Clécy, la petite capitale sportive que la Normandie cache dans ses collines
Sur les bords de l'Orne, un parapentiste décolle des Rochers des Parcs et glisse sans bruit au-dessus de la vallée. En contrebas, des kayakistes pagaient vers le viaduc de la Lande, ce pont ferroviaire de 1866 qui enjambe le fleuve à trente mètres de hauteur.
Sur la place du village, un marché s'installe. On est à 35 km au sud de Caen, mais on se croirait dans un autre pays. Clécy, 1 286 habitants, porte le titre officiel de Capitale de la Suisse Normande depuis 1932. Le nom n'a rien d'un abus de langage : ici, le massif armoricain a sculpté des gorges, des falaises de schiste et des vallons couverts de bruyère qui ne ressemblent à rien d'autre en Normandie.
Un village taillé pour les amateurs de plein air
Si vous cherchez des plages de sable, des musées internationaux ou de la vie nocturne, vous ne trouverez ni l'un ni l'autre ici. Clécy s'adresse d'abord à ceux qui veulent bouger dehors : randonneurs, grimpeurs, kayakistes, cyclistes, familles en quête d'activités nature. Le village concentre une densité d'activités sportives difficile à trouver ailleurs dans le nord-ouest de la France.
Pour qui ce lieu pourrait décevoir ? Les voyageurs qui ont besoin de diversité culturelle ou de shopping seront vite à court d'options. Les soirs d'automne en semaine, le village tourne au ralenti. Et si la pluie normande s'installe deux jours de suite, les possibilités se réduisent sensiblement : pas de grand musée ni de cinéma pour se replier.
Le rythme d'un village normand, en toute franchise
On parle d'un village de campagne, avec ses commerces de proximité regroupés autour de la place du Tripot. L'offre de restauration reste modeste, les guinguettes au bord de l'Orne ferment à l'automne, et il faudra une voiture pour explorer les environs. Le réseau mobile passe dans le bourg, mais les hameaux alentour sont moins bien lotis. Côté sécurité, rien à signaler : c'est l'un des endroits les plus tranquilles de France.
Un budget accessible pour un week-end nature
Clécy reste une destination abordable. Comptez entre 50 et 90 € la nuit pour un gîte ou une chambre d'hôtes, entre 15 et 25 € pour un repas dans une guinguette, et entre 20 et 40 € par personne pour les activités sportives encadrées. Un week-end complet pour deux personnes tourne autour de 250 à 400 €, hébergement et activités compris.
Sur l'eau et dans les airs : l'adrénaline version normande
La grande affaire de Clécy, c'est l'Orne. Le fleuve traverse la vallée en méandres serrés, entre des falaises qui montent à 90 mètres. Plusieurs loueurs proposent des descentes en canoë ou kayak de 7 à 22 km, avec des parcours qui passent sous le viaduc et longent les parois rocheuses des Rochers des Parcs, premier site d'escalade naturel au nord de la Loire avec plus de 120 voies.
Les amateurs de sensations fortes trouveront aussi leur compte avec la via ferrata de la Cambronnerie, qui chemine le long de l'Orne sur des passerelles et ponts de singe. La tyrolienne géante complète le tableau, même si certains visiteurs la trouvent un peu chère pour deux minutes de glisse. Le parapente est une institution locale, avec des baptêmes en tandem organisés tous les jours de beau temps depuis la crête du Pain de Sucre.
Pour une sortie plus tranquille, les pédalos et barques électriques permettent de glisser sur l'eau en famille jusqu'au viaduc. Et pour les enfants, la luge d'été sur monorail offre 650 mètres de descente avec vue sur la vallée. C'est la seule piste de ce type dans le nord-ouest de la France.
Conseil d'ami : pour le canoë, privilégiez le parcours de 13 km qui offre le meilleur rapport effort/paysage. Partez le matin pour avoir le fleuve presque pour vous, et prévoyez un pique-nique pour déjeuner sur une berge.
Les sentiers de la Suisse Normande : randonnées avec vue
Le réseau de sentiers autour de Clécy est dense et bien balisé. La boucle la plus emblématique passe par les Rochers des Parcs et le Pain de Sucre via le GR 36. Comptez 2h30 pour un circuit qui offre des panoramas sur toute la vallée de l'Orne, avec des passages sur les crêtes où le vide s'ouvre sous vos pieds. Le sentier en haut des falaises est escarpé et peu sécurisé : à éviter avec de jeunes enfants.
Pour une balade plus accessible, le circuit de la Croix de la Faverie et du viaduc longe l'Orne et traverse le hameau du Vey sans difficulté notable. Les plus ambitieux pourront viser L'Éminence, point culminant de la région à 253 mètres, qui offre un panorama à 360° sur le bocage. Le GR de Pays Tour de la Suisse Normande, boucle de 113 km, a été élu GR préféré des Français en 2023.
À une vingtaine de minutes en voiture, la Roche d'Oëtre domine les gorges de la Rouvre à 118 mètres. C'est l'un des plus beaux belvédères de Normandie, et le détour s'impose.
Conseil d'ami : le départ du Pont du Vey est le point de départ le plus pratique pour la boucle des Rochers des Parcs. Le parking y est gratuit et le sentier démarre en douceur avant de grimper.
Le village, entre pierre et peinture
Clécy mérite aussi qu'on flâne dans ses rues. Les maisons en granit, la fontaine de la place centrale, les ruelles pavées composent un décor qui a attiré des peintres dès le XIXe siècle. André Hardy, impressionniste né ici en 1887 et mort presque centenaire en 1986, y a passé toute sa vie à peindre les falaises et les rives de l'Orne. Paul-Émile Pissarro et Georges Moteley y ont aussi posé leur chevalet. Le Musée Hardy, installé à l'office de tourisme sur la place du Tripot, expose huiles, aquarelles et sanguines de ce peintre local.
Les familles apprécieront Le Monde Miniature, un musée du chemin de fer miniature animé en sons et lumières sur 500 m², géré par la même famille depuis plus de 56 ans. C'est artisanal, touchant, et les enfants adorent. À proximité, les anciens fours à chaux complètent la visite. L'été, le marché du dimanche matin s'installe sur la place du village avec des producteurs locaux : fromage de chèvre, cidre fermier, jus de pomme.
Où manger et boire à Clécy ?
La scène culinaire reste modeste mais honnête, centrée sur la cuisine normande de terroir. Le long de l'Orne, au lieu-dit La Cambronnerie, plusieurs guinguettes et restaurants se partagent les bords de l'eau. Au Fil de l'Eau propose des menus entre 17 et 24 € avec une terrasse sur le fleuve. Aux Rochers, dans sa salle typiquement normande avec falaise apparente en toile de fond, sert du fait maison sans prétention. La Paillote Suisse Normande mise sur les produits locaux dans un cadre décontracté.
Pour les crêpes, La Route des Crêpes travaille avec du blé noir sans gluten cultivé à proximité, dans une ancienne écurie reconvertie. Au Domaine du Golf, le restaurant propose une cuisine plus soignée dans un cadre de manoir du XVIIIe. Côté boissons, ne repartez pas sans avoir visité une cave cidricole des environs : la dégustation de cidre, poiré et calvados fait partie de l'expérience. La bière artisanale locale gagne aussi du terrain dans les cartes des restaurants.
Où dormir à Clécy et aux alentours ?
L'offre d'hébergement est variée pour un si petit village. L'Hôtel du Golf de Clécy, 3 étoiles, occupe un manoir du XVIIIe avec spa, sauna et jacuzzi. C'est l'adresse la plus confortable du secteur. Les Chambres d'hôtes du Moulin du Vey, au bord de l'Orne, offrent un cadre paisible. On trouve aussi plusieurs gîtes de qualité, notamment Les Gîtes de la Petite Suisse, bien placés pour accéder aux activités à pied.
Pour les budgets serrés, le camping Les Rochers des Parcs se trouve au pied des sentiers de randonnée, avec des emplacements et des mobil-homes. Les amateurs d'insolite pourront tenter la Bulle à la Belle Étoile, une nuit sous une bulle transparente en pleine nature. Les gîtes à la semaine démarrent autour de 210 € en basse saison. Dans les environs, Pont-d'Ouilly et Thury-Harcourt proposent des alternatives d'hébergement à 15-20 minutes de route.
Comment se rendre et se déplacer à Clécy ?
Depuis Paris, prenez le train jusqu'à Caen depuis la gare Saint-Lazare : comptez environ 2h de trajet pour des billets à partir de 16 €. De Caen, la ligne de bus 34 Nomad Cars dessert Clécy en 55 minutes, avec 4 départs par jour du lundi au samedi. En voiture, Caen est à 40 minutes par la D562. Le covoiturage via BlaBlaCar fonctionne bien sur ce trajet, avec des prix autour de 6 €.
Depuis l'étranger ou le reste de la France, Caen est la porte d'entrée. La gare de Caen est reliée à Paris-Saint-Lazare par une vingtaine de trains quotidiens. Les cyclistes noteront que la Vélo Francette traverse la Suisse Normande de part en part. Sur place, la voiture reste le moyen le plus pratique pour rayonner dans la vallée. Le stationnement est gratuit et facile partout.
Quand y aller ?
La meilleure période court de mai à septembre, quand toutes les activités nautiques et les guinguettes sont ouvertes. L'été reste la haute saison avec davantage de monde sur les sentiers le week-end. Le printemps et le début de l'automne offrent un excellent compromis entre météo clémente et tranquillité.
Évitez l'hiver si vous comptez sur les activités de plein air : la plupart des loueurs et restaurants de bord de rivière ferment de novembre à mars.







