniamino Levi, galeriste italien qui rencontra l'artiste en 1974 à l'Hôtel Meurice. Les deux hommes collaborèrent étroitement : Levi convainquit Dalí de transposer en bronze ses images peintes les plus célèbres, créant ainsi une série de 29 sculptures qui donnent corps et volume aux obsessions du maître.
Le musée a ouvert en 1991, deux ans après la mort de Dalí, dans les anciennes carrières de Montmartre. Après une rénovation complète en 2018 signée par l'architecte-scénographe Adeline Rispal, le parcours de 600 m² sur deux niveaux propose une lecture thématique et non chronologique de l'œuvre. Ce choix est malin : on entre par les symboles plutôt que par les dates.
C'est le cœur du musée. Les bronzes de Dalí occupent l'espace avec une présence physique saisissante. L'Éléphant spatial, directement inspiré du tableau La Tentation de saint Antoine, dresse ses pattes filiformes à hauteur d'yeux. Le Profil du temps, cette montre molle devenue icône pop, prend ici une épaisseur littérale. La Vénus spatiale ouvre ses tiroirs sur le corps humain, clin d'œil assumé à la psychanalyse freudienne qui fascinait l'artiste.
Le mobilier surréaliste mérite qu'on s'y attarde. Ces objets du quotidien transformés par le rêve sont une facette de Dalí que peu de visiteurs connaissent avant d'entrer ici. La frontière entre art décoratif et délire onirique s'efface complètement.
Dalí a illustré des textes que l'on n'associe pas spontanément à son univers. Ses gravures pour Alice au pays des merveilles, Roméo et Juliette, Don Quichotte et la Bible révèlent un dessinateur d'une précision redoutable, capable de passer de l'aquarelle délicate à l'eau-forte la plus incisive. Chaque ouvrage illustré est exposé comme un objet d'art à part entière.
Les lithographies offrent un accès direct au trait de Dalí, sans l'intermédiaire du bronze ou de la peinture à l'huile. On y perçoit la rapidité du geste, les repentirs, la nervosité de la main. Pour les amateurs d'art graphique, c'est probablement la section la plus révélatrice du musée.
Le parcours se termine dans un espace galerie où des œuvres de Dalí sont proposées à la vente. Huiles sur toile, dessins, sculptures numérotées : les prix s'échelonnent de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Le passage du contemplateur au collectionneur potentiel est assumé par le lieu. Certains visiteurs trouvent la transition abrupte, d'autres y voient une cohérence avec le personnage de Dalí, lui-même grand promoteur de son propre travail.
Conseil d'ami : achetez vos billets exclusivement sur le site officiel daliparis.com ou directement sur place. Le musée ne reconnaît plus les billets vendus par des plateformes tierces, et plusieurs visiteurs ont dû payer deux fois. Privilégiez une visite en semaine, en début de matinée : le lieu est souvent désert et l'intimité avec les œuvres change radicalement l'expérience.
*Informations sujettes à variation