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Sri Jayawardenepura Kotte, capitale oubliée aux racines royales

Le son des hachoirs frappant le métal en rythme résonne dans les ruelles au crépuscule. C'est le signal du kottu roti qui se prépare, plat national né dans les rues de cette région. Sous le béton et les embouteillages de cette banlieue de Colombo sommeille pourtant une cité royale : le dernier royaume cinghalais unifié, celui de Parakramabahu VI, a régné ici de 1415 à 1565.

L'ironie de l'histoire a voulu que cette capitale médiévale devienne, cinq siècles plus tard, le siège du Parlement sri-lankais moderne.

Une destination pour les curieux, pas pour les touristes pressés

Soyons francs : si vous n'avez que trois jours au Sri Lanka, Kotte ne devrait pas figurer en haut de votre liste. La ville n'a ni plages, ni temples spectaculaires photographiables en une demi-heure. En revanche, elle parlera aux voyageurs qui cherchent à comprendre l'histoire méconnue de l'île, à ceux qui veulent observer des oiseaux migrateurs à dix minutes de Colombo, ou simplement aux curieux qui apprécient les marchés nocturnes où les locaux se retrouvent.

Les infrastructures touristiques restent limitées. On vient ici en complément d'un séjour à Colombo, dont Kotte n'est qu'à 8 kilomètres. Les ruines archéologiques sont dispersées, mal signalées, parfois envahies par la végétation. C'est précisément ce qui fait leur charme pour qui accepte de jouer les explorateurs urbains.

Un budget très accessible

Comptez environ 25 à 40 euros par jour pour un hébergement correct, trois repas et les transports locaux. Un plat de kottu roti coûte entre 300 et 600 roupies selon le standing. L'entrée au Beddegana Wetland Park est quasi symbolique pour les locaux, plus élevée pour les étrangers.

Les vestiges enfouis du royaume de Kotte

Le Kotte Raja Maha Viharaya conserve des fresques du XVe siècle où l'on distingue encore les rois de Kotte côtoyant les premiers Portugais. Ce temple bouddhiste, fondé par Parakramabahu VI lui-même, reste un lieu de culte actif. Les moines acceptent volontiers de montrer les peintures murales aux visiteurs respectueux.

Les ruines du palais d'Alakeshwara et les stupas de Veherakanda témoignent de la grandeur passée. Une expression populaire au Sri Lanka dit "parangiya Kotte giya vage", littéralement "comme les Portugais allèrent à Kotte". Elle désigne quelqu'un qui prend un chemin détourné. L'histoire raconte que les guides locaux firent passer les Portugais par des routes sinueuses pour leur faire croire que la capitale était loin de la côte. Le bruit des canons portugais depuis le port trahit la supercherie.

Conseil d'ami : Le Kotte Museum, situé à Ethul Kotte, expose des artefacts retrouvés lors des fouilles et permet de visualiser la disposition de l'ancienne cité. Commencez par là avant de partir explorer les ruines éparpillées dans la ville moderne.

Nature et ornithologie aux portes de Colombo

Le Beddegana Wetland Park s'étend sur 18 hectares de marécages protégés. Plus de 80 espèces d'oiseaux y ont été recensées, dont des migrateurs comme le Pitta indien, les hirondelles de granges et divers bécasseaux. La période d'août à avril concentre les arrivées migratoires. Des passerelles en bois serpentent entre les étangs de lotus et les îlots de végétation où nichent cormorans et hérons.

Le parc a ouvert en 2016 dans le cadre d'un projet de préservation des zones humides urbaines. Une tour d'observation permet de scruter les canopées sans déranger la faune. Venez tôt le matin, entre 6h et 8h, quand les oiseaux sont les plus actifs et la chaleur encore supportable. Les bouteilles en plastique sont interdites à l'entrée.

Diyatha Uyana : le poumon récréatif de Kotte

Ce parc au bord du lac Diyawanna Oya attire les familles sri-lankaises le week-end. Une centaine de stands colorés vendent plantes, artisanat, sucreries traditionnelles et street food. Le jeudi, le Good Market propose des produits bio et locaux, une initiative rare dans la région.

Le soir, l'ambiance change. Les restaurants flottants s'illuminent, la musique live s'invite sur les terrasses, et les stands de kottu commencent leur concert de lames sur métal. Le parc reste ouvert tard, jusqu'à 22h au moins, et devient un lieu de promenade prisé des couples et des joggers après le coucher du soleil.

Le Parlement, joyau architectural moderne

Conçu par Geoffrey Bawa, le plus célèbre architecte sri-lankais, le complexe parlementaire a été inauguré en 1982. Il se dresse sur une île artificielle au milieu du lac Diyawanna. L'accès à l'intérieur est restreint, mais la vue depuis les berges du lac suffit à apprécier l'élégance de cette architecture tropicale moderniste qui dialogue avec l'eau et la lumière.

Où manger et boire à Sri Jayawardenepura Kotte ?

La scène culinaire de Kotte tourne autour de la cuisine sri-lankaise populaire. Les stands de Diyatha Uyana proposent du kottu roti, des hoppers croustillants en forme de bol, et des string hoppers servis avec des currys épicés. Thuna Paha, au Waters Edge, offre une version plus raffinée de la cuisine locale.

Pour le petit-déjeuner, cherchez les pol roti, ces galettes à la noix de coco accompagnées de pol sambol pimenté. Le soir, ne ratez pas le kottu : le spectacle des cuisiniers hachant les ingrédients à toute vitesse fait partie intégrante de l'expérience. Les étals près du parc Diyatha servent jusqu'à tard dans la nuit.

Où dormir à Sri Jayawardenepura Kotte et aux alentours ?

L'offre hôtelière à Kotte même reste modeste. Le Waters Edge domine le lac avec ses vues panoramiques et son restaurant gastronomique. Pour des budgets plus serrés, des guesthouses et chambres d'hôtes parsèment les quartiers résidentiels de Rajagiriya et Battaramulla. La plupart des voyageurs choisissent cependant de loger à Colombo et de rejoindre Kotte en une quinzaine de minutes.

Comment se rendre et se déplacer à Sri Jayawardenepura Kotte ?

Depuis l'aéroport international de Bandaranaike, comptez environ une heure de route et 3 500 à 5 000 roupies en taxi. Les bus 171, 177, 190 et 174 relient Colombo Fort à Kotte et Battaramulla pour quelques dizaines de roupies. Sur place, le tuk-tuk reste le moyen le plus pratique : négociez le tarif avant de monter ou utilisez les applications PickMe ou Uber, opérationnelles dans la région.

Depuis l'Europe, des vols avec escale à Dubaï, Doha ou Singapour desservent Colombo. Comptez entre 10 et 15 heures de voyage selon les correspondances.

Quand y aller ?

La saison sèche, de décembre à mars, offre les meilleures conditions. Les températures oscillent autour de 28-32°C avec peu de pluie. La mousson du sud-ouest frappe de mai à septembre, rendant les visites extérieures moins agréables. Pour une immersion culturelle, visez avril et le Nouvel An cinghalais et tamoul, ou mai pour Vesak Poya et ses illuminations spectaculaires.